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mercredi 4 septembre 2019

De Merleau-Ponty en mésologie / Augustin Berque

Maurice Merleau-Ponty (1908-1961)
(source)
Pour Divus Thomas, dossier « Merleau Ponty et l’écologie »

De Merleau-Ponty en mésologie 

par Augustin Berque 

Sommaire – § 1. Milieu et phénoménologie de la perception ; § 2. La trajection de l’environnement (S) en un certain milieu (S/P) ; § 3. L’opérateur existentiel « en tant que » ; § 4. Les chaînes trajectives de la réalité ; § 5. Mésologie et dépassement de la modernité.

§ 1. Milieu et phénoménologie de la perception 

À la séance inaugurale de la Société de biologie, le 7 juin 1848, le terme de mésologie fut proposé par le médecin Charles Robin, disciple d’Auguste Comte, comme ce que la première édition du Petit Larousse, en 1906, allait définir comme « partie de la biologie qui traite des rapports des milieux et des organismes ». J’utiliserai ici ce terme dans un sens plus particulier, dérivant de l’Umweltlehre selon le naturaliste germano-balte Jakob von Uexküll (1864-1944) et du fûdogaku 風土学 selon le philosophe japonais Watsuji Tetsurô (1889-1960)1 ; c’est-à- dire au sens d’une écophénoménologie, voire, chez Uexküll, d’une bioherméneutique.

mercredi 23 janvier 2019

earth and the Earth / Augustin Berque


THE RIGHT USE OF THE EARTH KNOWLEDGE, POWER AND DUTIES ON A FINITE PLANET 

International Conference, PSL Université Paris École normale supérieure, 45 rue d’Ulm
29 May-1st June 2018

earth and the Earth 

– a question of scale, a question of duty – 

by Augustin BERQUE 
Pieta Self-Death
(Yongbaek Lee, 2008)
Korean Art Museum Association

Abstract – Modernity’s main trend amounts to a deterrestration, cutting the link of the human with both the soil (la terre, earth) and the planet (la Terre, the Earth), which leads to the ruin of both the soil – in pedological as well as in anthropological terms, with “the end of the peasants” – and the planet (with the so-called Anthropocene, entailing the Sixth Extinction of life on Sol III), while letting modernity hold forth into the structural moment (dynamic coupling) of Transhumanism and Geoengineering. Instead, we should reclaim our terrestrial links and care for them, converting, on the one hand, intensive agriculture to permaculture and the like – e.g. Fukuoka’s shizen nôhô 自然農法 (natural farming), which is an exact topsy-turvy of modern agronomy, since it advocates the four principles of no till, no fertilizers, no pesticides, no weeding –, and, correlatively, caring for the environment, biodiversity and the biosphere in general, instead of laying them waste. This is not only a technical, but also a moral choice which implicates an overcoming of modernity’s very ontological and logical foundations : dualism and the law of excluded middle. Clinging to the modern cogito’s profession of faith (“I thence concluded that I was a substance whose whole essence or nature consists only in thinking, and which, that it may exist, has need of no place, nor is dependent on any material thing”), i.e. abstracting our Being from both earth and the Earth, may well, sooner or later, entail the extinction of our species on Sol III.

mercredi 18 novembre 2015

Dépasser l'espace foutoir

Espace foutoir ?
(source)
École supérieure d’art et de design d’Orléans– Conférence, 7 janvier 2015 

Pouvons-nous dépasser l’espace foutoir (junkspace) de la Basse Modernité ?

