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mercredi 11 novembre 2015

Programme de l'année 2015-2016

(source)
PROGRAMME DE L'ANNÉE 2015-2016

Augustin Berque, directeur d'études*
Luciano Boi, maître de conférences
Romaric Jannel, doctorant EPHE
Yoann Moreau, postdoctorant à l'IIAC (EHESS/CNRS)

 

Milieu et monde : l’approche mésologique de la perception

2e et 4e vendredis du mois de 18 h à 20 h (amphithéâtre François Furet, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2015 au 10 juin 2016.


Dans la mésologie (Umweltlehre) d’Uexküll, la question de la perception tient une place centrale, chaque espèce percevant le donné environnemental brut (Umgebung) d'une manière qui lui est propre, et constituant par là son milieu spécifique (Umwelt). Cette question centrale est directement liée à ce qu'Uexküll a baptisé Bedeutungslehre, l'étude de la signification, qui a fait de lui le précurseur de la biosémiotique, en même temps que son Umweltlehre faisait de lui l'un des fondateurs de l'éthologie. Fortement influencé par Uexküll, Heidegger distinguera le niveau ontologique du minéral, qui est "sans monde" (weltlos), de celui du vivant, qui est "pauvre en monde" (weltarm), et de celui de l'humain, qui grâce à la parole est "formateur de monde" (weltbildend). De son côté, la mésologie (fûdoron) de Watsuji montrait que les différentes cultures humaines perçoivent et aménagent l'environnement  naturel (shizen kankyô) d'une manière spécifique, élaborant ainsi historiquement chacune son milieu propre (fûdo), élaboration qui la structure elle-même dans ce "moment structurel de l'existence humaine" qu'est la médiance (fûdosei). Le problème de la perception apparaît ainsi intimement lié à la mésologie, donc aux notions de milieu et de monde.
    Le séminaire entend renouer aussi avec la pensée de Merleau-Ponty comme de Simondon d’un côté, et avec l’écologie de la perception de Gibson de l’autre, en soulignant le rôle du mouvement dans la perception multimodale ainsi que l’importance de l’interaction entre la saisie corporelle de l’environnement et l’influence des propriétés de celui-ci. Nous tenterons de montrer que c’est cette interaction qui, en déployant un espace-temps singulier à partir de notre fondement terrestre, assure le développement de l’être et de sa relation signifiante au monde. De la physique à la psychologie, de la biologie à l'anthropologie, de la philosophie aux sciences sociales, de l'évolution des espèces à l'histoire humaine, de la vision bouddhique des divers niveaux de conscience jusqu'aux sciences cognitives, le séminaire approchera le problème de la perception par de multiples points de vue, pour rendre justice à sa complexité, mais avec le constant souci d'en tirer une interprétation unifiée par la relation entre milieu(x) et monde(s).

mercredi 17 juin 2015

Mésologie du haïku / A. Berque

Hanging a Poem on a Cherry Tree, Ishikawa Toyonobu
University of Michigan Museum of Art
(source)
Séminaire « Mésologiques » - Exposé du 12 juin 2015

Mésologie du haïku

Augustin BERQUE

Extrait :
"La première édition du Petit Larousse (1906) ignore le haïku (haiku 俳句). Celle de 2001 le définit comme « Petit poème japonais constitué d’un verset de 17 syllabes ».  Le plus littéraire de nos grands dictionnaires, le Dictionnaire culturel en langue française d’Alain Rey (Le Robert, 2005, 5 vol.), le définit comme « Poème classique japonais de trois vers issu de la strophe nommée haïkaï, dont le premier et le troisième sont pentasyllabiques, le deuxième heptasyllabique (5-7-5, soit 17 syllabes) », et lui consacre en outre un encadré de deux demi-pages, où l’on peut lire entre autres que le haïku « condense une perception fugitive du monde sensible », où  « derrière l’apparente facilité et la spontanéité se cachent une rigueur formelle et une thématique très codifiée, où alternent et se mêlent notations sur la nature, les saisons, les travaux et les jours, les sentiments.
(...)
Du point de vue mésologique, il est significatif que l’ascendance du haïku le rattache au poème en chaîne (renga 連歌). Cette forme poétique illustre en effet l’accent que la culture japonaise a mis sur l’intersubjectivité, autrement dit sur la médiance, ce moment structurel corps animal / corps médial."
  

jeudi 11 juin 2015

Chimie et affordances / Jean-Pierre Llored

The Alchemist (1663, Cornelis Bega)
The J. Paul Getty Museum
(source)
Exposé fait le vendredi 5 juin au séminaire  "Mésologiques" de l'EHESS (14e séance)

