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mardi 29 décembre 2020

Comment ne plus « tuer le paysage » ? / Berque & Fang

Environnement, engagement esthétique et espace public : l’enjeu du paysage 
Colloque international, Paris, ENGREF, 9-11 mai 2007 

Comment ne plus « tuer le paysage » ? 

Augustin BERQUE et FANG Xiaoling 


1. Une esthétique de la nature 

Le mot chinois shafengjing (殺風景, aujourd’hui écrit plutôt 煞風景), lu sappûkei en japonais, signifie littéralement « tuer (sha 殺) le paysage (fengjing 風景) ». Il a été créé par un poète de la dynastie Tang, Li Shangyin (dit aussi Li Yishan, 813-859), qui établit une liste de choses shafengjing. L’acception originelle de ce terme (prosaïque, vulgaire, sans goût, dépourvu de fengliu 風流 i.e. d’un sens élégant de la nature) reste encore plus ou moins son acception actuelle. Toutefois, beaucoup des scènes que Li Shangyin énumérait comme shafengjing sembleraient aujourd’hui sans rapport avec le paysage. Quelque chose de plus général paraît donc en jeu. C’est ce que nous allons d’abord essayer de saisir, avant d’en venir  plus spécialement à ce qui se rapporte au paysage.


À propos de l'image (détail): 
Titre: 清 石濤(朱若極) 重陽山水圖 軸| / Landscape Painted on the Double Ninth Festival 
Créateur: Shitao (Zhu Ruoji) 
Date de création: 1705 
Lien externe: http://www.metmuseum.org/art/collection/search/49183 
Support: Hanging scroll; ink and color on paper 
Lieu: Metropolitan Museum of Art, New York, NY

mercredi 25 mars 2020

Comment ne plus « tuer le paysage » ? Augustin BERQUE & FANG Xiaoling

En deuil de la jeunesse
(Youth morningGeorge Clausen, 1916)
Environnement, engagement esthétique et espace public : l’enjeu du paysage Colloque international, Paris, ENGREF, 9-11 mai 2007 

Comment ne plus « tuer le paysage » ? 

par Augustin BERQUE et FANG Xiaoling

1. Une esthétique de la nature 

Le mot chinois shafengjing (殺風景, aujourd’hui écrit plutôt 煞風景), lu sappûkei en japonais, signifie littéralement « tuer (sha 殺) le paysage (fengjing 風景) ». Il a été créé par un poète de la dynastie Tang, Li Shangyin (dit aussi Li Yishan, 813-859), qui établit une liste de choses shafengjing. L’acception originelle de ce terme (prosaïque, vulgaire, sans goût, dépourvu de fengliu 風流 i.e. d’un sens élégant de la nature) reste encore plus ou moins son acception actuelle. Toutefois, beaucoup des scènes que Li Shangyin énumérait comme shafengjing sembleraient aujourd’hui sans rapport avec le paysage. Quelque chose de plus général paraît donc en jeu. C’est ce que nous allons d’abord essayer de saisir, avant d’en venir plus spécialement à ce qui se rapporte au paysage.

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mercredi 18 décembre 2019

Préface AESP / Augustin Berque

Crue du Nil, vue d'avion (5 mai 2010)
source
Université de Toulouse-Jean Jaurès, 22-24 mai 2019 
Les approches écosystémiques et sensibles du paysage : des sciences de la Nature aux Arts du paysage

Préface 

par Augustin Berque

Le paysage, c’est à la fois du matériel et de l’immatériel. Le matériel est irrécusable, il se prête même à la mesure, tandis que l’immatériel est au contraire incommensurable et se prête à toutes sortes de représentations, éventuellement les plus contradictoires. En effet, cette part d’immatériel comprend entre autres du symbolique, et le propre du symbole, c’est d’être à la fois une chose et autre chose, A et non-A. Voilà qui ne relève pas de la géométrie, cette affaire dont l’origine est, comme on le sait, l’arpentage de la terre égyptienne après les crues du Nil. Le paysage est donc à la fois mesurable et, selon l’expression de Bernard Lassus, démesurable.


mercredi 13 novembre 2019

La mésologie active de Hatakeyama / Augustin Berque

Postface de La forêt amante de la mer, de HATAKEYAMA Shigeatsu
(1994, traduit par Augustin Berque), Marseille, Wildproject, 2019. 

