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mercredi 8 janvier 2020

Logique du lemme et sens dans la nature / Augustin BERQUE


Dom Quixote (Amadeo de Souza-Cardoso, 1914)
Séminaire à l’EHESS, 105 bd Raspail, 75006, salle 1 
séance du lundi 13 janvier 2020, 17-19h

Logique du lemme et sens dans la nature 


par Augustin BERQUE 

Résumé - Dans Rogosu to renma (Logos et lemme, 1974), YAMAUCHI Tokuryû (1890-1982) montre que le tétralemme indien (catuṣkoṭi), qui admet le tiers, doit être centré sur la binégation (ni A ni non-A), laquelle doit ainsi être placée en troisième position après l'affirmation (A) et la négation (non-A), ce qui place en quatrième position la biaffirmation (et A et non-A), et non l'inverse comme on le fait généralement, ce qui ne mène littéralement à rien. Placer le quart lemme en dernier ouvre au contraire à tous les possibles, et au lieu d'une simple énumération, le tétralemme devient ainsi un véritable raisonnement. On tente ici, d’une part, un rapprochement entre ce raisonnement et la théorie de la signification (Bedeutungslehre) chez Jakob von UEXKÜLL (1864-1944), en focalisant la question sur l'opérateur existentiel « en tant que » ; et d’autre part avec la théorie non-darwinienne de l’évolution d’IMANISHI Kinji (1902-1992).

mercredi 18 septembre 2019

Does nature think evolution ? / Augustin Berque

– UNESCO & Maison de la culture du Japon à Paris, 6-8 juin 2019 – 
Conférence introductive 

Does nature think evolution ? 

自然は進化を考えているのか / La nature pense-t-elle l’évolution ? 

by Augustin Berque 

Abstract – While, on account of the number of possible protein combinations, Neo-Darwinism is mathematically unable to explain evolution through the sole mechanicist alternative of randomness (mutation) and necessity (natural selection and statistical laws), Imanishi Kinji’s antidarwinism is equally unable to explain evolution, if not by invoking a mysterious “course” followed by the species as such. One relates these two antithetic theories to, respectively, the Aristotelian logic of the identity of the subject and the Nishidian logic of the identity of the predicate, and, through a sublation of these two logics into trajective chains, proposes a mesological interpretation of the problem of evolution, implying a certain subjecthood of nature itself. 

I. Élisée Reclus (1830-1905) once wrote, in L’Homme et la Terre (Man and the Earth, 1905), that “Man is nature becoming conscious of itself”. If we follow him, and inasmuch we can assimilate thinking and consciousness, then we have the answer to the question “Does nature think?”

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lundi 27 mai 2019

La nature pense-t-elle ? / Colloque

Crédit photo : Ryoma Otsuka (大塚 亮真)

La nature pense-t-elle ?  

Colloque international

Paris, UNESCO les 6-7 juin / Maison de la Culture du Japon le 8 juin

Direction scientifique
Frédéric JOULIAN (EHESS, Centre Norbert Elias) 
Yoann MOREAU (Mines ParisTech, Centre de Recherches sur les Risques et les Crises) 
Mayuko UEHARA (Kyoto University, Graduate School of Letters) 

Sur une proposition d'Augustin Berque, l’objectif de cette rencontre interculturelle et interdisciplinaire Japon-France est d’explorer de façon critique et ouverte les intelligences de la nature. Des chercheurs de classe mondiale, tant en sciences humaines et en sciences naturelles, tous acteurs-praticiens de la recherche contribuant à redéfinir et à renouveler les approches de la Nature, délivreront leurs visions de la question et débattront avec un large public.

+ consulter un article d'Augustin Berque sur cette question

mardi 1 mars 2016

Subjecthood and Nature / Augustin Berque

Ellen Day Hale
Autoportrait d'Ellen Day Hale (1885)
International symposium Japanese ecology and its conflicting edges (Centre européen d’études japonaises d’Alsace, Colmar, 21-23/11/15)

Subjecthood and Nature

Augustin Berque

Abstract. Starting from Descola’s question “To whom does nature belong?”, the present article shows that a same “Mount Horeb principle”, i.e. the absolutization of subjecthood as a subject-predicate of itself, is embodied in the Bible’s sum qui sum as well as in Descartes’ cogito ergo sum. This principle has entailed the modern objectification-mechanization of nature by a transcending human subject. Though, concerning matter, Heisenberg’s physics as well as, concerning life, Imanishi’s “natural science” (without an s) have stressed its inadequacy to the reality of nature, the same Mount Horeb principle still rules our natural sciences (with an s), and correlatively our whole civilization, with its side effects: Anthropocene, and the setting off of the Sixth Extinction of life on this planet; instead of which, a mesological conception of subjecthood is argued.

