mercredi 21 avril 2021

PARUTION / Augustin Berque


Si le mot « mésologie » date de 1848 et désigne l’« étude des milieux », selon son inventeur Charles Robin, il a depuis acquis une autre dimension méthodologique grâce à Augustin Berque, qui, dépassant le dualisme sujet/objet, n’en fait pas une discipline, mais une perspective qui traverse aussi bien les sciences humaines que les sciences de la nature. Sa connaissance des philosophies grecque, allemande, chinoise, japonaise, lui permet d’enrichir considérablement notre connaissance des interactions entre les éléments constitutifs d’un même ensemble, ce que l’écologie vise, pour saisir en quoi des situations semblables ne sont pas identiques. En cela, ses développements autour des notions de « médiance », « trajection », « écoumène », « milieu » constituent une avancée théorique qui trouve dans les articles ici rassemblés la manifestation de leur pertinence. L’auteur nous invite à le suivre dans des réflexions sur le privé, le public, le commun à l’ère de l’Anthropocène dans un urbain généralisé. Sur ce point, l’analyse comparatiste qu’il mène entre Orient et Occident, s’avère lumineuse tant sur le plan des concepts que sur celui du décryptage de situations existentielles qui voient chacun, chacune, tenter d’inscrire son destin dans un lieu qui l’accueille sans aucunement le juger. Là, le lecteur comprend en quoi l’écoumène est bel et bien la possibilité d’habiter la Terre.
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mardi 23 mars 2021

Reconnect to nature / Augustin Berque

INTERVIEW

Augustin Berque

1. Grâce à votre posture d’interface et d’observateur entre les mondes occidentaux et orientaux, selon vous quels seraient les points de jonction et les points de disjonction sur la relation entre humains et non-humains ? 

Selon les diverses cultures d’Orient et d’Occident, a fortiori si l’on en considère l’histoire, il y a des dizaines de réponses possibles. Au Moyen Âge, l’expression ex Oriente lux, "la lumière vient d’Orient" voulait dire retrouver les textes de la philosophie grecque à travers leurs traductions en arabe, car l’Europe les avait perdus ; mais vu de Chine, l’islam n’a rien d’oriental. Aujourd’hui, « l’Occident » veut dire quelque chose où le christianisme et la civilisation moderne sont liés, et "l’Orient", quelque chose qui va du bouddhisme à l’animisme shintô. C’est dans les deux cas très varié. Je vais donc ici me borner à caricaturer le Japon et la France. Le cogito cartésien, parangon du sujet moderne, proclame qu’il n’a "besoin d’aucun lieu pour être" (Discours de la méthode). C’est le sujet absolu, autosuffisant. Il s’ensuit que tout le reste (hormis ses semblables) est un objet mécanique. Voilà l’essence du dualisme : la coupure entre l’humain et le reste. L’humain nippon est à l’inverse : son expression à tous égards est relationnelle, et le bouddhisme va jusqu’à proclamer que tous les êtres du monde naturel incarnent la bouddhéité (busshô 佛性), alors que le cogito tient de la Bible la conviction que lui, et lui seul, a été créé à l’image de Dieu.

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mercredi 24 février 2021

L’échelle de la Recouvrance / Augustin Berque

 Cet extrait est la conclusion de l'ouvrage d’Augustin Berque, Recouvrance. Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale, Bastia, éditions Éoliennes, sous presse.


L’échelle de la Recouvrance

(pour que Terre demeure humaine)



Georgia, Georgia, the whole day through

just an old sweet song

that keeps Georgia on my mind

Ray Charles


Résumé – La modernité s’est écartelée entre la Terre de Husserl (qui ne se meut pas) et la Terre de Galilée (qui se meut), contradictoires mais vraies toutes les deux. Logiquement et ontologiquement incapable de surmonter ce dilemme, le paradigme moderne l’a évacué en niant l’existence de mondes divers, puisque la Terre de Galilée est universelle ; d’où la Sixième Extinction. Devant cette impasse, il s’impose à nous de penser ternairement, non plus binairement : la Terre (S) est une et universelle, mais pour les divers êtres (I, I’, I’’…), elle existe en tant que mondes divers (P, P’, P’’…). D’où les réalités différentes (S-I-P, S-I’-P’, S-I’’-P’’…) qui sur une même planète, depuis 3,8 milliards d’années, ont évolué convivialement en fonction les unes des autres. 


