mercredi 1 juillet 2015

Quant aux montagnes et aux eaux... / Augustin Berque

Landscape in the style of Tang Yin (1902,Liang Yuwei)
Hong Kong Museum of Art
(source)
Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, 20-27 juin 2015
Colloque Rationalités, usages et imaginaires de l’eau

« Quant aux montagnes et aux eaux,

tout en ayant substance, elles tendent vers l’esprit »

– du principe de Zong Bing à L’Origine de l’œuvre d’art

par Augustin BERQUE

Résumé – Dans le propos de Zong Bing « Quant aux montagnes et aux eaux , tout en ayant substance, elles tendent vers l’esprit » (c. 440), comme dans L’Origine de l’œuvre d’art de Martin Heidegger (1935), on trouve un même principe : la réalité des milieux humains, comme celle des milieux vivants en général, s’établit par dé-voilement (ἀ-λήθεια) de l’identité substantielle en tant que quelque chose (als etwas), ce qui est analogue à la prédication « S en tant que P » (soit ici « S/P »). Mais si la foi considère ce dévoilement comme la vérité (ἀλήθεια), c’est au contraire, pour la science moderne, un voilement du réel (S) par le mythe (P) ; à moins que, dans une perspective mésologique dépassant la modernité, elle n’en vienne à porter justement sa recherche sur la relation S/P.

Abstract – In Zong Bing’s words (c. 440 AD) “As for landscape, while possessing substance, it tends to the spiritual”, as well as in Martin Heidegger’s The Origin of the Work of Art (1935), one can find the same principle: the reality of human milieux, as well as that of living milieux in general, is established through a de-veiling (ἀ-λήθεια) of substantial identity as something (als etwas), which is analogous to the predication “S as P” (represented here as “S/P”). Yet if creed considers this de-veiling as truth (ἀλήθεια), on the contrary, for modern science, it is a veiling of the real (S) by myth (P); unless science, in a mesological perspective overcoming modernity, comes to focus its research precisely on that relation S/P.

mercredi 17 juin 2015

Mésologie du haïku / A. Berque

Hanging a Poem on a Cherry Tree, Ishikawa Toyonobu
University of Michigan Museum of Art
(source)
Séminaire « Mésologiques » - Exposé du 12 juin 2015

Mésologie du haïku

Augustin BERQUE

Extrait :
"La première édition du Petit Larousse (1906) ignore le haïku (haiku 俳句). Celle de 2001 le définit comme « Petit poème japonais constitué d’un verset de 17 syllabes ».  Le plus littéraire de nos grands dictionnaires, le Dictionnaire culturel en langue française d’Alain Rey (Le Robert, 2005, 5 vol.), le définit comme « Poème classique japonais de trois vers issu de la strophe nommée haïkaï, dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes) », et lui consacre en outre un encadré de deux demi-pages, où l’on peut lire entre autres que le haïku « condense une perception fugitive du monde sensible », où  « derrière l’apparente facilité et la spontanéité se cachent une rigueur formelle et une thématique très codifiée, où alternent et se mêlent notations sur la nature, les saisons, les travaux et les jours, les sentiments.
(...)
Du point de vue mésologique, il est significatif que l’ascendance du haïku le rattache au poème en chaîne (renga 連歌). Cette forme poétique illustre en effet l’accent que la culture japonaise a mis sur l’intersubjectivité, autrement dit sur la médiance, ce moment structurel corps animal / corps médial."
  

jeudi 11 juin 2015

Chimie et affordances / Jean-Pierre Llored

The Alchemist (1663, Cornelis Bega)
The J. Paul Getty Museum
(source)
Exposé fait le vendredi 5 juin au séminaire  "Mésologiques" de l'EHESS (14e séance)

Chimie et affordances

Perspectives mésologiques en philosophie des sciences

Jean-Pierre Llored

Résumé de la présentation :
Cette conférence part d’une étude épistémologique, menée en laboratoire de chimie durant la thèse doctorale du conférencier, de plusieurs pratiques chimiques (synthèse de composés à l’échelle nanochimique ; analyse de polluants du sol, des eaux et de l’air ; modélisation d’une molécule par des atomes en chimie quantique, etc.). Ce faisant, elle établit la dépendance mutuelle des corps et des transformations chimiques, ainsi que le rôle constitutif et inéliminable des modes d’intervention et des milieux dans la constitution et la définition de ce à quoi les chimistes disent avoir affaire : corps et matériaux. Elle montre comment les chimistes dépassent aussi bien le holisme qui déduit les parties du tout que le réductionnisme qui réduit le tout à ses parties, en incluant, de façon bien souvent pragmatique, le milieu associé dans leurs savoir-faire et raisonnements. Cette enquête empirique ouvre des perspectives mésologiques en philosophie des sciences dans la mesure où le corps chimique peut être appréhendé non comme une « sub-stance », mais comme une « ex-stance » comme le proposait Bachelard, ou comme une « affordance » ; concept gibsonien dont le contenu sera interrogé et redéfini, ici, à l’aune de la chimie.

