mercredi 15 juin 2016

Perception, milieu, monde / Quentin Bazin

Hrad Panny Marie – obří hrozen vážící 100 tun unitifů (Adolf Wölfli, 1915)
(source)
Séminaire "Mésologiques" du vendredi 13 mai

Perception, milieu, monde

Quentin Bazin

J’arrive ici pour présenter –et revoir, suite aux échanges- une écologie esthétique, qui est le cadre conceptuel dans lequel je travaille. L’écologie esthétique n’est pas une création personnelle, mais une composition de pensées braconnées ici et là. Par ailleurs, je ne suis spécialiste ni de la perception, ni de la mésologie, ni d’aucune des pensées que je vais évoquer.
Je voudrais commencer avec l’importance, à mon sens, de recadrer la perception dans un champ limité, un champ dans lequel elle se tient et produit des effets eux aussi limités. Ce champ, pour le dire vite, c’est le champ des objets déjà déterminés par une certaine subjectivité intentionnelle et discursive.

mercredi 8 juin 2016

Cosmiser à nouveau les formes / Augustin Berque

Circular forms. Sun and Moon (Robert Delaunay1912 - 1931)Kunsthaus Zürich
No transition. Design en situation de crise
École supérieure d’art et de design de Valenciennes, 19 mai 2016

Cosmiser à nouveau les formes ?

– plastie, architecture, mésologie –

par Augustin BERQUE

Résumé - Il fut un temps où un certain ordre régnait sur les formes, quelles qu’elles fussent, matérielles ou immatérielles, morales ou techniques. Cet ordre, kosmos, donnait un sens unitaire à un certain monde, kosmos, sens qui gouvernait les collectivités, mais que tout un chacun pouvait ressentir, et que toute forme exprimait à sa manière. Cette unité de sens a éclaté avec la modernité : aux mondes clos a succédé un univers infini, et les libertés individuelles se sont affranchies des contraintes communautaires. Progressivement, certes ; car entre l’instauration du paradigme occidental moderne classique (celui de l’ontologie cartésienne et de la physique galiléo-newtonienne) et le présent constat d’une « désorientation générale, qui est avant tout une absence de sens », il s’est écoulé près de quatre siècles. L’objet de cette communication est double : d’une part, montrer le lien qui existe entre le paradigme occidental moderne classique et la décosmisation qui justifie ledit constat ; d’autre part, tenter de définir, à partir de la notion de milieu, les principes d’une possible recosmisation des formes.

mercredi 1 juin 2016

La relation perceptive / Augustin Berque

Seibutsu kara mita sekai
(trad. japonaise d'Uexküll & Kriszat, 1934)
Paru dans la Revue du MAUSS, n° 47, 1er semestre  2016, numéro spécial Au commencement était la relation… mais après ?, p. 79-96. 
La relation perceptive en mésologie
– du cercle fonctionnel d’Uexküll à la trajection paysagère –
par Augustin Berque

Résumé – Dans le fil de l’Umweltlehre d’Uexküll et du fûdoron de Watsuji, la mésologie distingue le donné environnemental brut (Umgebung, shizen kankyô) du milieu (Umwelt, fûdo). La perception relève d’une opération générale, la trajection, selon laquelle le donné environnemental est saisi (par les sens, l’action, la pensée et le langage) en tant que quelque chose ; opération analogue à la relation S/P (le sujet S en tant que prédicat P) en logique.

