lundi 20 janvier 2014

Annonce du prochain séminaire

Claude Calame
Le vendredi 24 janvier (amphithéâtre du 105 bd Raspail, 18h) aura lieu un exposé de Claude CALAME, directeur d'études à l'EHESS 

Prométhée généticien? Pour dépasser l'opposition "nature/culture", une perspective anthropopoiétique 


La tradition veut que l'on fasse remonter, par filiation, le concept moderne de "nature", forgé au cours du XVIIIe siècle européen, au concept grec de phusis. Or une approche anthropologique des manifestations de la culture grecque antique implique non seulement un retour aux catégories propres, dans leurs définitions indigène; mais elle implique aussi un retour critique, par le regard oblique qu'elle induit, sur nos propres concepts. Ce cheminement sera proposé pour une analyse généalogique de l'opposition structurale "nature" vs "culture". A partir du concept grec de phusis comme procédure de développement d'un organisme et sur la base des arts interprétatifs que le Prométhée d'Eschyle propose aux hommes mortels pour animer leurs relations signifiantes avec leur environnement, il apparaîtra que le recours au concept postmoderne de plasticité envisagé en génie génétique et en sciences neuronales annule l'opposition structurale entre nature et culture. On pourra dès lors proposer une conception "anthropopoiétique" des relations de l'homme avec son environnement, dans une écologie modelée par ses pratiques sémiotiques. La nature ne peut être que culture.

mercredi 11 décembre 2013

Marcher au Japon / A. Berque

Kyôto-shi Rakusai Chikurin kôen
Kyôto-shi Rakusai Chikurin kôen
Augustin Berque (CC)
École spéciale d’architecture, Paris, le 10 octobre 2013
Cycle de conférences de l’automne 2013 : La marche

Marcher au Japon

 Par Augustin BERQUE


1. Le chemin du Bois de bambous 

L’image ci-contre, que l’on a choisie pour l’affiche annonçant cette conférence, est une photographie que j’ai prise il y a quelques années au parc du Bois de bambous de Kyôto (Kyôto-shi Rakusai Chikurin kôen 京都市洛西竹林公園). C’est un parc où sont rassemblées une grande variété d’espèces de bambous, de tailles et de formes parfois surprenantes. Le diamètre des plus gros bambous atteint une quinzaine de centimètres, et ils peuvent dépasser les vingt mètres de hauteur. C’est le cas de l’espèce qu’on appelle au Japon madake 真竹 (Phyllostachys[1] bambusoides), le « vrai bambou ». Ceux que vous voyez sur l’image sont d’une autre espèce, plus petite, le bambou de Budai (Hoteichiku 布袋竹, Phyllostachys aurea). Le bambou, notamment le madake, est une plante naturelle au Japon, mais que l’on cultive aussi parce qu’elle se prête à de très nombreux usages, y compris alimentaires (les « pousses de bambou », takenoko 竹の子). Au petit Musée du bambou qui est adjoint au parc, on apprend même que dans les dernières années de la guerre du Pacifique, par manque de métal, on avait mis au point du béton armé par des tiges de bambou !

mercredi 4 décembre 2013

Le territoire des meisho / A. Berque

Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam Katsushika Hokusai
Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam
Katsushika Hokusai, 1831-32
source : Philadelphia Museum of Art
Paru dans  Les rameaux noués. Hommages offerts à Jacqueline Pigeot, sous la direction de Cécile SAKAI, Daniel STRUVE, TERADA Sumie et Michel VIEILLARD-BARON, Paris, Collège de France : Institut des hautes études japonaises, 2013, p. 23-36.

 Le territoire des meisho

par Augustin Berque

1. Michiyuki-bun
Rappelons d’abord les grandes lignes de Michiyuki-bun. Poétique de l’itinéraire dans la littérature du Japon ancien[1], la thèse fameuse qui valut à Jacqueline Pigeot le prix Yamagata Bantô, le plus prestigieux de la japonologie. C’est là que j’ai découvert la question des « lieux renommés », les meisho 名所.
            Le mot michiyuki-bun 道行文, qui signifie « littérature (bun) d’itinéraire (michiyuki) », a été créé par la philologie moderne pour désigner un type de littérature qui se développa au XIIIe siècle et connut une grande faveur à l’époque Muromachi (XIVe – XVIe siècles).  Il s’agit de la relation de voyages fictifs dans des lieux connus, dont le style se caractérise par une prose rythmée (surtout des heptamètres et des pentamètres alternés), évoquant la nostalgie du voyageur, riches en toponymes et en citations de poèmes anciens, et mettant systématiquement en œuvre des tropes appelés engo 縁語 et kakekotoba 掛詞.

mercredi 27 novembre 2013

Secret / C. Plouviet

Narcisse Le Caravage
Narcisse, Le Caravage (v. 1595)
source
COMPTE RENDU DU SEMINAIRE DU VENDREDI 21 NOVEMBRE 2013

Secret

C. Plouviet

La séance a été consacrée à une présentation éclectique des différentes manières de ne pas exclure le tiers.