mardi 2 juin 2015

Formes empreintes, formes matrices, Asie orientale / Augustin Berque

Parution

Formes empreintes, formes matrices, Asie orientale

Augustin Berque

Résumé

La problématique du milieu a débuté en ce qui me concerne avec un séminaire collectif organisé en 1983-1984 à l’Ehess sur le thème «paysage empreinte, paysage matrice». Empreinte parce que, par la technique, les formes paysagères portent la marque des œuvres humaines (c’est l’anthropisation de l’environnement); matrice parce que, par le symbole, elles influencent nos manières de percevoir, de penser et d’agir (c’est l’humanisation de l’environnement); ce qui, à l’échelle de l’espèce, par effet en retour, a même entraîné l’hominisation (l’on adopte ici la thèse de Leroi-Gourhan).

mercredi 27 mai 2015

Milieu / Damien Faure

MILIEU

Un film de Damien FAURE
51min, 2015, aaa production




Au Japon, dans les montagnes de l'île de Yakushima, les Dieux se préparent à l'arrivé du typhon...

Dans certains lieux éloignés du pays des hommes, la nature et le cinéaste subissent une trajection. Les vents participent aux mouvements de l'outil caméra et le filmeur essaye d'orienter son point de vue. Par un aller retour sensoriel, les deux entités interprètent la réalité d'un milieu.(Avec la voix d'Augustin Berque, philosophe géographe).

Jeudi 04 Juin 2015 à 20h
Commune Image
8, rue Godillot 93400 Saint Ouen

mercredi 20 mai 2015

Jean-Luc Hervé / Shiono Eiko

Autumn Landscape (Kiyomizudera, 1893)
Keichiro Kume | Nara Prefectural Museum
source
Séminaire Mésologiques du 13 février 2015

Jean-Luc Hervé, 

compositeur français influencé par le paysage du Japon

Shiono Eiko


Résumé : Jean-Luc Hervé, l'un des plus grands compositeurs dans le monde aujourd'hui, a composé Effet lisière (création en 2003),  inspiré par le paysage du Japon, surtout le jardin emprunté au paysage, shakkei, pendant a résidence à la Villa Kujôyama de  Kyôto en 2001. Cette pièce est constituée de deux phases, la promenade musicale dans le jardin et le concert dans la salle. Concernant la musique, son écriture reste complètement occidentale, toutefois  il s'y trouve quelques essences japonaises. Non seulement le concept, mais également la musique elle-même de cette pièce intéressera certainement les spécialistes de la mésologie. Je vais donc présenter Effet lisière avec beaucoup d'illustrations sonores, ce qui permettra d'ouvrir la discussion.

mercredi 6 mai 2015

Neiges / Martin de la Soudière

Genji regardant la neige depuis son balcon
 Toyohara Kunichika (1867)
Museum Victoria
Compte Rendu du Séminaire du 3 avril 2015

Neiges d'antan, neiges d'ailleurs

Martin de la Soudière
Chargé de recherche au CNRS

Nous transportant dans le temps autant que dans l'espace, la neige est l'un des "météores" qui fascine le plus. Sa chute, sa texture, sa couleur, etc. déroutent, et la rendent instable, mouvante, aléatoire, paradoxale. Comme l’admettent les climatologues, elle est difficile à appréhender, à mesurer, à deviner. Les mots, en toute culture, et pas seulement chez les Inuit, sont là, très nombreux, qui en décrivent les variétés. Météore solide, c’est un matériau, comme le savent bien les enfants, une pâte à modeler. Quant à sa couleur, elle n’est pas celle qu’on croit : blanche… mais bleue. On attend sa première chute, comme la poésie le dit souvent, mais la dernière ? Surprenante, elle l’est encore avec la symbolique qui lui est associée. Elle dépayse en effet. Dans l’espace d’une part, car nous l’associons aussitôt à d’autres contrées où elle est reine, les Grand Nords, la montagne aussi. Elle dépayse d’autre part dans le temps. Et là, nouveau paradoxe : si elle est surtout associée à l’enfance, elle l’est aussi à la vieillesse et à la mort. C’est là le véritable sens du poème de François Villon : Ballade des dames du temps jadis. Enfin, comme on le croit en Lozère, elle ferait dormir, idée reprise par le chanteur Pascal Danel en 1966 : Les neiges du Kilimandjaro. J’ai fini par l’allusion à un objet universel et emblématique, les boules à neige, étudiées par l’ethnologue Martyne Perrot : "elles font voyager, écrit-t-elle, vers des contrées lointaines, en même temps que vers notre propre enfance".

mardi 28 avril 2015

Le sens des choses n’est-il qu’en nous ? / A. Berque

Higanbana 彼岸花, kigo de l'automne
Higanbana 彼岸花, kigo de l'automne (source)
Université du Luxembourg
Institut d’études romanes, médias et arts
Séminaire 2014-2016 Géopoétiques : les sens de l’espace 
conférences du 6 mars 2015

Le sens des choses n’est-il qu’en nous ?