Abstract – In the wake of Uexküll’s Umweltlehre and of Watsuji’s fûdoron, mesology distinguishes environment (Umgebung, shizen kankyô) as a raw material and milieu (Umwelt, fûdo) as an elaboration of this material by a certain being. Perception is a matter of trajection, the operation through which the data of the environment are interpreted as something by that being’s senses, action, mind and language. This operation is analogous to the predication of S as P in logic.   

mercredi 25 mai 2016

Subjecthood and Nature / Augustin BERQUE

Tournesols (Erich Heckel, 1913)
Mannheim. Kunsthalle.
(source)
CEEJA, Colmar, 21-23 November 2015. International symposium Japanese ecology and its conflicting edges

Subjecthood and Nature

by Augustin BERQUE

Abstract 

Starting from Descola’s question “To whom does nature belong?”, the present article shows that a same “Mount Horeb principle”, i.e. the absolutization of subjecthood as a subject-predicate of itself, is embodied in the Bible’s sum qui sum as well as in Descartes’ cogito ergo sum.
    This principle has entailed the modern objectification-mechanization of nature by a transcending human subject. Though, concerning matter, Heisenberg’s physics as well as, concerning life, Imanishi’s “natural science” (without an s) have stressed its inadequacy to the reality of nature, the same Mount Horeb principle still rules our natural sciences (with an s), and correlatively our whole civilization, with its side effects: Anthropocene, and the setting off of the Sixth Extinction of life on this planet; instead of which, a mesological conception of subjecthood is argued.

mercredi 18 mai 2016

Lee Ufan, art du milieu / Isabelle Charrier

Lee Ufan Museum — contemporary art museum (Kagawa)
Collaborative work of Tadao Ando and Lee U-Fan.
(source)
Communication pour le séminaire d’Augustin Berque, EHESS, 26/2/2016

Lee Ufan ou l’art du "mi-lieu"

Isabelle Charrier

Suite à la parution de la traduction en français des écrits sur l’art de Lee Ufan (L’Art de la résonance, Beaux-Arts de Paris éditions, 2013) et à l’exposition de l’artiste au château de Versailles de juin à novembre 2014, les œuvres de Lee Ufan sont plus largement connues par le public français et international et mieux comprises sous leur aspect philosophique et existentiel.
Lee Ufan né en 1936 en Corée du Sud à Kyangnam s’est installé au Japon en 1956. Depuis il vit en permanence à Kamakura. Dans un premier temps, il a étudié la philosophie, puis est devenu un des artistes majeurs du groupe Mono-ha très actif au Japon à la fin des années 60 jusqu’au milieu des années 70. Un de ses premiers écrits publiés à ce moment-là, Deai o motomete 出会いをもとめて(A la recherche de la rencontre) avait été très remarqué : la relation par l’œuvre d’art entre le milieu « naturel » et « humain ».
Ses sculptures se déclinent sur le thème de l’emprunt de la matière naturelle par excellence, la pierre, qu’il met en relation avec une autre matière, celle-là, façonnée par l’homme, la plaque de fer et qu’il met en scène dans divers lieux pour les donner à voir au regardeur . D’ailleurs elles portent souvent le titre de « Relatum ». Ses peintures, elles, se construisent à la manière d’un jeu de go dans lequel tous les traits du pinceau se posent en « résonance » (yohaku 余白)les uns par rapport aux autres sur l’espace vide , la toile blanche.

mercredi 4 mai 2016

De L'Origine de l'oeuvre d'art en mésologie / NHK et Augustin Berque

De L'Origine de l'oeuvre d'art en mésologie
『芸術作品の起源』への風土学的道のり

NHK et Augustin Berque

Ce film a été tourné par la NHK le 16 octobre 2015 lors d'une conférence d'Augustin Berque à l'Institut français du Kansai (à Kyôto), sur le thème "De L'Origine de l'oeuvre d'art* en mésologie". 