La mésologie active de Hatakeyama 

par Augustin Berque 

Si j’ai entrepris de traduire ce livre, c’est à la suite de ma rencontre avec l’auteur, M. Hatakeyama Shigeatsu, en octobre 2015, à Mône même puis sur les pentes du mont Murone, dans la forêt qu’il avait plantée. […]

Ce livre illustre le combat que l’auteur a mené et gagné contre un projet de construction de digue maritime à la suite du tsunami du 11 mars 2011. Au-delà de cet épisode, il illustre la mésologie active qu’incarne cette histoire. Hatakeyama san a pris conscience, de par son expérience concrète, que défaire le lien existentiel, la médiance entre l’humain et son milieu est mortifère, et il a justement su redynamiser ce lien par des actions concrètes, vécues à la racine. C’est pourquoi, notamment, l’enfance y tient une si grande place : la sienne, où sa propre vie s’est construite en relation directe avec celle de ses compagnons humains et non-humains, mais celle aussi des enfants d’aujourd’hui, par des actions pédagogiques déterminées.
Le sel de la mer, ce sel sacré que les habitants de Mône ont la charge de puiser pour les cérémonies du Murone jinja, et qui ainsi établit un lien symbolique entre la mer et la forêt, Hatakeyama san n’en fait pas seulement un usage littéraire. Son action et son œuvre incarnent l’essence de ce qui crée l’habitabilité de la Terre pour nous autres humains : l’écoumène, ἡ οἰκουμένη, « l’habitée », autrement dit la relation éco-techno-symbolique de l’humanité avec la Terre – l’ensemble des milieux humains. L’écologique est là manifestement à chaque page, la technique relatée en détail, et le symbole toujours présent, accentué au fur et à mesure de la lecture par la scansion d’un poème.

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mercredi 16 octobre 2019

Onto/logique du paysage / Augustin Berque

Forest road, Christiansø (Edvard Weie, 1920)
(source)
Colloque « À Qui Appartiennent les Paysages en Asie ? » 
– Université de Tours, 16-18 janvier 2019 – 

Onto/logique du paysage 

et dépassement de la modernité 

par Augustin BERQUE 

Résumé – Que la notion de paysage ne soit apparue qu’à un certain moment de l’histoire (sous les Six Dynasties en Chine, à la Renaissance en Europe) pose un problème insurmontable dans le cadre du paradigme ontologique et logique de la modernité, lequel repose ontologiquement sur le dualisme et logiquement sur le principe du tiers exclu. Il faut, pour concevoir la réalité du paysage, dépasser ce paradigme par la méso-logique de la mésologie, qui inclut le tiers et sursume le dualisme. C’est admettre la binégation : ni A ni non-A (le paysage n’existe pas en soi, et néanmoins ce n’est pas un fantasme) et la biaffirmation ou syllemme : à la fois A et non-A (le paysage est à la fois objectif et subjectif, i.e. trajectif). C’est ce qu’entrevoyait déjà Zong Bing lorsqu’il écrivit, vers 440, que « quant au paysage, tout en ayant substance, il tend vers l’esprit ». On en tirera les leçons pour ce qui concerne aujourd’hui la relation géo/onto/logique de l’Humanité avec la Terre, c’est-à-dire l’écoumène.

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mercredi 8 mai 2019

Qu'avons-nous en commun dans le paysage ? / Augustin BERQUE

Madonna and Child with the Milk Soup
Gérard David (1510-1515)
source
Università di Corsica Pasquale Paoli Laboratoire LISA (Lieux, Identités, Espaces et Activités) - Atelier Expérience, commun, médiance : De l’art à l’espace public - 10 mai 2019, Corti

Qu'avons-nous en commun dans le paysage ? 

par Augustin BERQUE 

Résumé – L'histoire montre que ‘le paysage’, version particulière de la cosmophanie (l'apparaître du monde propre à un certain être), a longtemps été l'apanage d'une élite. Dans le monde actuel, c'est une notion commune à une bonne partie de l'humanité. Un philosophe comme Giorgio Agamben le qualifie de « phénomène qui concerne l'homme de façon essentielle », et va même jusqu'à supposer qu'il s'étend au règne animal. On essaiera de fixer quelques repères historiques et ontologiques dans cette soupe populaire. 

