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mercredi 26 décembre 2018

Trajectivité, littérature et traduction / Julie Brock

Paysage bucolique
'Milton Avery, 1945)

Trajectivité, littérature et traduction

Julie Brock (Kyoto Institute of Technology)

Résumé : Dans cet article, nous présentons succinctement la mésologie d'Augustin Berque, et nous expliquons sur quels fondements nous envisageons son application dans le domaine des études littéraires et traductologiques. Dans la première partie, nous expliquons ce que signifie le concept de trajectivité. Augustin Berque se réfère notamment à la chôra platonicienne pour montrer qu'il existe, à l'origine de la pensée occidentale, la notion d'un espace qui n'appartient ni proprement au sujet, ni proprement à l'objet, mais qui les contient tous les deux. La trajectivité définit le mouvement qui permet de relier le sujet et l'objet, le monde abstrait et le monde concret, l'environnement et le paysage, un individu et la société, et plus généralement A et non A. Selon Augustin Berque, ce mouvement se constitue dans la formule « en tant que » (en allemand als, en anglais as, en japonais sunawachi). Il appelle « interprétation » cet acte de conscience du sujet aux yeux de qui, par exemple, l'environnement naturel apparaît en tant que paysage. Dans la deuxième partie, nous posons l'hypothèse que, dans le domaine de la littérature, cette fonction de l'interprète est remplie par le lecteur aux yeux de qui un document textuel apparaît en tant que poème ou en tant que roman. Dans la troisième partie, nous concentrons notre questionnement sur la fonction du traducteur qui se tient à la fois du côté de l'objet et du sujet, du lecteur et de l'auteur, de l'original et du texte nouveau qui deviendra proprement « une traduction ».

mercredi 25 novembre 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée / Julie Brock

Lespédèze de montagne 山萩
Lespédèze de montagne 山萩
Séminaire Mésologiques du 13 mars 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée

- un point de vue écouménal sur un poème du Man'yôshû -

Julie Brock

Résumé : Dans les poèmes du Man'yôshû (la plus ancienne anthologie de poèmes japonais dont la compilation s'est achevée au milieu du VIIIe siècle), on trouve fréquemment une figure appelée jo-kotoba : littéralement « les mots qui commencent ». Pour éclaircir le mode de fonctionnement du jo-kotoba, nous examinons un poème du Man'yôshû (vol. 8, n° 1617) dans lequel les deux premiers vers décrivent des lespédèzes couvertes de rosée par une fraîche matinée d'automne, tandis que les deux derniers vers, où les larmes jaillissent irrépressiblement, expriment la tristesse de la séparation. Entre ces deux parties s'intercale un vers médian signifiant « le vent souffle ». Entre les gouttes de rosée qui perlent sur les lespédèzes et les larmes versées par la poétesse, il y a un lien grammatical formé le verbe otsuru, « tomber », et un lien métaphorique engendré par le double sens de aki, qui, dans la graphie du poème signifie « l'automne », et a pour homonyme, dans une autre graphie, un mot signifiant « la rupture, la séparation ». Notre analyse montre que l'automne et la séparation constituent pour ainsi dire un couple de forces qui, portées par le vent, se combinent en un seul moment poétique. Elle conclut que les nombreux effets mis en oeuvre dans ce poème tendent à une combinatoire que les outils de la mésologie permettent de décrire avec justesse et précision.

mercredi 4 décembre 2013

Le territoire des meisho / A. Berque

Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam Katsushika Hokusai
Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam
Katsushika Hokusai, 1831-32
source : Philadelphia Museum of Art
Paru dans  Les rameaux noués. Hommages offerts à Jacqueline Pigeot, sous la direction de Cécile SAKAI, Daniel STRUVE, TERADA Sumie et Michel VIEILLARD-BARON, Paris, Collège de France : Institut des hautes études japonaises, 2013, p. 23-36.

 Le territoire des meisho

par Augustin Berque

1. Michiyuki-bun
Rappelons d’abord les grandes lignes de Michiyuki-bun. Poétique de l’itinéraire dans la littérature du Japon ancien[1], la thèse fameuse qui valut à Jacqueline Pigeot le prix Yamagata Bantô, le plus prestigieux de la japonologie. C’est là que j’ai découvert la question des « lieux renommés », les meisho 名所.
            Le mot michiyuki-bun 道行文, qui signifie « littérature (bun) d’itinéraire (michiyuki) », a été créé par la philologie moderne pour désigner un type de littérature qui se développa au XIIIe siècle et connut une grande faveur à l’époque Muromachi (XIVe – XVIe siècles).  Il s’agit de la relation de voyages fictifs dans des lieux connus, dont le style se caractérise par une prose rythmée (surtout des heptamètres et des pentamètres alternés), évoquant la nostalgie du voyageur, riches en toponymes et en citations de poèmes anciens, et mettant systématiquement en œuvre des tropes appelés engo 縁語 et kakekotoba 掛詞.