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mercredi 5 septembre 2012

Catastrophe du 11 mars 2011 (Japon) : un modèle géographique / M. Augendre

Utagawa Hiroshige
Grue et vague, l'une dans l'autre
(波に鶴, Tokyo Nat. Museum)

Publié dans Ebisu 47 | printemps-été 2012 | p. 27-38

Un modèle géographique de la catastrophe

Marie Augendre

Les événements qui se sont enchaînés au Japon ont donné naissance le 11 mars 2011 à une catastrophe hybride, amorcée par un double aléa naturel et amplifiée par un accident nucléaire, où s’emboîtent les échelles de temps et d’espace, où se combinent effets proximaux et répercussions loin- taines, temporalités instantanées et à long, voire très long terme. La notion d’impermanence des choses et des êtres vivants, mujō 無常, deviendrait alors un refuge consolant, face à une manifestation localement extrême de la nature et une contamination radioactive durable et étendue. Au Japon, l’ordre et les aléas naturels sont connus de longue date et pris en charge par les chercheurs, par le pouvoir politique ou encore dans les communautés locales. Les risques résultants sont surveillés et évalués ; ils font l’objet de mesures de prévention et de protection. Les acteurs de la société ont appris à vivre avec ces risques, en les atténuant ou en s’en accom- modant, à assimiler les impacts des catastrophes, à résorber leurs effets néga- tifs. Cette coexistence, kyōson 共存, butte sur le caractère inédit du désastre de 2011, qui souligne la résilience du pays autant qu’il montre ses limites.

mercredi 20 juin 2012

L'échelle médiale de la radioactivité / Y. Moreau

The Essence is Invisible (Son Bong Chae)
The Essence is Invisible, Son, Bong Chae (huile sur toile, 2009)
(source)
Initialement soumis à Ebisu, puis publié sur "catastrophes"
 

Le “spectraculaire”

Fukushima est-elle une catastrophe ?

 

par Yoann Moreau

Ce qui s'est produit dans le complexe nucléaire de Fukushima Daiichi (福島第一原子力発電所) le 14 mars 2011 est un événement rare, le deuxième de ce genre après Tchernobyl. Son impact principal ne consiste pas dans sa dimension spectaculaire – l'explosion des réacteurs – mais dans sa part radioactive, invisible et difficilement quantifiable.

Cette dimension « spectrale » doit être étudiée avec la plus grande attention car elle relève d'un champ d'expérience situé en deçà de la réalité sensible. L'émission de radioactivité est en effet une donnée environnementale (kankyô 環境) avant que d'être une réalité du milieu humain (fûdo 風 土). Cela signifie qu'elle affecte le vivant de manière organique, en deçà de tout registre de prédication. Autrement dit, quoi que l'on en dise, quoi que l'on en pense et quoi que l'on fasse, l'accroissement de la présence d'isotopes radioactifs dans la biosphère est une donnée avec laquelle il s'agit désormais de composer. Cela hante le monde depuis sa base, le modifiant de manière objective pour plusieurs centaines de milliers d'années (Galle, Paulin, & Coursaget, 2003).

Dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'avons pas les moyens d'y remédier.

mercredi 13 juin 2012

Coexister / M. Augendre

Le Seppuku de Namazu
"Le Seppuku de Namazu"
(source : Miyata Noboru et Takada Mamoru (1995)
Namazue: Shinsai to Nihon bunka. Tokyo: Ribun Shuppan)
Communication au Nichibunken, Kyôto, 12 mai 2012

Kyôson, 共存 : la coexistence


par Marie Augendre, Université de Lyon

Le panneau (voir, plus loin, figure 1) présente une photographie aérienne de la vallée de la Furano-gawa (Hokkaidô), barrée d’un dessin d’ouvrage sabô 砂防 (littéralement, de « protection contre les sédiments »). Il semble vouloir signifier que la coexistence entre les hommes, ningen 人間, et la nature, shizen* 自然, est matérialisée par ce triple barrage, effectivement érigé depuis dans la vallée forestière déserte. La rivière prend sa source sur les flancs du Tokachi-dake, un volcan parmi les plus actifs et surveillés de l’archipel. Son cours est entravé de nombreux ouvrages de défense, implantés en amont de Kami-Furano (上富良野町, 12 000 habitants). Le barrage est conçu pour atténuer les écoulements torrentiels et protéger la petite ville d’une coulée de boue d’origine volcanique, comme celle qui avait emporté 144 villageois et enseveli les terres agricoles en 1926 lorsqu'une éruption avait fait fondre brutalement le manteau neigeux. Autrement dit, cette construction de béton, qui a amplement transformé la configuration préalable de la vallée, serait un vecteur de la coexistence entre une nature parfois violente et la société aux prises avec elle.
En réalité, son rôle et sa signification vont bien au-delà des apparences immédiates. Si l’artificialisation de la vallée a d’abord pour but la protection des populations en aval, elle affiche aussi d’autres fonctions tout autant essentielles.