Summary – Modernity quartered itself between Husserl’s Earth (which does not move) and Galileo’s Earth (which moves), both contradictory and true. Logically and ontologically unable to overcome this dilemma, the modern paradigm evacuated it by negating the existence of diverse worlds, since Galileo’s Earth is universal ; hence the Sixth Extinction. Facing this dead end, we have to think ternarily, not any more binarily : the Earth (S) is one and universal, but for the diverse beings (I, I’, I’’…), it exists as diverse worlds (P, P’, P’’…). Hence the different realities (S-I-P, S-I’-P’, S-I’’-P’’…) which, on one and the same planet, for 3.8 billion years, have been convivially evolving depending on each other.


Ce livre centré sur l’Asie orientale, et plus particulièrement sur le Japon, se termine comme on vient de le voir sur une analogie entre Fukuoka, Hésiode et Virgile. Tous trois nous parlent d’agriculture, et chez tous les trois s’exprime, à quelque détour de l’œuvre, cette idée curieuse que le travail de la terre pourrait ou aurait pu n’être pas un labeur. Chez le plus ancien des trois, Hésiode, c’est l’idée qu’à l’Âge d’or, la terre, pourtant cultivée (aroura ἄρουρα), offrait ses fruits « de son propre mouvement » (automatê αὐτομάτη). Là s’exprime un idéal matriciel que nous aurions perdu, en somme, et qui est source de nostalgie. Huit siècles plus tard, ce même idéal, Virgile le voit néanmoins dans les campagnes de son temps, où c’est la terre qui « d’elle-même, spontanément » (ipsa) donne aux paysans une « nourriture facile » (facilem victum). Et près de trois mille ans écoulés depuis Les travaux et les jours, deux mille depuis les Géorgiques, à l’autre bout du monde, Fukuoka dit la même chose : la « méthode naturelle en agriculture » (shizen nôhô 自然農法), c’est une « agriculture facile » (rakunô 楽農). Ici, αὐτομάτη, ipsa et shizen 自然 sont en effet synonymes ; ces mots pourtant différents ne disent pas autre chose que ce « de soi-même ainsi » (zìrán自然) que le taoïsme a idéalisé comme « inartifice » (wúwéi 無為). Wúwéi zìrán無為自然 non seulement vont ensemble, mais sont au fond la même chose : l’inartifice allant de soi-même ainsi dans l’œuvre humaine elle-même. Et chez Fukuoka, le raku 楽 de rakunô 楽農suggère même qu’en fin de compte, réconciliant la nature et l’œuvre humaine dans le non-labeur (le non-labour), cette agriculture-là ne serait autre que le paradis : le « jardin des délices », rakuen 楽園. Ainsi serait bouclée une boucle de la Recouvrance : recouvrance de la terre, recouvrance de la Terre, recouvrance de l’Âge d’or. 


Or s’agit-il bien d’une boucle ?



IconographieNébuleuse dite "de la petite Gemme" (Hubble, 8 déc. 2017). Située dans la constellation du Sagittaire (l'Archer), à environ 6 000 années-lumière de nous. La riche lueur du nuage fait un peu plus d'une demi-année-lumière de diamètre - ce qui est énorme par rapport à sa minuscule étoile centrale - mais cela reste "une petite gemme" à l'échelle cosmique. Son nom d'archive officiel est moins poétique : NGC 6818. 
Credit: ESA/Hubble & NASA, Acknowledgement: Judy Schmidt

mardi 29 décembre 2020

Comment ne plus « tuer le paysage » ? / Berque & Fang

Environnement, engagement esthétique et espace public : l’enjeu du paysage 
Colloque international, Paris, ENGREF, 9-11 mai 2007 

Comment ne plus « tuer le paysage » ? 