Chimie et affordances

Perspectives mésologiques en philosophie des sciences

Jean-Pierre Llored

Résumé de la présentation :
Cette conférence part d’une étude épistémologique, menée en laboratoire de chimie durant la thèse doctorale du conférencier, de plusieurs pratiques chimiques (synthèse de composés à l’échelle nanochimique ; analyse de polluants du sol, des eaux et de l’air ; modélisation d’une molécule par des atomes en chimie quantique, etc.). Ce faisant, elle établit la dépendance mutuelle des corps et des transformations chimiques, ainsi que le rôle constitutif et inéliminable des modes d’intervention et des milieux dans la constitution et la définition de ce à quoi les chimistes disent avoir affaire : corps et matériaux. Elle montre comment les chimistes dépassent aussi bien le holisme qui déduit les parties du tout que le réductionnisme qui réduit le tout à ses parties, en incluant, de façon bien souvent pragmatique, le milieu associé dans leurs savoir-faire et raisonnements. Cette enquête empirique ouvre des perspectives mésologiques en philosophie des sciences dans la mesure où le corps chimique peut être appréhendé non comme une « sub-stance », mais comme une « ex-stance » comme le proposait Bachelard, ou comme une « affordance » ; concept gibsonien dont le contenu sera interrogé et redéfini, ici, à l’aune de la chimie.

mercredi 6 mai 2015

Neiges / Martin de la Soudière

Genji regardant la neige depuis son balcon
 Toyohara Kunichika (1867)
Museum Victoria
Compte Rendu du Séminaire du 3 avril 2015

Neiges d'antan, neiges d'ailleurs

Martin de la Soudière
Chargé de recherche au CNRS

Nous transportant dans le temps autant que dans l'espace, la neige est l'un des "météores" qui fascine le plus. Sa chute, sa texture, sa couleur, etc. déroutent, et la rendent instable, mouvante, aléatoire, paradoxale. Comme l’admettent les climatologues, elle est difficile à appréhender, à mesurer, à deviner. Les mots, en toute culture, et pas seulement chez les Inuit, sont là, très nombreux, qui en décrivent les variétés. Météore solide, c’est un matériau, comme le savent bien les enfants, une pâte à modeler. Quant à sa couleur, elle n’est pas celle qu’on croit : blanche… mais bleue. On attend sa première chute, comme la poésie le dit souvent, mais la dernière ? Surprenante, elle l’est encore avec la symbolique qui lui est associée. Elle dépayse en effet. Dans l’espace d’une part, car nous l’associons aussitôt à d’autres contrées où elle est reine, les Grand Nords, la montagne aussi. Elle dépayse d’autre part dans le temps. Et là, nouveau paradoxe : si elle est surtout associée à l’enfance, elle l’est aussi à la vieillesse et à la mort. C’est là le véritable sens du poème de François Villon : Ballade des dames du temps jadis. Enfin, comme on le croit en Lozère, elle ferait dormir, idée reprise par le chanteur Pascal Danel en 1966 : Les neiges du Kilimandjaro. J’ai fini par l’allusion à un objet universel et emblématique, les boules à neige, étudiées par l’ethnologue Martyne Perrot : "elles font voyager, écrit-t-elle, vers des contrées lointaines, en même temps que vers notre propre enfance".

mercredi 8 avril 2015

Art et mésologie / Didier Rousseau-Navarre

Installation sculpture en bois
Corse 2014, D. Rousseau-Navarre
Séminaire du 13 décembre 2014
Avec le soutien du Conseil Régional de Champagne Ardenne

Art et mésologie

Didier Rousseau-Navarre

S’agissant de caractériser l’art, je souhaite introduire ma présentation par ce texte de Martin Heidegger.

« L’origine de l’œuvre d’art, c’est l’artiste. L’origine de l’artiste, c’est l’œuvre d’art. Aucun des deux n’est sans l’autre. Néanmoins, aucun des deux ne porte l’autre séparément. L’artiste et l’œuvre ne sont en eux-mêmes et en leur réciprocité que par un tiers qui pourrait bien être primordial : à savoir ce d’où artiste et œuvre d’art tiennent leur nom, l’art. » (1)

Dans cette analyse sur l’origine de l’œuvre d’art, je ressens l’intention d’identifier l’œuvre d’art comme (un sujet), l’art comme (un prédicat), l’artiste comme (Une réalité).

Note de la rédaction : Ce texte a été rédigé par Didier Rousseau-Navarre, sculpteur dont les productions sont visibles sur son site. Il s'agit d'un texte d'artiste doublé de compétences botaniques. Si Didier Rousseau-Navarre cite des auteurs et des concepts qui ont inspiré son œuvre, il ne s'agit pas pour autant d'une thèse scientifique. La mésologie soutient aussi ce type de perspective, mais opère la distinction entre processus d'objectivation (ce vers quoi tend la science) et de subjectivation (ce vers quoi tend l'expérience artistique).