Abstract – History shows that ‘landscape’, a particular version of cosmophany (the appearance of the world proper to a certain being), has for a long time been the privilege of an elite. In the present world, it has become a notion common to a good part of Humankind. A philosopher like Giorgio Agamben qualifies it as “a phenomenon which concerns Man in an essential way”, and goes as far as to suppose that it stretches out to the animal kingdom. One tries here to set a few historical and ontological bench marks in this popular soup.

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mercredi 20 juin 2018

En quoi le paysage est-il vivant ?

Le Berger Corydon (Paul Sérusier, 1913)
MuMa - Musée d'art moderne André Malraux
École Nationale Supérieure de Paysage Versailles Marseille Les confidences de paysages, II La pensée du vivant / Ressources des territoires Symposium, jeudi 29 mars 2018 

En quoi le paysage est-il vivant ? 

Augustin Berque

Résumé – On imaginera aisément que le paysage vit, biologiquement, de la vie des êtres vivants qui s'y trouvent. C'est faux : le paysage ne se réduisant pas à un écosystème, il ne se réduit pas non plus à la vie des organismes qui composent un écosystème. Le paysage est une relation éco-techno- symbolique, pas seulement écologique. Alors, de quelle sorte est la vie de cette relation? La question sera ici examinée du point de vue onto-logique - à la fois logique et ontologique - qui est celui de la mésologie (Umweltlehre, fûdoron 風土論).

Plan – § 1. Le paysage, de 1906 à 2018 ; § 2. Question de cosmophanie ; § 3. Kosmos, kosmos, quand tu nous tiens… ; § 4. En quoi le paysage est vivant.

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mercredi 28 mars 2018

« La pensée paysagère », qu’est-ce que cela veut dire ? / Augustin Berque

Un chat peut-il regarder un paysage ?
(question de Yoann Moreau à Hiroshige)
source
Pavillon de l’Arsenal
Conférence, 9 décembre 2017

 « La pensée paysagère »,qu’est-ce que cela veut dire ?

par Augustin Berque



§ 1. Dans un certain passé
            « Pensée paysagère » est une expression peu courante. La pensée paysagère, c’est d’abord le titre d’un petit livre sur le paysage que j’ai publié en 2008[1] ; titre à dessein quelque peu ambivalent, car il concerne à la fois des choses et l’existence humaine. Ce titre consonne probablement avec celui d’un livre qu’avait dirigé peu auparavant Javier Maderuelo[2], Paisaje y pensamiento (Paysage et pensée, 2006), auquel j’avais participé[3], ainsi qu’avec celui d’un livre de Michel Collot, La pensée-paysage[4]. Ce dernier a été publié un peu plus tard, en 2011, mais il faisait suite à un séminaire du même titre. Il n’est donc pas impossible que ces deux titres m’aient inspiré au moment où j’en cherchais un pour mon propre livre, écrit en 2007 à la demande de Martine Bouchier pour une collection qu’elle était en train de lancer ; demande qui venait à point, car j’éprouvais le besoin de mettre au clair les idées directrices de l’enseignement que j’avais dispensé pendant une quinzaine d’années dans le tronc commun du Diplôme d’études approfondies (DEA) « Jardins, paysages, territoires » (JPT)[5], fondé en 1991 par Bernard Lassus à l’école d’architecture de Paris-La Villette (EAPLV, aujourd’hui ENSAPLV) en association avec l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Dans ce cadre, je considérais le paysage du point de vue de la mésologie, l’étude des milieux dans le fil du fûdoron 風土論de Watsuji et de l’Umweltlehre d’Uexküll[6].

mercredi 14 mars 2018

Paysage, morphose et mésologie / Augustin Berque

Picture of the Emperor's Travels to Ōu
Viewing Rice Paddies in Saitama Prefecture
(Hiroshige, 1876)
source
École nationale d’architecture de Paris-La Villette
Exposé au Laboratoire Architecture, Milieu, Paysage (AMP), le 1er décembre 2017