Le contenu de cette conférence est proche de celui du texte français "Quant aux montagnes et aux eaux, tout en ayant substance, elle tendent vers l'esprit".
Augustin Berque

mercredi 27 avril 2016

Vers une renaissance du pays natal / NHK

Twelve Views of the Japan Alps, "Mt. Hodaka" (YOSHIDA Hiroshi, 1926) 
Fukuoka Art Museum

Vers une renaissance du pays natal

Dialogues avec
la mésologie d'Augustin Berque

NHK制作「ふるさと創生のフロンティをめざして〜オギュスタン・ベルク「環世界学」との対話」

NHK et Augustin Berque

Ce documentaire  a été tourné au Japon en octobre dernier, d'abord au Chikyûken 地球研 (l'abréviation courante de 総合地球環境研究所, l'Institut de recherches sur l'environnement terrestre, à Kyôto ; en anglais le RIHN, Research Institute on Humanity and Nature) ; puis à Kesennuma et dans ses environs, sur la côte du Sanriku dévastée par le tsunami du 11 mars 2011 ; puis à Echigo Tsumari et dans les environs, dans une région du Japon de l'Envers (le versant ouest) affectée par le dépeuplement, mais où l'on a tenté une expérience de revitalisation par l'art (une triennale inaugurée en 2000, et dont la dernière a eu lieu en 2015, où des artistes du monde entier sont invités à créer une oeuvre sur un thème de leur choix, dans un lieu qu'ils choisissent eux-mêmes) ; puis à Tôkyô, dans un quartier qui s'est rebaptisé Yanesen, et où les habitants, emmenés par une écrivaine, MORI Mayumi (qui a créé le nouveau toponyme Yanesen, à partir des noms de quartier officiels Yanaka, Nezu, Sendagi), ont pris en main leur propre urbanisme. 
Augustin Berque

jeudi 7 avril 2016

Appel à communications

Hand of Stone, huile sur toile, 2016, 35 x 27 cm
Suzanne Jalenques (c) (courtesy pour Mésologiques)

Appel à communications 

Séminaire Mésologiques 2016-2017


            Pour l’année 2016-2017 (novembre-juin), le séminaire de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales, Paris) « Mésologiques » aura pour thème La genèse des milieux humains : anthropisation, humanisation, hominisation. Cet intitulé fait allusion à la thèse mise en avant par André Leroi-Gourhan, dans Le Geste et la parole (1964), au sujet de l’émergence de notre espèce, Homo sapiens. Par « anthropisation », entendons la transformation physique de l’environnement terrestre sous l’effet des systèmes techniques de l’humanité ; par « humanisation », sa transformation sémantique sous l’effet de nos systèmes symboliques ; et par « hominisation », l’effet en retour de ces transformations sur celle de l’animal en humain.
            Sans l’invoquer, cette thèse était l’illustration même du propos de la mésologie contemporaine, telle que l’ont fondée l’Umweltlehre d’Uexküll et le fûdoron 風土論 de Watsuji ; à savoir le couplage dynamique de tout être vivant (Uexküll), humain en particulier (Watsuji), avec le milieu singulier (Umwelt, fûdo 風土) qui lui est propre en tant que sujet, et qui ne doit donc pas être confondu avec l’environnement universel (Umgebung, kankyô 環境) que, de son point de vue transcendantal (le « regard de nulle part »), considère la science moderne – en l’occurrence l’écologie, qui est une science de l’environnement et non, comme la mésologie, une science des milieux, autrement dit une éco-phénoménologie et une bioherméneutique. L’objet central de la mésologie n’est pas l’environnement, c’est le couplage dynamique de l’être et de son milieu propre – cela qu’Uexküll a nommé le « contre-assemblage » (Gegengefüge) de l’animal et de son milieu, et Watsuji la « médiance » (fûdosei 風土性), qu’il a définie comme « le moment structurel de l’existence humaine » (ningen sonzai no kôzô keiki 人間存在の構造契機).