mercredi 10 février 2016

Landscape and the unsustainable urban realm / Augustin Berque

Photographie aérienne du Musée National de Tôkyô
Photographie aérienne du Musée National de Tôkyô
Adriana Veríssimo Serrão, ed.
Thinking and Walking in the Landscape to Build the City

Landscape and the unsustainable urban realm

Augustin Berque

Abstract.  This article establishes the genealogy of the myth which, in the West as well as in the East, has induced the idealization of the detached house close to “nature” in terms of landscape, and thus produced in the end a pervasive form of settlement – a rural-like form of urbanization covering the whole territory – which, being both ecologically unsustainable and morally unjustifiable, is called for this double reason “the unsustainable urban realm”.

mercredi 11 mars 2015

La ville insoutenable / Augustin Berque

Lotissement
 (source)
Colloque ANR PAGODE
Villes et quartiers durables : la place des habitants
Maison des Suds-Pessac, 27 et 28 novembre 2014

La ville insoutenable

par Augustin BERQUE

1. « Insoutenable », mais encore ?
Je remercie les organisateurs du colloque ANR PAGODE « Villes et quartiers durables : la place des habitants » de m’avoir confié cette première conférence plénière sous le titre « La ville insoutenable ». C’était là certainement rendre hommage au programme de recherche décennal (2001-2010) L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements, dont la première publication collective portait effectivement ce titre : « La ville insoutenable » [1] ; mais je dois immédiatement dissiper un malentendu. Dans l’esprit où ce programme de recherche fut lancé, en 2001, l’« insoutenabilité» en question n’était pas entendue comme étant celle de la ville, mais celle au contraire de ce que, par approximations successives, nous sommes finalement convenus d’appeler « l’urbain diffus » ; c’est-à-dire bien autre chose que la ville dans son acception traditionnelle, cet « assemblage d’un grand nombre de maisons disposées par rues », selon la définition qu’en donnait la première édition du Petit Larousse (1906) ; autre chose, a fortiori, que ce qu’entendait par là l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et qui correspond plutôt à ce que nous appellerions aujourd’hui une place forte, derrière ses remparts qui l’isolent et la distinguent catégoriquement des campagnes environnantes ; cela exactement pour les mêmes raisons qui ont fait qu’en chinois, c’est le sinogramme chéng  (« muraille », comme dans « la Grande Muraille », Cháng Chéng 長城) qui a historiquement signifié la ville. 

mercredi 4 mars 2015

La nature en fleur / A. Berque

Arrangement floral ikebana Yôshû Chikanobu
Arrangement floral ikebana,
Yôshû Chikanobu (1838-1912), (source)
Postface à Josui OSHIKAWA et Hazel H. GORHAM, 
Manual of Japanese flower arrangement, Paris, éditions B2, 2015 (1936)

 La nature en fleur

par Augustin Berque

   Curieuse aventure que celle de ce manuel d’ikébana (selon le Petit Larousse : « Art de la composition florale conforme aux traditions et à la philosophie japonaises, et obéissant, depuis le VIIe s., à des règles et à une symbolique codifiées »)… L’édition 1947 que j’ai entre les mains, publiée en anglais par Cosmo Publishing Company à Tokyo, a vu le jour alors que le Japon, écrasé sous les bombes deux ans auparavant, était sous occupation américaine. Or les deux auteures sont l’une japonaise, l’autre américaine, et elles ont travaillé en si parfaite harmonie qu’on se croirait sur une autre planète, où la guerre du Pacifique n’aurait jamais eu lieu. Certes, la première édition du livre datait d’avant la guerre ; mais justement, l’on dirait que rien ne s’est passé entre les deux. Hazel Gorham était l’épouse d’un ingénieur américain qui a longtemps vécu au Japon et a choisi, avec elle, de se faire naturaliser japonais en 1941, quelques mois avant Pearl Harbor. Elle a été l’élève d’Oshikawa Josui (dans l’ordre japonais, patronyme en premier). Celle-ci, quant à elle, était depuis 1930 l’iemoto (chef) de l’école d’ikébana Shôfûryû, une branche de l’école Ikénobô. L’ouvrage est leur œuvre commune, sans que l’on puisse distinguer ce qui revient à l’une ou à l’autre ; mais on peut évidemment supposer que l’écriture première, ou au moins l’orientation principale, revient à Oshikawa Josui, tandis que Hazel Gorham aurait travaillé surtout à la mise en forme de la version anglaise. Toutefois, ne voir en elle qu’une traductrice serait certainement sous-estimer son rôle, car, à son actif, elle a d’autres œuvres de son cru sur l’esthétique japonaise.

