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mercredi 16 avril 2014

Poisson
Ebisu n° 49 (printemps-été 2013)
 

Tétralemme et milieu humain

– la mésologie à la lumière de Yamauchi 


par Augustin BERQUE

Résumé – On rapproche les principaux concepts de la mésologie – prise, médiance, trajection… – de la logique du lemme mise en avant par Yamauchi Tokuryû dans Logos et lemme. L’ordre où celui-ci, dans le tétralemme, place la binégation avant la biassertion, en particulier, est rapproché de la définition de la réalité des milieux comme r = S/P (S en tant que P). La logique des milieux (vivants en général ou humains en particulier) serait donc une lemmique.
Mots clefs – Lemme, médiance, milieu, prise, tétralemme, trajection, Yamauchi.

mercredi 26 mars 2014

Où réside l'esprit du lieu ?

Paysage à Champrosay Eugène Delacroix
Paysage à Champrosay (Eugène Delacroix,vers 1849)
MuMa - Musée d'art moderne André Malraux
(source)

Où réside l'esprit du lieu ? 

A. Berque

Vidéo (83 min)

Contexte de production :
La première chaire de l’Université de Corse est intitulée "Développement des territoires et innovation". A l’heure où l’occupation et l’aménagement de l’espace deviennent des problématiques cruciales en Corse, l'Université de Corse apporte une contribution à la réflexion en matière de paysage, d’architecture et d’urbanisme. Penser de façon équilibrée la relation société/environnement, en assumant tout à la fois les dimensions économique, technologique et symbolique du milieu humain, engendrer un dialogue entre conception théorique et pratique de terrain, voilà la double ambition de cette chaire proposée par la Fondation de l'Université de Corse et le Laboratoire Lieux, Identités, eSpaces et Activités (CNRS / Université de Corse).

mercredi 4 décembre 2013

Le territoire des meisho / A. Berque

Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam Katsushika Hokusai
Pèlerins de la cascade Kirifuri du mont Kurokam
Katsushika Hokusai, 1831-32
source : Philadelphia Museum of Art
Paru dans  Les rameaux noués. Hommages offerts à Jacqueline Pigeot, sous la direction de Cécile SAKAI, Daniel STRUVE, TERADA Sumie et Michel VIEILLARD-BARON, Paris, Collège de France : Institut des hautes études japonaises, 2013, p. 23-36.

 Le territoire des meisho

par Augustin Berque

1. Michiyuki-bun
Rappelons d’abord les grandes lignes de Michiyuki-bun. Poétique de l’itinéraire dans la littérature du Japon ancien[1], la thèse fameuse qui valut à Jacqueline Pigeot le prix Yamagata Bantô, le plus prestigieux de la japonologie. C’est là que j’ai découvert la question des « lieux renommés », les meisho 名所.
            Le mot michiyuki-bun 道行文, qui signifie « littérature (bun) d’itinéraire (michiyuki) », a été créé par la philologie moderne pour désigner un type de littérature qui se développa au XIIIe siècle et connut une grande faveur à l’époque Muromachi (XIVe – XVIe siècles).  Il s’agit de la relation de voyages fictifs dans des lieux connus, dont le style se caractérise par une prose rythmée (surtout des heptamètres et des pentamètres alternés), évoquant la nostalgie du voyageur, riches en toponymes et en citations de poèmes anciens, et mettant systématiquement en œuvre des tropes appelés engo 縁語 et kakekotoba 掛詞.

mercredi 27 novembre 2013

Secret / C. Plouviet

Narcisse Le Caravage
Narcisse, Le Caravage (v. 1595)
source
COMPTE RENDU DU SEMINAIRE DU VENDREDI 21 NOVEMBRE 2013

Secret

C. Plouviet

La séance a été consacrée à une présentation éclectique des différentes manières de ne pas exclure le tiers.

La recherche d'un dénominateur commun aux sciences ("dures" et "humaines") et aux arts est au centre de l'attention de Claude Plouviet. En distinguant "phénomènes relationnels" et "interactions identitaires", M. Plouviet recense un vaste panel théorique et artistique des alternatives au TOM (Topos Ontologique Moderne).