La recherche d'un dénominateur commun aux sciences ("dures" et "humaines") et aux arts est au centre de l'attention de Claude Plouviet. En distinguant "phénomènes relationnels" et "interactions identitaires", M. Plouviet recense un vaste panel théorique et artistique des alternatives au TOM (Topos Ontologique Moderne).

Les auteurs et les références sont nombreux, de Stéphane Lupasco à Magritte, du deuxième principe de la thermodynamique à la linguistique de Ferdinand de Saussure, de la mésologie berquienne aux travaux de Jean-Marie Lehn, etc. Nous mettons en ligne le (long) texte qu'il nous a transmis (102p.) ainsi que le fichier ppt qui accompagnait son exposé. 

mercredi 13 novembre 2013

CR séminaire du 08 novembre 2013 / A. Berque, Y. Moreau

Ceci n'est pas la Terre Mission Apollo-Saturn 8 (W. A. Anders, 1968)
Ceci n'est pas la Terre
Source : Mission Apollo-Saturn 8 (W. A. Anders, 1968)
  The Museum of Fine Arts, Houston

Séminaire EHESS "Mésologiques"

Compte rendu de la séance du vendredi 8 novembre 2013

A. Berque


I. Mésologie et poétique des images (Yoann Moreau)
La séance commence par un exposé de Yoann Moreau, docteur de l'EHESS, sur le test de Rorschach (et d'autres documents iconographiques) comme illustration de la formule de base de la relation mésologique : r = S/P, ce qui se lit : "la réalité r, c'est le sujet S en tant que prédicat P". Dans cette relation, S (le sujet du logicien, i.e. l'objet du physicien) est ce dont il s'agit ;  P est la manière dont on le saisit par les sens, par l'action, par la pensée et par la parole. Ce quatrième mode de saisie est propre à l'humain, et le troisième à une partie seulement des êtres vivants ; mais les deux premiers modes concernent la totalité du vivant. Cette saisie est donc plus qu'une prédication, opération seulement verbale; elle concerne tous les aspects de la réalité. C'est une trajection.

Mésologie et poétique des images / Y. Moreau

Hermann Rorschach
Mésologie et poétique des images

Yoann Moreau




Que voyez-vous ?
Que voyons nous ?


Cette tache fait partie d’une série de dix taches constitutives du test psychologique proposé par Hermann Rorschach (1884-1922) en 1921. Ce test opère en proposant à l'interprétant d'énoncer ce que lui évoque une tache fabriquée par pliage d'une feuille contenant une encre liquide.

Puisque l'on ne peut prétendre avoir voulu représenter quelque chose de spécifique au moyen de cette technique, toute évocation est plausible et aucune ne peut revendiquer énoncer la réalité de ce qui est représenté. Le sujet soumis au test énonce donc sa posture même d'interprétant : il lit une tache en tant que (quelque chose), faisant chose de ce qui - a priori - n'a ni fonction, ni figure, ni signification.

La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ? / A. Berque

Young Ladies Planting Rice Kawai Gyokudō
Young Ladies Planting Rice (Kawai Gyokudō, 1945)
source : Yamatane Museum of Art
P o u r – q u o i
– Cycle de conférences à l’Université de Nanterre –

La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ?

Conférence du mercredi 4 décembre 2013
par Augustin Berque

1. L’incompréhension première
Le premier contact que j’ai eu avec la mésologie, ce fut sans le savoir. C’était un jour d’août 1969, à Tokyo, où je me trouvais depuis peu. J’y étais venu avec l’intention de préparer ma thèse au Japon, une thèse de géographie régionale ; et ce jour-là, je rendais visite à un professeur auquel mes maîtres français m’avaient recommandé, le géographe Kobori Iwao[1], pour lui demander conseil à propos du choix de mon sujet. Il parlait français, ce qui valait mieux parce qu’à ce moment-là, je m’exprimais encore très mal en japonais. Au moment de nous séparer, il me prêta un livre qui, me dit-il, m’aiderait mieux que tout autre à comprendre le Japon. Comme je le préciserai tout à l’heure, ce livre est l’un des deux grands classiques de la mésologie. Quarante ans plus tard, je l’ai traduit en français ; vous pouvez donc le lire, c’est Fûdo. Le milieu humain, de Watsuji Tetsurô[2].

mercredi 6 novembre 2013

Les arbres peuvent-ils mentir ? / A. Berque

Beech Grove Gustav Klimt
Beech Grove (Gustav Klimt, 1902)
Gemaldegalerie Neue Meister, Dresden, German
(source)
Paru dans Bûch’zine n° 4, numéro spécial sur les parquets de faux-bois, automne 2013, p. 5-8.

