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mercredi 16 mai 2018

Lieu, Milieu et Architecture

Vue intérieure du musée Yusuhara Wooden Bridge
Tarogawa, Japon, 2010. Architecte : Kengo Kuma.
Paru dans L'Architecture d'aujourd'hui, édition du 11 mai 2018. Discussion menée en japonais, puis retranscrite et traduite en français par Yola GLOAGUEN, assistante de recherche auprès de la chaire de philologie de la civilisation japonaise du Collège de France.

Lieu, Milieu et Architecture

Conversation entre KUMA Kengo & Augustin BERQUE

Résumé - En mars dernier, l’architecte Kengo Kuma rencontrait au sein de son agence parisienne le géographe, orientaliste et philosophe Augustin Berque. Au cours de leur conversation, il fut question de logique du lieu, de ces architectures qui « tuent le sol »... et de celles qui ne font qu’une avec la terre. Mais encore d’« espace foutoir » et de réhabilitation du cosmos. Et aussi de « fûdo », de milieu, d’architectures du lien, par opposition au « nihilisme » de certains starchitectes et à la « vanité » d’architectures tombées là. Ou comment renouer avec la Terre.


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mercredi 18 novembre 2015

Dépasser l'espace foutoir

Espace foutoir ?
(source)
École supérieure d’art et de design d’Orléans– Conférence, 7 janvier 2015 

Pouvons-nous dépasser l’espace foutoir (junkspace) de la Basse Modernité ?

par Augustin BERQUE

Résumé - Partant d'une citation de Rem Koolhaas, "The cosmetic is the new cosmic", on s'interroge d'abord sur la notion de cosmicité, qui s'exprimait dans toutes les cultures traditionnelles, notamment par l'architecture. En rapprochant cette cosmicité de ce qu'Uexküll a mis en évidence avec la notion d'Umwelt, on montre que cette expression, qui intègre les trois valeurs humaines fondamentales (le Bien, le Beau, le Vrai) en un tout cohérent, répond à une nécessité ontologique qui s'enracine dans le monde vivant. Puis on montre que le dualisme moderne a dissocié ces valeurs, aboutissant ainsi à l'acosmie, contraire de la cosmicité. L'espace foutoir (junkspace) prôné en tout cynisme par un Rem Koolhaas en est un exemple paradigmatique. Pour surmonter cette acosmie, les recettes architecturales ne suffiront pas ; c'est d'une révolution ontologique et logique que nous avons besoin, rétablissant le lien, par delà le dualisme moderne, entre la physique, la biologie et les valeurs humaines, comme y invite la mésologie nouvelle, dérivée de l'Umweltlehre d'Uexküll et du fûdoron de Watsuji (1).


(1) Cet article est la version française, plus élaborée et plus générale, d’une conférence donnée en japonais le 25 septembre 2014 à Okayama au congrès de l’Institut d’architecture du Japon (JIA) sous le titre « 建築の再コスモス化は可能か », et dont une version anglaise, sous le titre « Can we recosmize architecture ? », est également accessible sur notre site. NB : dans le présent texte, les anthroponymes japonais sont donnés dans leur ordre normal, patronyme en premier.