Les auteurs et les références sont nombreux, de Stéphane Lupasco à Magritte, du deuxième principe de la thermodynamique à la linguistique de Ferdinand de Saussure, de la mésologie berquienne aux travaux de Jean-Marie Lehn, etc. Nous mettons en ligne le (long) texte qu'il nous a transmis (102p.) ainsi que le fichier ppt qui accompagnait son exposé. 

mercredi 13 novembre 2013

La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ? / A. Berque

Young Ladies Planting Rice Kawai Gyokudō
Young Ladies Planting Rice (Kawai Gyokudō, 1945)
source : Yamatane Museum of Art
P o u r – q u o i
– Cycle de conférences à l’Université de Nanterre –

La mésologie, pourquoi et pour quoi faire ?

Conférence du mercredi 4 décembre 2013
par Augustin Berque

1. L’incompréhension première
Le premier contact que j’ai eu avec la mésologie, ce fut sans le savoir. C’était un jour d’août 1969, à Tokyo, où je me trouvais depuis peu. J’y étais venu avec l’intention de préparer ma thèse au Japon, une thèse de géographie régionale ; et ce jour-là, je rendais visite à un professeur auquel mes maîtres français m’avaient recommandé, le géographe Kobori Iwao[1], pour lui demander conseil à propos du choix de mon sujet. Il parlait français, ce qui valait mieux parce qu’à ce moment-là, je m’exprimais encore très mal en japonais. Au moment de nous séparer, il me prêta un livre qui, me dit-il, m’aiderait mieux que tout autre à comprendre le Japon. Comme je le préciserai tout à l’heure, ce livre est l’un des deux grands classiques de la mésologie. Quarante ans plus tard, je l’ai traduit en français ; vous pouvez donc le lire, c’est Fûdo. Le milieu humain, de Watsuji Tetsurô[2].

mercredi 23 octobre 2013

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire / A. Berque

Test de Rorschach planche 3
Test de Rorschach, planche 3.
À paraître dans Entropia, numéro spécial « L’histoire désorientée », octobre 2013.

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire

Augustin Berque

1. Au delà de Wittgenstein ?


« Renaturer la culture, reculturer la nature » : cette formule d’inspiration marxienne – elle descend d’un thème des Manuscrits de 1844 : « Naturalisierung des Menschen, Humanisierung der Natur » (naturalisation de l’humain, humanisation de la nature) –, je l’ai déjà invoquée voici une quinzaine d’années au début d’un livre où je tentais de poser les principes d’une mésologie, partant de l’idée que la relation des sociétés humaines à l’étendue terrestre s’établit et fonctionne d’une manière que la dichotomie classique entre le subjectif et l’objectif ne permet pas de saisir[1].

mercredi 16 octobre 2013

De l'acte artistique à un milieu humain / A. Berque

Mother and Child Fritz Stuckenberg
Mother and Child, Fritz Stuckenberg (1920)
source
Symposium international
Développement humain et milieu de vie
Quels partenariats Université/Monde associatif à travers l’acte artistique ?
Armentières / Le Favril, 11-13 octobre 2013

De l’acte artistique à un milieu humain

par Augustin BERQUE

 

1. Le litige entre terre et monde

 

Beaucoup d’entre nous avons en mémoire au moins le titre d’un texte fameux de Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art (Der Ursprung des Kunstwerkes, 1935-1936). Il y est question d’un « litige » (Streit) obscur entre la terre et le monde, à propos duquel Heidegger écrit ceci :

Ce vers où l'œuvre se retire, et ce qu'elle fait ressortir par ce retrait, nous l'avons nommé la terre. Elle est ce qui, ressortant, reprend en son sein (das Hervorkommende-Bergende). La terre est l'afflux infatigué et inlassable de ce qui est là pour rien. Sur la terre et en elle, l'homme historial fonde son séjour dans le monde. Installant un monde, l'œuvre fait venir la terre (Indem das Werk eine Welt aufstellt, stellt es die Erde her). Ce faire-venir doit être pensé en un sens rigoureux. L'œuvre porte et maintient la terre elle-même dans l'ouvert d'un monde. L'œuvre libère la terre pour qu'elle soit une terre[1].