Augustin BERQUE et FANG Xiaoling 


1. Une esthétique de la nature 

Le mot chinois shafengjing (殺風景, aujourd’hui écrit plutôt 煞風景), lu sappûkei en japonais, signifie littéralement « tuer (sha 殺) le paysage (fengjing 風景) ». Il a été créé par un poète de la dynastie Tang, Li Shangyin (dit aussi Li Yishan, 813-859), qui établit une liste de choses shafengjing. L’acception originelle de ce terme (prosaïque, vulgaire, sans goût, dépourvu de fengliu 風流 i.e. d’un sens élégant de la nature) reste encore plus ou moins son acception actuelle. Toutefois, beaucoup des scènes que Li Shangyin énumérait comme shafengjing sembleraient aujourd’hui sans rapport avec le paysage. Quelque chose de plus général paraît donc en jeu. C’est ce que nous allons d’abord essayer de saisir, avant d’en venir  plus spécialement à ce qui se rapporte au paysage.


À propos de l'image (détail): 
Titre: 清 石濤(朱若極) 重陽山水圖 軸| / Landscape Painted on the Double Ninth Festival 
Créateur: Shitao (Zhu Ruoji) 
Date de création: 1705 
Lien externe: http://www.metmuseum.org/art/collection/search/49183 
Support: Hanging scroll; ink and color on paper 
Lieu: Metropolitan Museum of Art, New York, NY

mardi 15 décembre 2020

Design des territoires

Introduction à 

Design des territoires

L'enseignement de la biorégion 

Ludovic Duhem et Richard Pereira de Moura (dir.) 

Positions 

Cet ouvrage est un objet multiple, il contient à la fois une introduction au design écosocial des territoires, un programme détaillé pour l’éducation au lieu de vie, un dialogue entre penseurs de la ville sur l’enseignement de la biorégion, un glossaire et une bibliographie. Une telle multiplicité ne trahit pas un manque de positionnement clair par un mélange arbitraire de textes hétérogènes dans leur nature, disparates dans leurs sujets et divergents dans leurs finalités ; elle constitue au contraire un ensemble d’éléments complémentaires contribuant à élaborer un dispositif critique pour reterriorialiser le design par une approche biorégionaliste. Dans le même ordre d’idée, cet ouvrage s’adresse à une multiplicité de lecteurs concernés par ce que l’on fait aujourd’hui des territoires, à savoir les habitants qui y vivent et y circulent, les représentants de la puissance publique qui les organisent et les contrôlent, les agriculteurs qui les cultivent et les modèlent, les entrepreneurs qui les développent et les exploitent, les membres d’associations et les collectifs militants qui les valorisent et les défendent.

mercredi 2 décembre 2020

Livre 4. La mésologie, une éco-phénoménologie, et la subjectité

Date:13 décembre 2019 (Palaiseau, France) 

Durée: 16min 12s 

Équipe de tournage

Direction des entrevues : Frédéric Benjamin Laugrand ; caméra et son: Emmanuel Luce ; contribution de Augustin Berque à la revue Anthropologie et Sociétés.

mercredi 18 novembre 2020

Mail à un étudiant / Augustin Berque - Camille Ringuet

Andy Warhol, Marilyn Diptych (1962, détail)
Le 28/07/2020 à 17:11, Camille Ringuet a écrit :


