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mercredi 21 août 2019

Écoumène, demeure de notre humanité / Augustin Berque

CICLOTRAMA 80 (Aglomeração )
Puissances de l’habiter. Matériaux pour des écoles de la Terre
– Rencontres de Lachaud, 19-23 août 2019 –

Écoumène, demeure de notre humanité

par Augustin Berque

Résumé – La géographie a traditionnellement entendu l’écoumène (du grec hê oikoumenê ἡ οἰκουμένη, « l’habitée ») comme la partie habitée de la Terre. Pour la mésologie (Umweltlehre, fûdoron 風土論), science des milieux, c’est l’ensemble des milieux humains, c’est-à-dire la relation de l’humanité avec la Terre. Cette relation n’est pas seulement un rapport entre un sujet (l’humain) et un objet (l’environnement) ; impliquant l’institution réciproque (la co-suscitation) de l’humain et de son milieu comme tels, elle n’est pas saisissable dans le cadre du dualisme moderne, et exige un changement de paradigme onto/logique (à la fois ontologique et logique).

mercredi 25 novembre 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée / Julie Brock

Lespédèze de montagne 山萩
Lespédèze de montagne 山萩
Séminaire Mésologiques du 13 mars 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée

- un point de vue écouménal sur un poème du Man'yôshû -

Julie Brock

Résumé : Dans les poèmes du Man'yôshû (la plus ancienne anthologie de poèmes japonais dont la compilation s'est achevée au milieu du VIIIe siècle), on trouve fréquemment une figure appelée jo-kotoba : littéralement « les mots qui commencent ». Pour éclaircir le mode de fonctionnement du jo-kotoba, nous examinons un poème du Man'yôshû (vol. 8, n° 1617) dans lequel les deux premiers vers décrivent des lespédèzes couvertes de rosée par une fraîche matinée d'automne, tandis que les deux derniers vers, où les larmes jaillissent irrépressiblement, expriment la tristesse de la séparation. Entre ces deux parties s'intercale un vers médian signifiant « le vent souffle ». Entre les gouttes de rosée qui perlent sur les lespédèzes et les larmes versées par la poétesse, il y a un lien grammatical formé le verbe otsuru, « tomber », et un lien métaphorique engendré par le double sens de aki, qui, dans la graphie du poème signifie « l'automne », et a pour homonyme, dans une autre graphie, un mot signifiant « la rupture, la séparation ». Notre analyse montre que l'automne et la séparation constituent pour ainsi dire un couple de forces qui, portées par le vent, se combinent en un seul moment poétique. Elle conclut que les nombreux effets mis en oeuvre dans ce poème tendent à une combinatoire que les outils de la mésologie permettent de décrire avec justesse et précision.

mercredi 7 octobre 2015

Anthropocene from a mesological point of view / Augustin Berque

Fleurs d'équinoxe 彼岸花
Fleurs d'équinoxe, 2015
Francine Adam (cc)
総合地球環境学研究所, 2015.9.17人類世考察会
Research Institute for Humanity and Nature, Kyoto
Anthropocene workshop
17 September 2015

Anthropocene from a mesological point of view

Augustin Berque

1. “Anthropocene” comes from the Greek anthropos, human being, and kainos, new. It means that we have entered an age in which humankind is transforming nature to a degree which becomes geologically significant. The suffix cene has been used, in geology, to designate a new age of life on the Earth ; hence Eocene etc. In that sense, Anthropocene might be limited to a geological meaning, the question being how to define when it begins : was it in the fifties with the so-called Great Acceleration? In 1784 with the steam engine? With the neolithic agricultural revolution? With the use of fire? Etc.

mercredi 11 mars 2015

La ville insoutenable / Augustin Berque

Lotissement
 (source)
Colloque ANR PAGODE
Villes et quartiers durables : la place des habitants
Maison des Suds-Pessac, 27 et 28 novembre 2014