– de géopoétique en poétique de la Terre –

Augustin Berque






mercredi 22 avril 2015

La chasse aux nuages, une nouvelle pratique paysagère ? / Jean-Baptiste Bing

Nuage en bonnet (J.-B. Bing, 26 octobre 2013, Mont-Blanc )
Séminaire Mésologiques – 27/02/2015

La chasse aux nuages, une nouvelle pratique paysagère ?

Jean-Baptiste Bing

Introduction

La chasse aux nuages consiste à observer les nuages, et à photographier ceux qui paraissent remarquables. Cette pratique semble s’être développée dans les années 2000 au point de donner naissance à des sociétés locales qui échangent leurs prises notamment via Internet. Elle peut s’accomplir aussi bien au cours du quotidien (c’est ainsi que, lors d’un banal arrêt sur l’autoroute, j’ai pu photographier un très beau nuage en bonnet coiffant le Mont-Blanc ) qu’exiger de longs voyages dans le seul but de faire une belle photo d’un nuage rare ou exceptionnel (ainsi, la Gloire du Matin, gigantesque rouleau qui peut mesurer jusqu’à 500 km et qui n’apparaît que le long des côtes du Golfe de Carpentaria, Australie). Elle est suffisamment populaire pour avoir justifié l’écriture – et la traduction – d’un petit guide pour apprenti-chasseur (Pretor-Pinney, 2007).
L’hypothèse défendue ici est que, malgré son nom, la chasse aux nuages a plus à voir avec le paysage qu’avec l’art cynégétique. Nous le vérifierons en tentant une approche géographique du nuage et de sa chasse, et en nous interrogeant sur ce que le nuage peut nous apprendre au sujet de paysages plus classiques .

mercredi 15 avril 2015

PROCHAINE SÉANCE : "Espaces intercalaires" à Tokyo

 18-20h, vendredi 17 avril, Grand Amphithéâtre, 105 Bd. Raspail.





ESPACES INTERCALAIRES
Un film de Damien Faure
VO ST français, 56’
© 2012 aaa production

mardi 14 avril 2015

Les ambiances sensibles et le milieu existentiel / Fabio La Rocca

Graffiti à Toulouse
Graffiti à Toulouse (source)
Exposé au séminaire « Mésologiques » du 13 février 2015
(texte condensé)

Les ambiances sensibles et le milieu existentiel

par Fabio La Rocca

Résumé : Le quotidien urbain s’invente et se réinvente. Il en résulte que la relation singulière que nous établissons avec les lieux des métropoles est le produit des effets du milieu territorial d’un point de vue symbolique et affectif. L’espace vécu en commun favorise ainsi une identification collective avec le développement d’une diversité de pratiques sensibles qui constitue la variété des ambiances et une forme de narration de la scène urbaine et sociale. Ecouter, sentir, toucher les espaces : une expression sensorielle et sensible qui affecte nos parcours et nos relations au milieu et à sa diversité symbolique. Les ambiances de la vie quotidienne urbaine créent dans leur ensemble une unité significative de construction de lieux de socialité, d’espaces d’émotions, ou bien d’espaces sensibles. 

mercredi 8 avril 2015

Art et mésologie / Didier Rousseau-Navarre

Installation sculpture en bois
Corse 2014, D. Rousseau-Navarre
Séminaire du 13 décembre 2014
Avec le soutien du Conseil Régional de Champagne Ardenne

Art et mésologie

Didier Rousseau-Navarre

S’agissant de caractériser l’art, je souhaite introduire ma présentation par ce texte de Martin Heidegger.

« L’origine de l’œuvre d’art, c’est l’artiste. L’origine de l’artiste, c’est l’œuvre d’art. Aucun des deux n’est sans l’autre. Néanmoins, aucun des deux ne porte l’autre séparément. L’artiste et l’œuvre ne sont en eux-mêmes et en leur réciprocité que par un tiers qui pourrait bien être primordial : à savoir ce d’où artiste et œuvre d’art tiennent leur nom, l’art. » (1)

Dans cette analyse sur l’origine de l’œuvre d’art, je ressens l’intention d’identifier l’œuvre d’art comme (un sujet), l’art comme (un prédicat), l’artiste comme (Une réalité).

Note de la rédaction : Ce texte a été rédigé par Didier Rousseau-Navarre, sculpteur dont les productions sont visibles sur son site. Il s'agit d'un texte d'artiste doublé de compétences botaniques. Si Didier Rousseau-Navarre cite des auteurs et des concepts qui ont inspiré son œuvre, il ne s'agit pas pour autant d'une thèse scientifique. La mésologie soutient aussi ce type de perspective, mais opère la distinction entre processus d'objectivation (ce vers quoi tend la science) et de subjectivation (ce vers quoi tend l'expérience artistique).