mercredi 23 mars 2016

Perception et plasticité / M-W. Debono

Mr. Magritte's Hat (1976)
(source)
Séminaire Mésologie, 12 février 2016

Perception et plasticité active du monde

Marc-Williams Debono

Une des hypothèses les plus unificatrices pour rendre compte des propriétés naturelles des systèmes vivants et des différents niveaux de perception et d’information qui leur sont associés est le concept épistémologique de plasticité. Entre matière et forme, entre expérience et conscience, il met à jour une propriété fondamentale de la matière, la plasticité, qui n’est ni émergente, ni purement systémique, mais qui inclut une zone inductrice et structurante à même de conférer la part informelle indispensable à toute évolution singulière d’un système donné (local vs global, génotypique vs phénotypique, matériel vs spirituel, complexe vs simplexe, etc..). Cette évolution, intrinsèquement mésologique, en cela qu’elle ancre l’interface ‘sujet-monde’ dans la plasticité spécifique d’un milieu, prend sa source dans le percept. Percept qui est présenté par l’auteur comme un liant actif, autrement dit le substrat sur lequel nous nous appuyons pour créer des liens étroits entre la cohérence des objets perçus ou émergés et leurs représentations à l’interface cerveau-conscience (lien percept-concept ou intuition-création). Tout l’enjeu est de savoir en quoi la plasticité active du monde, et la plasticité de l’esprit en particulier, sont incontournables dans toute approche écosystémique de la relation.

mercredi 16 mars 2016

Et le monde bascule / Pascal Monteil


L’EDEN: Anywhere out of the world, Pascal Monteil (courtesy)
Vendredi 11 mars 2011, séminaire mésologiques

La représentation en Orient et en Occident

et le monde bascule

Pascal Monteil
Dans le cadre de ce séminaire « Mésologiques » je voudrais vous apporter mon témoignage d’artiste. Je ne suis, je le précise d’entrée, ni historien, ni scientifique, donc ni rigoureux, ni méthodique ni exhaustif. Toute ma démarche est empirique.
Je voudrais commencer cette présentation en vous montrant trois images. Une image perse, une image japonaise, et une image européenne.
 (Nde : ces images sont placées à la suite du texte)

jeudi 10 mars 2016

De lieu en milieu / Augustin Berque

Macrocromía 2009, Lina Sinisterra
Museo de Arte Contemporáneo de Bogotá
Contribution au projet de design d’Isabelle Daëron, Topiques ou l’utopique désir d’habiter les flux. 

De lieu en milieu

– réhabiter la Terre à l’anthropocène –

par Augustin Berque


            Dans un article du numéro de septembre 1960 de la revue Astronautics, « Cyborgs and space », deux précurseurs des TSS (technoself studies) et du transhumain, Manfred Clynes (1925-, inventeur et musicien, l’un des pères du scanner) et Nathan Kline (1916-1983, pionnier de la psychopharmacologie), ont enfanté la notion de cyborg, laquelle, comme Amélie Poulain, allait connaître un fabuleux destin. Revenant sur ce souvenir une génération plus tard dans le Cyborg Handbook de Chris Hable Gray (Routledge, 1995, p. 47), Clynes confiait :

mardi 1 mars 2016

Subjecthood and Nature / Augustin Berque

Ellen Day Hale
Autoportrait d'Ellen Day Hale (1885)
International symposium Japanese ecology and its conflicting edges (Centre européen d’études japonaises d’Alsace, Colmar, 21-23/11/15)

Subjecthood and Nature

Augustin Berque

Abstract. Starting from Descola’s question “To whom does nature belong?”, the present article shows that a same “Mount Horeb principle”, i.e. the absolutization of subjecthood as a subject-predicate of itself, is embodied in the Bible’s sum qui sum as well as in Descartes’ cogito ergo sum. This principle has entailed the modern objectification-mechanization of nature by a transcending human subject. Though, concerning matter, Heisenberg’s physics as well as, concerning life, Imanishi’s “natural science” (without an s) have stressed its inadequacy to the reality of nature, the same Mount Horeb principle still rules our natural sciences (with an s), and correlatively our whole civilization, with its side effects: Anthropocene, and the setting off of the Sixth Extinction of life on this planet; instead of which, a mesological conception of subjecthood is argued.