Paysage, morphose et mésologie

par Augustin Berque

Résumé : La problématique du milieu a débuté en ce qui me concerne avec un séminaire collectif organisé en 1983-1984 à l'EHESS sur le thème « paysage empreinte, paysage matrice ». Empreinte parce que, par la technique, les formes paysagères portent la marque des œuvres humaines (c'est l'anthropisation de l'environnement) ; matrice parce que, par le symbole, elles influencent nos manières de percevoir, de penser et d'agir (c'est l'humanisation de l'environnement) ; ce qui, à l'échelle de l'espèce, par effet en retour, a même entraîné l'hominisation (l’on adopte ici la thèse de Leroi-Gourhan). L'ambivalence de ces formes actives et passives à la fois en fait des prises médiales, analogues aux affordances gibsoniennes, et relevant du syllemme (à la fois A et non-A) comme le « troisième et autre genre » (triton allo genos) de la chôra platonicienne, c’est-à-dire le monde sensible ou le milieu existentiel, qui est à la fois « l’empreinte sur la cire » et la « mère » ou la « nourrice », autrement dit à la fois l'empreinte et la matrice de l'être relatif, la genesis.

mercredi 17 janvier 2018

Pour que naquît ce paysage / Augustin BERQUE

Calling on a Friend in the Snow (détail, Sun Zhi, 1595)
NdE. : à penser en rapport avec
"L'antre de la Femelle obscure" d'A. Berque
source
Paru dans Œuvre et lieu, sous la direction d'Anne-Marie Charbonneaux et Norbert Hillaire en collaboration avec Annie Delay, Paris, Flammarion, 2002, p. 18-34. (c) avec l'aimable autorisation des éditions Flammarion, pour diffusion scientifique. 

Pour que naquît ce paysage

par Augustin BERQUE


I. Pour que naquît ce paysage, il avait fallu bien du temps : le long travail d'une histoire, lentement tissée entre la montagne et les cals de mains humaines, sous des ciels changeants ; mais là-devant, je n'ai passé que deux journées d'automne, saison propice aux imparfaits du subjonctif. C'était en octobre, la fête était passée (du moins, j'en avais la trace écrite), et dans quelques semaines, tout cela serait recouvert par la neige. Par beaucoup de neige : dans la cour de l'ancienne école de Tsuchikura, la perche du nivomètre était graduée jusqu'à plus de quatre mètres. Encore cette école, qui par manque d'enfants dut être fermée en Heisei VIII (1996), n'était-elle qu'une annexe utilisée l'hiver ; l'école principale, celle de la belle saison, n'étant alors plus dégagée par le chasse-neige. Un refuge, en somme, avec un beau grand poêle dans la salle de gymnastique. 

mercredi 10 février 2016

Landscape and the unsustainable urban realm / Augustin Berque

Photographie aérienne du Musée National de Tôkyô
Photographie aérienne du Musée National de Tôkyô
Adriana Veríssimo Serrão, ed.
Thinking and Walking in the Landscape to Build the City

Landscape and the unsustainable urban realm

Augustin Berque

Abstract.  This article establishes the genealogy of the myth which, in the West as well as in the East, has induced the idealization of the detached house close to “nature” in terms of landscape, and thus produced in the end a pervasive form of settlement – a rural-like form of urbanization covering the whole territory – which, being both ecologically unsustainable and morally unjustifiable, is called for this double reason “the unsustainable urban realm”.

mercredi 25 novembre 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée / Julie Brock

Lespédèze de montagne 山萩
Lespédèze de montagne 山萩
Séminaire Mésologiques du 13 mars 2015