La ville insoutenable

par Augustin BERQUE

1. « Insoutenable », mais encore ?
Je remercie les organisateurs du colloque ANR PAGODE « Villes et quartiers durables : la place des habitants » de m’avoir confié cette première conférence plénière sous le titre « La ville insoutenable ». C’était là certainement rendre hommage au programme de recherche décennal (2001-2010) L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements, dont la première publication collective portait effectivement ce titre : « La ville insoutenable » [1] ; mais je dois immédiatement dissiper un malentendu. Dans l’esprit où ce programme de recherche fut lancé, en 2001, l’« insoutenabilité» en question n’était pas entendue comme étant celle de la ville, mais celle au contraire de ce que, par approximations successives, nous sommes finalement convenus d’appeler « l’urbain diffus » ; c’est-à-dire bien autre chose que la ville dans son acception traditionnelle, cet « assemblage d’un grand nombre de maisons disposées par rues », selon la définition qu’en donnait la première édition du Petit Larousse (1906) ; autre chose, a fortiori, que ce qu’entendait par là l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et qui correspond plutôt à ce que nous appellerions aujourd’hui une place forte, derrière ses remparts qui l’isolent et la distinguent catégoriquement des campagnes environnantes ; cela exactement pour les mêmes raisons qui ont fait qu’en chinois, c’est le sinogramme chéng  (« muraille », comme dans « la Grande Muraille », Cháng Chéng 長城) qui a historiquement signifié la ville. 

mercredi 17 décembre 2014

Poétique de l’écoumène, pulsation des choses / I. Favre

Stéphanie Cailleau Pierres Bleues
Stéphanie Cailleau, Pierres Bleues
(source)
Séminaire Mésologiques, CR de la séance du 28 novembre 2014

Poétique de l’écoumène, pulsation des choses

Isabelle Favre

And beauty born of murmuring sound
Shall pass into her face [1]

« Pulsation des choses » : cette expression m’a été inspirée par la lecture de l’anthropologue britannique Tim Ingold, et de sa Brève Histoire des lignes, lorsqu’il tente de définir ce que peut être une ligne abstraite. « Dans son essai Du Spirituel dans l’Art, Kandinsky explique que l’abstraction ne consiste pas à vider une œuvre de son contenu pour n’y laisser qu’un contour vide ou une pure forme géométrique. Elle suppose au contraire l’élimination de tous les éléments figuratifs ne renvoyant qu’à l’extériorité des choses, à savoir leur aspect extérieur, afin de révéler ce qu’il appelle leur « nécessité intérieure » […]. [C’est] la force de vie qui les anime et qui, vu qu’elle nous anime aussi, nous permet d’entrer en contact avec elle et de ressentir leur affectivité et leur pulsation de l’intérieur » [2].

mercredi 31 juillet 2013

Peut-on dépasser l’acosmie de la modernité ? / A. Berque

Self portrait at an early age Rembrandt
Self portrait at an early age
(Rembrandt, 1628-1629)
source
Université de Corse, Corte, 11 juin 2013 / Séminaire Questions de mésologie, VII

Peut-on dépasser l’acosmie de la modernité ?

par Augustin Berque


§ 1.  Terre, monde, cosmos, univers
            Un ouvrage récent d’Henri Raynal est intitulé Ils ont décidé que l’univers ne les concernait pas[1]L’auteur y emploie le terme d’acosmisme pour dénoncer l’« autisme » de notre espèce, qui s’estime aujourd’hui dégagée de toute obligation de penser sa place dans l’univers, et de s’y tenir. Pour dire des choses assez voisines, je préfère employer le terme d’acosmie, qui a pour moi l’avantage d’évoquer l’anomie durkheimienne, c’est-à-dire l’effacement des valeurs, et les désordres qui s’ensuivent. Alors toutefois que l’anomie est sociale, l’acosmie concerne à la fois le social et le naturel.  Plus exactement, il s’agit de l’embrayage des valeurs humaines aux faits de la nature, auxquels la mésologie, contrairement au naturalisme (tels la sociobiologie ou Calliclès dans le Gorgias)[2], refuse de les réduire, mais aussi, contrairement au métabasisme contemporain (tel celui de la French theory, laquelle nous verrait volontiers planer dans l’azur sans plus de base terrestre), tient tout autant à les y fonder.