mercredi 7 janvier 2015

Peut-on rationnellement parler de « science naturante » (shizengaku 自然学) ? / A. Berque

Deux hommes contemplant la lune Caspar David Friedrich
Deux hommes contemplant la lune
Caspar David Friedrich (1774-1840)
(The metropolitan museum of art)
Cercle de philosophie de la nature
4e symposium : Devenir et structure
École des hautes études en sciences sociales, 5-7 novembre 2014

Peut-on rationnellement parler de « science naturante » (shizengaku 自然学) ?

Augustin BERQUE

Résumé – Vers la fin de sa carrière, IMANISHI Kinji (1902-1992) a résumé sa méthode scientifique dans le concept de « science naturante » (shizengaku 自然学), en l'opposant à la notion ordinaire de sciences naturelles (shizen kagaku自然科学). Il s'agit fondamentalement d'un rejet du dualisme moderne, lequel a fait de la nature un objet. Cette science naturante postule que l'observateur peut dans une certaine mesure s'identifier au mouvement même de la nature, s'agissant notamment de l'évolution des espèces, à propos de laquelle Imanishi rejette catégoriquement le paradigme néo-darwiniste en postulant que, dans l'évolution, joue la subjectité de l'espèce en tant que telle, et non pas seulement la statistique d'une population d'organismes. Cette position a fait ostraciser l'idée de science naturante par la communauté scientifique nippone, mais les critiques adressées par Imanishi au paradigme actuel des sciences naturelles sont loin d'être toutes aberrantes. On reviendra ici sur ces questions en tentant d'évaluer leur validité.

mardi 2 décembre 2014

Le concept de "spéciété" est-il opératoire ? / A. Berque

Proposed to the International Journal of Contemporary Sociology, special issue on “Sociality, culture and nature”.

Is the concept of speciety
rationally operative ?

by Augustin BERQUE

Monkeys Chao Shao-an
Monkeys (1960-70) Chao Shao-an (Hong Kong Heritage Museum)
(source)

Abstract – The paper discusses the validity of the concept of shushakai put forward by the Japanese naturalist Kinji Imanishi. It proposes to translate this concept with speciety, defining it as the fact of being a species as a society, not as a mere population ; a society endowed with subjecthood, thus possessing its own specific world and evolving in relation to that world, rather than to the environment in general. The point of view is that of mesology, i.e. the study of milieu as distinct from the environment, which is the object of ecology. Mesology in that sense corresponds to Umweltlehre in Uexküll’s sense, and to fûdogaku in Watsuji’s sense.

lundi 9 juin 2014

De cosmologie en paysage : la naissance du jardin de lettré en Chine / A. Berque

Landscape in the Style of Various Old Masters  In the Style of Yang Sheng Wang Jian
Landscape in the Style of Various Old Masters:
In the Style of Yang Sheng
Wang Jian, (1598 - 1677)
(Yale University Art Gallery)
Paru dans Sylvain ALLEMAND, Édith HEURGON, Sophie de PAILLETTE (dir.), Renouveau des jardins : clés pour un monde durable ? Actes du colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2014, p. 54-57.
Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, 3-13 août 2012
Colloque Renouveau des jardins : clefs pour un monde durable ?

De cosmologie en paysage :

la naissance du jardin de lettré en Chine

par Augustin Berque


1. Les parcs animaliers du temps des Han
Le mot chinois pour dire « jardin », yuán, est rendu par le caractère , qui combine  la clef , signifiant « enclos », et l’élément (yuàn), qui signifie « ample vêtement où l’on est à l’aise », mais est ici utilisé phonétiquement. Une étymologie moins courante interprète ce  comme synonyme de son presque homophone yuán , « haie ». D’autres sinogrammes sont également associés à l’idée de jardin ou de parc, mais celui-ci est le principal, et il a traversé l’histoire. On le retrouve par exemple dans le japonais den.en toshi 田園都市, qui a rendu l’anglais garden city.

jeudi 24 avril 2014

Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ? / A. Berque sur Rfi

Poétique de la Terre Augustin Berque

Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ?