Le vent d'automne et les larmes de rosée

- un point de vue écouménal sur un poème du Man'yôshû -

Julie Brock

Résumé : Dans les poèmes du Man'yôshû (la plus ancienne anthologie de poèmes japonais dont la compilation s'est achevée au milieu du VIIIe siècle), on trouve fréquemment une figure appelée jo-kotoba : littéralement « les mots qui commencent ». Pour éclaircir le mode de fonctionnement du jo-kotoba, nous examinons un poème du Man'yôshû (vol. 8, n° 1617) dans lequel les deux premiers vers décrivent des lespédèzes couvertes de rosée par une fraîche matinée d'automne, tandis que les deux derniers vers, où les larmes jaillissent irrépressiblement, expriment la tristesse de la séparation. Entre ces deux parties s'intercale un vers médian signifiant « le vent souffle ». Entre les gouttes de rosée qui perlent sur les lespédèzes et les larmes versées par la poétesse, il y a un lien grammatical formé le verbe otsuru, « tomber », et un lien métaphorique engendré par le double sens de aki, qui, dans la graphie du poème signifie « l'automne », et a pour homonyme, dans une autre graphie, un mot signifiant « la rupture, la séparation ». Notre analyse montre que l'automne et la séparation constituent pour ainsi dire un couple de forces qui, portées par le vent, se combinent en un seul moment poétique. Elle conclut que les nombreux effets mis en oeuvre dans ce poème tendent à une combinatoire que les outils de la mésologie permettent de décrire avec justesse et précision.

mardi 31 mars 2015

Mythologie de l'urbain diffus / Augustin Berque

Vue aérienne du domaine de Versailles
Vue aérienne du domaine de Versailles (source)
Proposé aux Annales de géographie, dossier « Habiter : mots et regards croisés »

Mythologie de l’urbain diffus

par Augustin Berque

Résumé. L’article établit la généalogie des mythes qui, en Orient comme en Occident, ont conduit à l’idéalisation de la maison individuelle au plus près de la nature, et ainsi engendré une forme d’habitat insoutenable – non durable écologiquement et injustifiable moralement – : l’urbain diffus.

Abstract.  This article establishes the genealogy of the myths which, in the West as well as in the East, have induced the idealization of the detached house close to nature, and thus produced in the end a form of settlement – a pervasive yet rural-like form of urbanization covering the whole territory – which is both ecologically unsustainable and morally unjustifiable. 

mercredi 25 mars 2015

Les beunes, vallées magnétiques / Augustin Berque

La Vézère à Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil
La Vézère à Les Eyzies-de-Tayac-Sireuil (Dordogne)
(CC Hubert DENIES, 2014, source)
Sédiments 2. Les grands cahiers Périgord patrimoine

Les Beunes, vallées magnétiques

Préface / A. Berque

            Romain Bondonneau, le maître d’œuvre de cet ouvrage, m’a fait l’honneur de me demander une préface pour des vallées que je n’avais jamais vues, ou quasi ; car cela remonte bien loin, et seraient-ils magnétiques, à la longue, les souvenirs s’estompent. Faut-il qu’il m’en souvienne ? Le temps passe, beunes et rivières s’écoulent et passent les auteurs, car ils ont du moins cela en commun avec le temps et avec les rivières, et c’est un sort cosmique : empreint de cosmicité. L’espace-temps, prenons-le donc vers l’amont, à l’inverse des Beunes, lesquelles ont pris le chemin de la Vézère. C’était au Pliocène, nous-dit-on. Âge plus récent que le Miocène, mais moins que le Pléistocène. Et que dire de l’Holocène, voire de l’Anthropocène ! Un vrai scenic railway. C’est sans doute ce qui attira les Beunes – la Grande, la Petite, la toute Petiote, et enfin la Paradoucement beune, ce qui après tout ne veut dire que « ruisseau » dans le jargon des Eyzies, époque assez barbare, et disons même paléolithique dans l’emploi des termes d’hydrographie. 

mercredi 11 mars 2015

La ville insoutenable / Augustin Berque

Lotissement
 (source)
Colloque ANR PAGODE
Villes et quartiers durables : la place des habitants
Maison des Suds-Pessac, 27 et 28 novembre 2014