Cher M. Berque,
Avant toute chose, je vous informe avoir eu connaissance de cette adresse email par le biais du site Écoumène. De ce fait, j'espère que l'adresse en question est destinée aux échanges publics et non privés, si tel n'est pas le cas alors je m'excuse pour cette prise de contact.
Deuxièmement et avant d'exprimer ma question, je tenais très sincèrement à vous remercier pour vos ouvrages, articles et conférences qui m'ont été d'une richesse indispensable tant sur le plan esthétique que sur le plan éthique et aussi j'ose le mot, sur le plan spirituel. L'approche trajective des phénomènes nous enseigne à être au monde, en cela je vous en suis tout à fait reconnaissant.
Je m'appelle Camille Ringuet, je suis étudiant en deuxième année de maitrise de recherches cinématographiques. Je rédige depuis maintenant deux années un mémoire sur une approche du cinéma par les notions de Mujo et de Ku, je me questionne sur l'apparente permanence des rapports que nous entretenons avec les images de cinéma, ainsi que la capacité de ces dernières à se fondre dans les phénomènes, à "retourner à la terre" afin d'éviter de perpétuer l'illusion paradigmatique de l'image en tant qu'image, le "monde du cinéma" ayant "dépassé la réalité en beauté", selon les mots de Warhol suite à la projection de son film "****(four stars)".

mercredi 4 novembre 2020

Habiter et bâtir en milieu méditerranéen

The Forest of Valdoniello (Corse, Edward Lear: 1869)
Université de Corse, Corte, 20 septembre 2019. Lancement du diplôme universitaire « Qualités environnementales du cadre bâti en milieu méditerranéen ». 

Habiter et bâtir en milieu méditerranéen

par Augustin Berque

I. Pourquoi ce titre, « Habiter et bâtir en milieu méditerranéen », inverse-t-il l’ordre que la raison paraît imposer, puisque avant d’habiter un bâtiment, ne faut-il pas l’avoir déjà construit ? 

Parce que, dans un milieu humain, une habitation n’est jamais un simple produit objectif, où l’on logerait des corps non moins objectifs. Une maison n’est pas une « machine à habiter », contrairement à ce qu’a prétendu ce maître à penser du mouvement moderne en architecture que fut Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965) ; c’est une expression et une garantie à la fois écologique, technique et symbolique de notre humanité même, et de nos liens avec la terre qui nous porte – en l’occurrence, la terre méditerranéenne. Et cette expression, il faut la vivre, il faut l’habiter et en être habité avant justement de pouvoir l’exprimer par une forme bâtie. C’est donc exactement le contraire d’une production mécanique, simple consécution causale où il va de soi que le bâtiment précède l’habitant, comme la machine précède le produit.

II. C’est de ce renversement que je voudrais vous parler aujourd’hui


jeudi 8 octobre 2020

The ontological and logical foundations of sustainability

YisookⅠ (Kim, Juyeon : 2002)
Cet article est également consultable dans Global Sustainability, vol. 2, 2019, published online by Cambridge University Press, 8 July 2019, e13.

An enquiry into the ontological and logical foundations of sustainability

Toward a conceptual integration of the interface ‘Nature/Humanity’

Augustin Berque

1. Introduction 

As Arturo Escobar recently wrote, ‘Sustainability cannot be limited to the sole environmental, economic and cultural dimensions, leaving aside epistemic and ontological aspects’ (Escobar, 2018: 82). The aim of the present article is precisely to deal with these last two aspects, understanding here ‘epistemic’ as the logical frame of our ways of thinking. True, such aspects of the question of sustainability are not the ordinary concern of its specialists, whose reflection, it goes without saying, is mainly focused on environmental problems in the broad sense. Yet, our existence on the Earth is fundamentally an ontological question, and the fact is that the epistemic frame of our present civilization – that is, what I shall call the modern-classical Western paradigm (MCWP) – has put this condition aside, abstracting the human being into a transcendental position toward nature. What the present article aims at is to refute this paradigm by showing that, on the contrary, human existence is necessarily structured as such by its relation with a certain milieu, evolutionarily and historically elaborated from the environment as its raw material.

mardi 29 septembre 2020

Au delà de Kipling

Time cover, 27 sept. 1926
Conférence, pour le 90 e anniversaire de la Maison du Japon, à la Cité internationale universitaire de Paris, 26 octobre 2019.