Rfi / Augustin Berque

A l'occasion de la parution de son dernier ouvrage, Rfi a invité le géographe et philosophe Augustin Berque autour de la question suivante : « Qu'est-ce qu'une poétique de la Terre ? »

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire : tel est le propos du livre Poétique de la Terre. Il commence, en première partie, par la question du sujet, en montrant que l’exaltation du sujet individuel moderne a entraîné une décosmisation qui à terme est mortelle, car aucun être ne peut vivre sans un monde commun (kosmos). Nous devons donc recosmiser notre existence. La seconde partie montre que l’arrêt sur objet propre à la modernité aboutit à dépouiller les choses de leur sens, faisant notamment du langage une aporie. Nous avons à remettre les mots et les choses dans le fil de leur histoire commune (leur croître-ensemble : concrescence), c’est-à-dire à les reconcrétiser. La troisième partie montre enfin que réembrayer la nature et la culture passe nécessairement par la question du rapport entre histoire et subjectivité, ce à tous les degrés de l’être, allant, par l’évolution, de la vie la plus primitive jusqu’à la conscience la plus humaine... (4ème de couverture de l'ouvrage Poétique de la Terre d'Augustin Berque aux Editions Belin).


mardi 11 mars 2014

Prométhée généticien / C. Calame

Prométhée G. Moreau
Prométhée, G. Moreau (1868)

 Prométhée généticien ?

Pour dépasser l'opposition 'nature/culture', une perspective anthropopoiétique

Claude Calame (EHESS, Paris)

La distinction en contraste entre nature et culture a en quelque sorte été canonisée par la pensée structurale des années 70 du siècle dernier. Elle tire apparemment son origine de la réflexion universalisante des Lumières européennes sur les sociétés des hommes ; et cela de deux points de vue.
            D’une part, objectivée, une « nature » est posée face à la raison de l’être humain ; une raison qui se définit en son autonomie, affranchie qu’elle est désormais du pouvoir divin et des instances surnaturelles. La nature devient une nature-objet sur laquelle l’homme raisonnable peut agir et dont il pourra exploiter les ressources ; selon l’une des définitions proposées par d’Alembert dans l’Encyclopédie (Paris 1751-1765/1772), la nature c’est « l'ordre et le cours naturel des choses, la suite des causes secondes, ou les lois du mouvement que Dieu a établies » (c’est-à-dire la  nature physique, soumise aux lois formulées par Newton). 

mercredi 5 mars 2014

Les formes et les interactions / L. Boi

Jean-Jacques Rousseau, vue depuis son pavillon d'Ermenonville gravure
Jean-Jacques Rousseau,
vue depuis son pavillon d'Ermenonville,
gravure (19e siècle, d'après G.F. Meyer)
source

Les formes végétales et les interactions homme-nature : de Rousseau à quelques idées récentes de la botanique

Luciano Boi (EHESS-CAMS / Équipe de Mésologie)

« Une plante est un chant dont le rythme déploie une forme certaine, et dans l’espace expose un mystère du temps. » 
(Paul Valéry, Dialogue de l’arbre, 1943.)

1. Observation, théorisation et la corrélation entre sujet et objet

En face du monde naturel en général et de celui végétal en particulier, il faut beaucoup d’attention, et une méditation particulière, vouées à l’observation et ouvertes à la contemplation en même temps. Il s’agira d’une attention capable d’accueillir d’abord les appels qui viennent des choses avant même de les analyser avec un point de vue arrêté. C’est dire que l’observation ne doit pas se fonder sur des préjugés et encore moins être dictée par des dogmes, encore qu’elle peut s’inspirer de conceptions antérieures et être orientée par des points de vues existants qui nous indiquent seulement la perspective selon laquelle il convient d’observer.

lundi 20 janvier 2014

Annonce du prochain séminaire

Claude Calame
Le vendredi 24 janvier (amphithéâtre du 105 bd Raspail, 18h) aura lieu un exposé de Claude CALAME, directeur d'études à l'EHESS 

Prométhée généticien? Pour dépasser l'opposition "nature/culture", une perspective anthropopoiétique 