mercredi 28 août 2013

De milieu en art / A. Berque

Pépin de raisin en bronze sur ceps de vigne Didier Rousseau-Navarre
Pépin de raisin en bronze sur ceps de vigne
Didier Rousseau-Navarre, 2013
Courtoisie de l'auteur (cc)
Conférence d’ouverture à l’exposition de Didier Rousseau-Navarre Mésologiques 22 août – 22 septembre 2013
Centre d’art CAMAC, Marnay-sur-Seine http://camac.org

La mésologie, de milieu en art

A. Berque


1. Qu’est-ce que la mésologie ?


Le mot mésologie vient du grec mesos, « au milieu, médian », et logia, « théorie », de logos, « discours ». Cela veut donc dire « théorie des milieux ». Comme le rapporte le philosophe des sciences Georges Canguilhem (1904-1995), ce mot a été publiquement proposé le 7 juin 1848, à la séance inaugurale de la Société de biologie, par un jeune médecin disciple d’Auguste Comte, Charles Robin (1821-1885) :

mercredi 29 mai 2013

La mondialisation a-t-elle une base ? / A. Berque

Chant of Universe Bang Hai Ja
Chant of Universe, Bang, Hai Ja (1975)
(source)
Paru dans Guy MERCIER, Les territoires de la mondialisation, Québec, Presses de l'Université Laval, 2004, p. 73-91. Table ronde Les territoires de la mondialisation . Salon international du livre, Québec, 25 avril 2002 

La mondialisation a-t-elle une base ? 

par Augustin BERQUE


1. Monde n'est plus univers, ni cité humaine


Seraient-ils les plus rebattus, les mots ont toujours des profondeurs insoupçonnées ; c'est à nous d'aller y voir, en commençant par les dictionnaires. Ainsi l'édition 2001 du Petit Larousse illustré définit-elle mondialisation comme « Fait de devenir mondial, de se mondialiser ; globalisation » ; et mondial comme « ce qui concerne le monde entier » . Fort bien ; mais alors, qu'est-ce donc que le monde ?

mercredi 22 mai 2013

Le déploiement des formes / A. Berque

Le rêve de l'architecte Thomas Cole
Le rêve de l'architecte, Thomas Cole (1840)
(source)
Colloque international Les territoires du temps.
Société française des architectes, 24 et 25 mai 2013.
A paraître dans Le Visiteur.

Le déploiement des formes, architecturales entre autres 

par Augustin BERQUE

§ 1. L’exposition MA – espace-temps au Japon
  
« Au Japon, les notions de temps et d'espace sont unies dans un seul concept traduit par le mot "MA" (…) Il n'existe aucune différence entre les deux notions de temps et d'espace telles que les perçoivent les Européens. (…) Ce concept est le fondement même de l'environnement, de la création artistique et de la vie quotidienne au point que l'architecture, l'art, la musique, le théâtre, l'art des jardins sont tous appelés des arts "MA" ». L’annonce de l’exposition n’y allait pas par quatre chemins…

mercredi 3 octobre 2012

La case de l'oncle TOM / A. Berque

Van Gogh Maisons à Auvers,
Van Gogh, Maisons à Auvers, 1890
(Source)
Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée.
Les mercredis du paysage. Narbonne, Palais des Archevêques, 26 septembre 2012

La maison délicieuse dans le paysage

Compte rendu par Augustin Berque

Le cycle est introduit par Mme Nicole Cathala, Adjointe au Maire Déléguée à la culture et au patrimoine ; puis Mme Marion Thiba, Chargée de mission « Culture et Patrimoine » au Parc naturel régional présente le conférencier. Augustin Berque, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, est entre autres l’auteur de La pensée paysagère (Archibooks, 2008) et de Histoire de l’habitat idéal, de l’Orient vers l’Occident (Le Félin, 2010).

A. Berque commence par expliquer l’expression « maison délicieuse ». Celle-ci a été employée par l’abbé Marc-Antoine Laugier, SJ, dans son Essai sur l’architecture (1753), à propos de la description faite par le père Attiret, jésuite également, de l’une des fabriques du parc impérial Yuanmingyuan (« Jardin de la clarté parfaite »), près de Pékin, dans une lettre qui a notablement influencé non seulement le style des jardins anglo-chinois dans l’Europe des Lumières, mais, au-delà, le goût qui allait se développer en Occident aux deux siècles suivants pour la maison individuelle hors la ville, au plus près de « la nature ».