par Augustin BERQUE

Résumé - Partant d'une citation de Rem Koolhaas, "The cosmetic is the new cosmic", on s'interroge d'abord sur la notion de cosmicité, qui s'exprimait dans toutes les cultures traditionnelles, notamment par l'architecture. En rapprochant cette cosmicité de ce qu'Uexküll a mis en évidence avec la notion d'Umwelt, on montre que cette expression, qui intègre les trois valeurs humaines fondamentales (le Bien, le Beau, le Vrai) en un tout cohérent, répond à une nécessité ontologique qui s'enracine dans le monde vivant. Puis on montre que le dualisme moderne a dissocié ces valeurs, aboutissant ainsi à l'acosmie, contraire de la cosmicité. L'espace foutoir (junkspace) prôné en tout cynisme par un Rem Koolhaas en est un exemple paradigmatique. Pour surmonter cette acosmie, les recettes architecturales ne suffiront pas ; c'est d'une révolution ontologique et logique que nous avons besoin, rétablissant le lien, par delà le dualisme moderne, entre la physique, la biologie et les valeurs humaines, comme y invite la mésologie nouvelle, dérivée de l'Umweltlehre d'Uexküll et du fûdoron de Watsuji (1).


(1) Cet article est la version française, plus élaborée et plus générale, d’une conférence donnée en japonais le 25 septembre 2014 à Okayama au congrès de l’Institut d’architecture du Japon (JIA) sous le titre « 建築の再コスモス化は可能か », et dont une version anglaise, sous le titre « Can we recosmize architecture ? », est également accessible sur notre site. NB : dans le présent texte, les anthroponymes japonais sont donnés dans leur ordre normal, patronyme en premier.

mercredi 21 janvier 2015

Existe-t-il une rationalité non cartésienne au Japon ? / A. Berque

Interior Passage in the Colosseum François Diday
Interior Passage in the Colosseum
François Diday (1802-1877)
(The metropolitan museum of art)
Colloque international Fortune de la philosophie cartésienne au Japon
– Université libre de Bruxelles, 16-17 octobre 2014 –

Existe-t-il une rationalité non cartésienne au Japon ?

– vers une issue à l’acosmie bas-moderne –

Augustin BERQUE


Résumé – Si le cogito, et à sa suite le sujet moderne, a prétendu affranchir son être de tout lieu et de tout milieu, NISHIDA Kitarô (1870-1945), et à sa suite l'école de Kyôto, a prétendu à l'inverse subsumer l'être dans le lieu ou le milieu (basho). Ce culbutage du paradigme occidental moderne classique fascine toujours de nombreux philosophes, tant japonais qu'étrangers. Effectivement, il peut sembler remédier au défaut essentiel de ce paradigme, qui à force d'abstraire le sujet humain de son milieu en est arrivé à menacer la possibilité de son existence même sur la planète Terre. Il mène toutefois à l'excès inverse : un ethnocentrisme mystique incapable de prendre en compte rationnellement les problèmes concrets de l'existence humaine dans son milieu terrestre (l'écoumène). On cherchera ici une voie moyenne entre ces deux extrêmes, dans le fil de la mésologie de Jakob von UEXKÜLL (1864-1944) et de WATSUJI Tetsurô (1889-1960) .

jeudi 24 avril 2014

Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ? / A. Berque sur Rfi

Poétique de la Terre Augustin Berque

Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ?

Rfi / Augustin Berque

A l'occasion de la parution de son dernier ouvrage, Rfi a invité le géographe et philosophe Augustin Berque autour de la question suivante : « Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ? »

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire : tel est le propos du livre Poétique de la Terre. Il commence, en première partie, par la question du sujet, en montrant que l’exaltation du sujet individuel moderne a entraîné une décosmisation qui à terme est mortelle, car aucun être ne peut vivre sans un monde commun (kosmos). Nous devons donc recosmiser notre existence. La seconde partie montre que l’arrêt sur objet propre à la modernité aboutit à dépouiller les choses de leur sens, faisant notamment du langage une aporie. Nous avons à remettre les mots et les choses dans le fil de leur histoire commune (leur croître-ensemble : concrescence), c’est-à-dire à les reconcrétiser. La troisième partie montre enfin que réembrayer la nature et la culture passe nécessairement par la question du rapport entre histoire et subjectivité, ce à tous les degrés de l’être, allant, par l’évolution, de la vie la plus primitive jusqu’à la conscience la plus humaine... (4ème de couverture de l'ouvrage Poétique de la Terre d'Augustin Berque aux Editions Belin).