La tradition veut que l'on fasse remonter, par filiation, le concept moderne de "nature", forgé au cours du XVIIIe siècle européen, au concept grec de phusis. Or une approche anthropologique des manifestations de la culture grecque antique implique non seulement un retour aux catégories propres, dans leurs définitions indigène; mais elle implique aussi un retour critique, par le regard oblique qu'elle induit, sur nos propres concepts. Ce cheminement sera proposé pour une analyse généalogique de l'opposition structurale "nature" vs "culture". A partir du concept grec de phusis comme procédure de développement d'un organisme et sur la base des arts interprétatifs que le Prométhée d'Eschyle propose aux hommes mortels pour animer leurs relations signifiantes avec leur environnement, il apparaîtra que le recours au concept postmoderne de plasticité envisagé en génie génétique et en sciences neuronales annule l'opposition structurale entre nature et culture. On pourra dès lors proposer une conception "anthropopoiétique" des relations de l'homme avec son environnement, dans une écologie modelée par ses pratiques sémiotiques. La nature ne peut être que culture.

mercredi 2 octobre 2013

L'invention du paysage en Chine / A. Berque

Landscape Chen Zizhuang
Landscape, Chen Zizhuang (1913-1976)
source
Paru dans Libération, 4 octobre 2013, dossier FIG Chine

L’invention du paysage en Chine

par Augustin Berque

Le paysage, ne suffit-il pas d’ouvrir les yeux pour en voir ? Et pourtant, chose étrange, ce mot n’a pas toujours existé. En Europe, il ne date que de la Renaissance. La question a beaucoup préoccupé les sciences humaines voici une trentaine d’années, à l’époque où l’on commençait à s’intéresser sérieusement à cette question parce que l’on se rendait enfin compte des ravages que la civilisation moderne inflige aux paysages. On a donc alors découvert que « le paysage » n’avait pas toujours existé.

mercredi 24 avril 2013

Humaniser et naturaliser / A. Berque

Quatre saisons, une tête, Arcimboldo
Quatre saisons, une tête, Arcimboldo (1590)
(source)
Institut d’études avancées de Nantes. Conférence, mardi 16 avril 2013
Humaniser la nature, naturaliser l’humain aujourd’hui
par Augustin Berque

Résumé


Cette formule d’inspiration marxienne [0] veut exprimer une triple urgence. Celle, d’abord, de recosmiser notre existence ; car l’exaltation du sujet individuel moderne a entraîné une décosmisation qui à terme est mortelle, aucun être ne pouvant vivre sans un monde commun (kosmos). Celle, ensuite, de reconcrétiser les mots et les choses, en les remettant dans le fil de leur histoire commune (leur croître-ensemble : concrescence) ; car l’arrêt sur objet propre à la modernité aboutit à dépouiller les choses de leur sens, faisant notamment du langage une aporie. Enfin, celle de réembrayer nature et culture, en passant nécessairement par la question du rapport entre histoire et subjectivité, ce à tous les degrés de l’être, allant, par l’évolution, de la vie la plus primitive jusqu’à la conscience la plus humaine. Recosmiser, reconcrétiser, réembrayer : devant ces trois urgences, la pensée occidentale est aujourd’hui plombée par ce qui hier a fait sa force : la structure mère sujet-verbe-complément, qui à partir de la langue a orienté notre logique (avec le modèle sujet-prédicat), notre métaphysique (avec l’identité de l’être) et, de là, notre science (avec l’en-soi de l’objet), toutes fondées sur le double principe d’identité et de tiers exclu, c’est-à-dire sur la forclusion du symbolique. Des exemples tels que la langue japonaise, dont la structure mère était d’un autre genre, ou que le tétralemme développé par les penseurs indiens, qui inclut systématiquement le tiers, nous suggèrent la voie qui nous permettra de dépasser les apories de la modernité.

mercredi 10 avril 2013

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie / Univ. Di Corsica

Corsica William Turner
Corsica, William Turner (1830-1835)
(source)

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie

Augustin Berque

La chaire "Développement des territoires et innovation : questions de mésologie" créée en 2012 à Corte par la Fundazione di l'Università di Corsica en collaboration avec l'Université de Corse et le CNRS (UMR LISA) a tenu sa session de printemps sur le thème du paysage et du sacré dans la nature, avec notamment un film de Jean Froment sur la Corse (série prochainement programmée sur Arte), deux leçons d'Augustin Berque (fichiers ci-joints), et un exposé de Laetitia Carlotti, plasticienne ouvrier du paysage.
Le détail des activités de la chaire, la captation vidéo de la session et des sessions précédentes, ainsi que les textes des leçons d'A. Berque, sont accessibles sur le site de la Fondation : fundazione.univ-corse.fr

Textes associés, à lire en ligne ci-après: "Mésologie du sacré" (version révisée) et "Des eaux de la montagne au paysage". 

mercredi 20 mars 2013

Natura natura semper / A. Berque

Mt. Ktaadn Frederic Edwin Churck
Mt. Ktaadn, Frederic Edwin Churck (1853)
(Yale University Art Gallery)
Colloque La naturalité en mouvement : environnement et usages récréatifs de la nature. Domaine Olivier de Serres, Le Pradel, 20-22 mars 2013

Natura natura semper

(la nature sera toujours à naître)

– un point de vue mésologique –

par Augustin Berque

§ 1. Depuis quand « la nature » existe-t-elle ?