La ville insoutenable

par Augustin BERQUE

1. « Insoutenable », mais encore ?
Je remercie les organisateurs du colloque ANR PAGODE « Villes et quartiers durables : la place des habitants » de m’avoir confié cette première conférence plénière sous le titre « La ville insoutenable ». C’était là certainement rendre hommage au programme de recherche décennal (2001-2010) L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements, dont la première publication collective portait effectivement ce titre : « La ville insoutenable » [1] ; mais je dois immédiatement dissiper un malentendu. Dans l’esprit où ce programme de recherche fut lancé, en 2001, l’« insoutenabilité» en question n’était pas entendue comme étant celle de la ville, mais celle au contraire de ce que, par approximations successives, nous sommes finalement convenus d’appeler « l’urbain diffus » ; c’est-à-dire bien autre chose que la ville dans son acception traditionnelle, cet « assemblage d’un grand nombre de maisons disposées par rues », selon la définition qu’en donnait la première édition du Petit Larousse (1906) ; autre chose, a fortiori, que ce qu’entendait par là l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et qui correspond plutôt à ce que nous appellerions aujourd’hui une place forte, derrière ses remparts qui l’isolent et la distinguent catégoriquement des campagnes environnantes ; cela exactement pour les mêmes raisons qui ont fait qu’en chinois, c’est le sinogramme chéng  (« muraille », comme dans « la Grande Muraille », Cháng Chéng 長城) qui a historiquement signifié la ville. 

mercredi 18 février 2015

Cosmophanie, paysage et haïku / A. Berque

Shirakawagô 白川郷
Shirakawagô (source)
Proposé à Projets de paysage, n° 12, « Paysage et culture »

Cosmophanie, paysage et haïku

par Augustin BERQUE

Résumé – Comme en témoigne entre autres le kigo (mot de saison) « premier paysage » (hatsugeshiki), le paysage tient une place notoire dans la thématique du haïku. On en analyse quelques exemples, non d’un point de vue littéraire mais dans le but de définir en quoi le haïku et le paysage participent d’une cosmophanie (l’apparaître-monde d’un certain environnement). Comme toute cosmophanie, celle-ci exprime un agencement ordonné (un kosmos) des valeurs fondamentales d’une certaine culture, embrayant celle-ci à un certain environnement naturel pour en faire le milieu spécifique de cette culture, donc celui qui entre tous lui convient le mieux.
Mots clefs : ENVIRONNEMENT, HAÏKU, MILIEU, MONDE, PAYSAGE.

mercredi 28 janvier 2015

mardi 13 janvier 2015

Y a-t-il un pur apparaître du paysage ? / Augustin BERQUE

Séminaire « Paysages culturels »
MNHN, UMR « Hommes, natures, sociétés » / IRD/PALOC
Amphithéâtre Rouelle, 47 rue Cuvier, 30/10/14, 17-19 h

Y a-t-il un pur apparaître du paysage ?

par Augustin BERQUE

Peinture calligraphie
(source)

mercredi 5 novembre 2014

Point de parole et paysage / A. Berque

Mont Fuji Paru dans Revue des sciences humaines,
282 (2/2006), p. 29-40.

POINT DE PAROLE ET PAYSAGE
DANS LE HAÏKU
par Augustin BERQUE

École des hautes études en sciences sociales / CNRS

lundi 9 juin 2014

De cosmologie en paysage : la naissance du jardin de lettré en Chine / A. Berque

Landscape in the Style of Various Old Masters  In the Style of Yang Sheng Wang Jian
Landscape in the Style of Various Old Masters:
In the Style of Yang Sheng
Wang Jian, (1598 - 1677)
(Yale University Art Gallery)
Paru dans Sylvain ALLEMAND, Édith HEURGON, Sophie de PAILLETTE (dir.), Renouveau des jardins : clés pour un monde durable ? Actes du colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2014, p. 54-57.
Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, 3-13 août 2012
Colloque Renouveau des jardins : clefs pour un monde durable ?

De cosmologie en paysage :

la naissance du jardin de lettré en Chine

par Augustin Berque


1. Les parcs animaliers du temps des Han
Le mot chinois pour dire « jardin », yuán, est rendu par le caractère , qui combine  la clef , signifiant « enclos », et l’élément (yuàn), qui signifie « ample vêtement où l’on est à l’aise », mais est ici utilisé phonétiquement. Une étymologie moins courante interprète ce  comme synonyme de son presque homophone yuán , « haie ». D’autres sinogrammes sont également associés à l’idée de jardin ou de parc, mais celui-ci est le principal, et il a traversé l’histoire. On le retrouve par exemple dans le japonais den.en toshi 田園都市, qui a rendu l’anglais garden city.