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mercredi 12 juin 2019

Coénoncer avec le vivant / Augustin Berque

Conversation, Anonyme
(peuple Gonds, Madhya Pradesh, Inde)
source
Journées d’étude Habiter/être habité.e : quelles relations avec le vivant ?, 16-18 mai 2019, à Cieux et Eymoutiers. Conférence-échange entre Augustin Berque et Nicole Pignier, amedi 18 mai, Eymoutiers, 14h-16h. Ci-après, les éléments du propos d’A. Berque.

Coénoncer avec le vivant, réhabiter la Terre 

Augustin Berque

I. « Coénoncer avec le vivant, réhabiter la Terre », voilà une formulation pour le moins hardie. C’est à Nicole Pignier que nous la devons, semble-t-il. Est-elle simplement absurde, ou oraculaire ? En tout cas, elle n’entre pas d’emblée dans notre casier mental. Nous avons plutôt l’habitude de penser que, d’une part, les humains sont les seuls à posséder la parole, donc les seuls capables d’énonciation ; que, d’autre part, nous habitons bien sur la Terre, pas ailleurs, et que nous n’avons donc pas à la « réhabiter » ; enfin que, par-dessus le marché, le lien logique entre énonciation et habitation n’est rien moins qu’évident… 

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mercredi 24 avril 2013

Humaniser et naturaliser / A. Berque

Quatre saisons, une tête, Arcimboldo
Quatre saisons, une tête, Arcimboldo (1590)
(source)
Institut d’études avancées de Nantes. Conférence, mardi 16 avril 2013
Humaniser la nature, naturaliser l’humain aujourd’hui
par Augustin Berque

Résumé


Cette formule d’inspiration marxienne [0] veut exprimer une triple urgence. Celle, d’abord, de recosmiser notre existence ; car l’exaltation du sujet individuel moderne a entraîné une décosmisation qui à terme est mortelle, aucun être ne pouvant vivre sans un monde commun (kosmos). Celle, ensuite, de reconcrétiser les mots et les choses, en les remettant dans le fil de leur histoire commune (leur croître-ensemble : concrescence) ; car l’arrêt sur objet propre à la modernité aboutit à dépouiller les choses de leur sens, faisant notamment du langage une aporie. Enfin, celle de réembrayer nature et culture, en passant nécessairement par la question du rapport entre histoire et subjectivité, ce à tous les degrés de l’être, allant, par l’évolution, de la vie la plus primitive jusqu’à la conscience la plus humaine. Recosmiser, reconcrétiser, réembrayer : devant ces trois urgences, la pensée occidentale est aujourd’hui plombée par ce qui hier a fait sa force : la structure mère sujet-verbe-complément, qui à partir de la langue a orienté notre logique (avec le modèle sujet-prédicat), notre métaphysique (avec l’identité de l’être) et, de là, notre science (avec l’en-soi de l’objet), toutes fondées sur le double principe d’identité et de tiers exclu, c’est-à-dire sur la forclusion du symbolique. Des exemples tels que la langue japonaise, dont la structure mère était d’un autre genre, ou que le tétralemme développé par les penseurs indiens, qui inclut systématiquement le tiers, nous suggèrent la voie qui nous permettra de dépasser les apories de la modernité.