La nature, en principe, existe depuis que le monde existe. La tradition chrétienne nous a laissé penser que celui-ci fut créé par un être absolu, Dieu, à un certain moment. Quand cela ? Selon les calculs effectués en 1654 sur la base des Écritures par John Lightfoot, vice-chancelier de l’Université de Cambridge, ce fut le septième jour, le 26 octobre 4004 avant Jésus-Christ à neuf heures du matin, que Dieu couronna la Création en créant l’Homme ; après quoi, il se reposa[1]. La nature existerait donc depuis une semaine avant cette date. La science moderne, après de durs combats contre l’Église, a reculé celle-ci de 13,7 milliards d’années, plus ou moins 700 millions ; mais cela ne change pas le principe : la nature existe depuis qu’existe l’univers. C’est l’idée commune à la science et à l’opinion ordinaire.

mercredi 6 février 2013

Sur la Terre / A. Berque

The Cosmos Yi Hee Choung
 The Cosmos Yi, Hee Choung (2008)
(source)
La justice et la paix dans les Saintes Écritures et la pensée philosophique. Colloque international, Université Tunis El-Manar, 19-23 avril 2009

Sur la Terre

les fondements terrestres de l'éthique humaine 

par Augustin BERQUE

Résumé – Le besoin humain de vivre dans la justice et la paix n'est pas souvent, dans les représentations habituelles, relié à la nature. Celle-ci, en particulier dans la tradition occidentale, est au contraire invoquée pour expliquer (sinon même justifier, comme ce fut le cas du nazisme) l'injustice et la guerre : "L'homme est un loup pour l'homme" (Hobbes), "La raison du plus fort est toujours la meilleure" (La Fontaine), etc. Cette dépréciation de la nature a une longue histoire, qui tend – pour le meilleur comme pour le pire – à placer l'humain dans un registre irréductible à l'ordre naturel. Cette vision aboutit aujourd'hui à une décosmisation qui met en péril l'existence même de l'humanité sur la Terre. Il importe de refonder l'éthique sur la Terre, dans une onto-cosmologie dépassant le paradigme moderne.  

mercredi 16 mai 2012

Mésologie du sacré / A. Berque

CEZANNE Mont Sainte-Victoire et Chateau Noir
CEZANNE Mont Sainte-Victoire et Chateau Noir (1904-06)
(source : Bridgestone Museum of Art)

Mésologie du sacré

Communication au colloque Y a-t-il du sacré dans la nature ?

Université Paris I, 27-28 avril 2012
par Augustin BERQUE

Résumé - Le dualisme moderne a désacralisé la nature, devenue cet objet neutre que toise un sujet transcendant son milieu. Cette objectification s’est accompagnée d’une décosmisation : le sujet n’a plus sa place dans ce qui n’est plus un cosmos, mais un univers objet. Ce paradigme acosmique a touché ses limites au siècle dernier, car il aboutit non seulement à détruire la biosphère, mais à saper notre humanité même. De tous les êtres vivants, l’humain est en effet celui qui dépend le plus de son milieu ; car celui-ci est le complément non seulement écologique, mais technique et symbolique sans lequel ce néotène n’existerait même pas, puisque, dans l’évolution, la technique et le symbole ont rétroagi sur sa constitution même. Ces liens entre le sujet humain et son milieu, radicalement insaisissables par le dualisme, se sont en revanche exprimés symboliquement dans toutes les cosmologies hormis celle de la modernité. La crise environnementale les ravive, soit dans une flambée de l’irrationnel, telle la vogue du fengshui en Occident, soit dans un holisme scientiste subordonnant l’humain aux écosystèmes. Tant ce spiritualisme que ce réductionnisme sont non moins des impasses que le dualisme. On y préférera la voie moyenne d’une mésologie (étude des milieux) poursuivant celle ouverte au siècle dernier par des naturalistes comme Uexküll et des philosophes comme Watsuji, qui montre que notre être ne se limite pas à notre corps individuel, mais comprend notre milieu.