Au delà de Kipling

par Augustin Berque

The Ballad of East and West, poème que Rudyard Kipling publia en 1889, commence par ce vers devenu proverbial: 
"Oh, East is East, and West is West, and never the twain shall meet" 
Peu importe que la suite du poème montre qu’au contraire, deux hommes d’honneur – un brigand afghan et un officier britannique – peuvent se comprendre et s’apprécier mutuellement ; c’est le premier vers qui compte, à tel point que c’est aujourd’hui une expression usuelle dans le monde anglophone, équivalant aux locutions « comme chien et chat » en français ou ken.en no naka 犬猿の仲 (il s’entendent comme chien et singe) en japonais, signifiant que deux choses ou deux personnes sont à jamais inconciliables. C’est ainsi que l’édition 2002 du McGraw-Hill Dictionary of American Idioms donne cet exemple (il s’agit là de deux personnes qui ne sont pasd’accord politiquement) : « In our case, I’m afraid that East is East and West is West ».

mercredi 16 septembre 2020

À paraître dans Abécédaire Arts, écologies, transitions. Construire une référence commune

While Our Tryst Has Been Delayed (Sookyung Yee, 2010)

LIEU

Augustin Berque
Sous la direction d’Isabelle GINOT, Makis SOLOMOS et Roberto BARBANTI

LIEU (du latin locus, même sens)


Dans l’abstrait, un lieu est un point définissable par ses coordonnées cartésiennes : l’ordonnée, l’abscisse et la cote ; cette abstraction ne nous concernera pas ici. Concrètement, un lieu, c’est là où il y a quelque chose ou quelqu’un, et c’est l’y de cet « il y a ». C’est donc en relation avec l’existence de cette chose ou de cette personne ; car s’il n’y avait rien, il n’y aurait pas de lieu, et il n’y aurait donc pas lieu de se poser la question. Si j’ai lieu de le faire, c’est aussi parce qu’un lieu, c’est là où il se passe quelque chose, donc une question d’espace-temps, pas seulement d’espace.

mercredi 2 septembre 2020

Extrait de Recouvrance

Kyoto, Pedro Szekely

Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale

(Bastia, éditions Éoliennes, à paraître)
Augustin BERQUE

§ 55. L’y-présence : la ville japonaise

Vous avez vu la Ford Mustang GT Fastback de Frank Bullitt (Steve McQueen) dévaler les rues de San Francisco dans le film de Peter Yates (1968) ? Non ? Alors ouvrez La Terre et Moi, du géographe Luc Bureau , à la page 98, où vous trouverez un plan de San Francisco, avec comme légende cette citation de L’Amérique au jour le jour, de Simone de Beauvoir :

« San Francisco est un scandale d’abstraction têtue, un délire géométrique. Le plan a été tracé sur le papier sans que l’architecte jetât un coup d’œil sur le site : c’est un damier aux lignes bien droites, exactement comme New York et Buffalo. Les collines, ces accidents trop concrets, on les a simplement niées ; les rues les escaladent et les dévalent sans s’écarter de leur dessin rigide ».

San Francisco a été fondé en 1776 , alors en Nouvelle-Espagne, mais n’a pris sa configuration actuelle qu’après la conquête de la Californie par les États-Unis (1846) , qui ont systématiquement géo-maîtrisé le continent à l’aide du gril orthogonal du township. Le gril, ils n’en étaient évidemment pas les inventeurs. On dit communément que le premier à l’appliquer à un plan de ville fut l’architecte Hippodamos (-498/-408), à Milet, mais le plan orthogonal de Milet avait été précédé de neuf siècles par celui d’Akhetaton, la nouvelle capitale construite par Akhenaton (Aménophis IV, -1371 ou -1365/-1338 ou -1337), qui, le temps d’un règne, imposa dans la religion égyptienne le monothéisme du Soleil (Rê), dont il était à la fois le prophète et l’incarnation.
Ce lien entre la géométrie, la géo-maîtrise de l’étendue par le pouvoir et le monothéisme aura marqué l’histoire de l’Occident.