Les arbres peuvent-ils mentir ?

par Augustin Berque

            Les faux parquets, à l’origine, furent découpés sans doute par de faux parqueteurs dans de fausses planches, issues elles-mêmes de fausses billes tronçonnées dans de faux arbres. De fil en aiguille, on imagine des forêts de faux, comme il y en a effectivement aux environs de Reims, ville de Champagne voisine de Verzy. Ces faux-là, cependant, sont de vrais hêtres, et même de vrais êtres botaniques, ce qui leur vaut le nom de Fagus sylvatica var. tortuosa. Ils ne sont faux du reste que la moitié du temps, à savoir au pluriel, car au singulier on écrit « fau », ce que nul ne confondrait avec une faux, instrument aratoire, et encore moins avec l’adjectif faux, fausse, lequel, en revanche, peut s’appliquer de nos jours aux parquets. Or on ne peut pas faire de parquets avec un fau, c’est un arbre trop tortueux (c’est pourquoi on l’appelle aussi tortillard) : une fois il vous dit « OK ! », et la fois d’après « Basta ! ».

lundi 4 novembre 2013

Mésologiques : philosophie des milieux / A. Berque, Y. Moreau

Cette semaine, première séance du séminaire

"Mésologiques : philosophie des milieux"

(A. Berque, L. Boi)
Vendredi 8 novembre, 18h-20h
Salle Lombard, 96 bd Raspail

mercredi 30 octobre 2013

Qu’est-ce que le monde pour la mésologie ? / A. Berque

Échappée devant la critique Père Borrell del Caso
Échappée devant la critique
(Père Borrell del Caso, 1874)
(source)
Université de Neufchâtel, Maison d’analyse des processus sociaux.
Cycle de conférences Repenser le monde, et vite !

Qu’est-ce que le monde
pour la mésologie ?

Conférence
Augustin BERQUE
29 octobre 2013

Résumé Si le terme même de "mésologie" est dû à un médecin positiviste (Charles Robin, disciple d'Auguste Comte, qui le créa en 1848), la mésologie au sens actuel a hérité d'Uexküll et de Watsuji une vision phénoménologique, reposant sur la distinction entre l'environnement comme donné objectif (Umgebung) et le milieu comme monde ambiant (Umwelt) propre à un certain être (individu, société, espèce). La réalité concrète relève du milieu, non de l'environnement dont Uexküll a prouvé que les objets, comme tels, n'existent pas pour l'animal. Nous devons repenser, et vite, la réalité sur ces bases.

mercredi 23 octobre 2013

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire / A. Berque

Test de Rorschach planche 3
Test de Rorschach, planche 3.
À paraître dans Entropia, numéro spécial « L’histoire désorientée », octobre 2013.

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire

Augustin Berque

1. Au delà de Wittgenstein ?


« Renaturer la culture, reculturer la nature » : cette formule d’inspiration marxienne – elle descend d’un thème des Manuscrits de 1844 : « Naturalisierung des Menschen, Humanisierung der Natur » (naturalisation de l’humain, humanisation de la nature) –, je l’ai déjà invoquée voici une quinzaine d’années au début d’un livre où je tentais de poser les principes d’une mésologie, partant de l’idée que la relation des sociétés humaines à l’étendue terrestre s’établit et fonctionne d’une manière que la dichotomie classique entre le subjectif et l’objectif ne permet pas de saisir[1].

mercredi 16 octobre 2013

De l'acte artistique à un milieu humain / A. Berque

Mother and Child Fritz Stuckenberg
Mother and Child, Fritz Stuckenberg (1920)
source
Symposium international
Développement humain et milieu de vie
Quels partenariats Université/Monde associatif à travers l’acte artistique ?
Armentières / Le Favril, 11-13 octobre 2013

De l’acte artistique à un milieu humain

par Augustin BERQUE

 

1. Le litige entre terre et monde

 

Beaucoup d’entre nous avons en mémoire au moins le titre d’un texte fameux de Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art (Der Ursprung des Kunstwerkes, 1935-1936). Il y est question d’un « litige » (Streit) obscur entre la terre et le monde, à propos duquel Heidegger écrit ceci :

Ce vers où l'œuvre se retire, et ce qu'elle fait ressortir par ce retrait, nous l'avons nommé la terre. Elle est ce qui, ressortant, reprend en son sein (das Hervorkommende-Bergende). La terre est l'afflux infatigué et inlassable de ce qui est là pour rien. Sur la terre et en elle, l'homme historial fonde son séjour dans le monde. Installant un monde, l'œuvre fait venir la terre (Indem das Werk eine Welt aufstellt, stellt es die Erde her). Ce faire-venir doit être pensé en un sens rigoureux. L'œuvre porte et maintient la terre elle-même dans l'ouvert d'un monde. L'œuvre libère la terre pour qu'elle soit une terre[1].