mercredi 29 mai 2013

La mondialisation a-t-elle une base ? / A. Berque

Chant of Universe Bang Hai Ja
Chant of Universe, Bang, Hai Ja (1975)
(source)
Paru dans Guy MERCIER, Les territoires de la mondialisation, Québec, Presses de l'Université Laval, 2004, p. 73-91. Table ronde Les territoires de la mondialisation . Salon international du livre, Québec, 25 avril 2002 

La mondialisation a-t-elle une base ? 

par Augustin BERQUE


1. Monde n'est plus univers, ni cité humaine


Seraient-ils les plus rebattus, les mots ont toujours des profondeurs insoupçonnées ; c'est à nous d'aller y voir, en commençant par les dictionnaires. Ainsi l'édition 2001 du Petit Larousse illustré définit-elle mondialisation comme « Fait de devenir mondial, de se mondialiser ; globalisation » ; et mondial comme « ce qui concerne le monde entier » . Fort bien ; mais alors, qu'est-ce donc que le monde ?

mercredi 3 octobre 2012

La case de l'oncle TOM / A. Berque

Van Gogh Maisons à Auvers,
Van Gogh, Maisons à Auvers, 1890
(Source)
Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée.
Les mercredis du paysage. Narbonne, Palais des Archevêques, 26 septembre 2012

La maison délicieuse dans le paysage

Compte rendu par Augustin Berque

Le cycle est introduit par Mme Nicole Cathala, Adjointe au Maire Déléguée à la culture et au patrimoine ; puis Mme Marion Thiba, Chargée de mission « Culture et Patrimoine » au Parc naturel régional présente le conférencier. Augustin Berque, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, est entre autres l’auteur de La pensée paysagère (Archibooks, 2008) et de Histoire de l’habitat idéal, de l’Orient vers l’Occident (Le Félin, 2010).

A. Berque commence par expliquer l’expression « maison délicieuse ». Celle-ci a été employée par l’abbé Marc-Antoine Laugier, SJ, dans son Essai sur l’architecture (1753), à propos de la description faite par le père Attiret, jésuite également, de l’une des fabriques du parc impérial Yuanmingyuan (« Jardin de la clarté parfaite »), près de Pékin, dans une lettre qui a notablement influencé non seulement le style des jardins anglo-chinois dans l’Europe des Lumières, mais, au-delà, le goût qui allait se développer en Occident aux deux siècles suivants pour la maison individuelle hors la ville, au plus près de « la nature ».

mercredi 26 octobre 2011

Habiter vs habitacle / Augustin Berque

Otto Mueller "Rue de village, le soir"
Otto Mueller "Rue de village, le soir" (v. 1927)
Pour Historiens-Géographes, numéro spécial à l’occasion du Congrès de l’Union Géographique Internationale, Cologne, 2012

Habiter vs habitacle

Par Augustin Berque

Résumé : L'article analyse le parcours intellectuel accompli par le programme décennal de recherche coopérative internationale "L'habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements", qui de 2001 à 2010 intéressa une centaine de chercheurs d'une douzaine de pays (de l'Australie au Québec, et de la Chine au Brésil, autour de deux foyers : la France et le Japon). Parti d'une critique de l'urbain diffus (le thème de "la ville insoutenable"), à travers quatre colloques internationaux à Cerisy-la-Salle et cinq ouvrages collectifs (entre autres publications), ce programme s'est clos sur le thème de "la poétique de l'habiter". Autour d'un noyau de géographes et d'architectes, il a concerné de nombreuses disciplines allant de l'ingénierie à l'ontologie. Comment et pourquoi est-on passé, en dix ans, d'une problématique centrée sur l'empreinte écologique de l'urbain diffus à une problématique centrée sur la poétique de l'écoumène, en tant que "l'habitée" (oikoumenê)?