samedi 10 septembre 2011

Prix de la Fondation du Japon 2011

Cliquer sur l'image pour lire le texte original (en anglais)
"Le prix de la Fondation du Japon 2011 pour les études japonaises et les échanges intellectuels est décerné à  Augustin Berque, Professeur retraité, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales [Paris, France].  

Avec sa riche connaissance de la culture japonaise et de son milieu, le professeur Berque est un éminent chercheur japonais, qui a développé sa propre interprétation de Fûdo (trad. "le milieu humain"). Grâce à son étude novatrice sur la notion de Fûdo, stimulé par  l'oeuvre éponyme de Watsuji Tetsuro, il a immensément contribué aux recherches académiques menées dans les champs de la géographie, de la philosophie, de l'anthropologie et des études japonaises. Les travaux du professeur Berque sur l'essence de l'existence humaine ainsi que ses réflexions hautement stimulantes sur la culture nippone ont enrichi de manière très effective le champ d'étude japonais. 

En plus de ces réalisations académiques, il a travaillé comme directeur de la Maison Franco-Japonaise de Tokyo de 1984 à1988, et s'est efforcé tout au long de sa longue carrière à contribuer aux échanges culturels entre le Japon et la France. Pour l'ensemble de ces activités, menées sur une longue période, M.  Augustin Berque mérite hautement le Prix Fondation du Japon pour les études japonaises et l'échange intellectuel."

mardi 6 septembre 2011

La crise environnementale, une lecture mésologique / Augustin Berque

(Reprise d'un article paru dans VertigO en avril 2010.)

"Des fondements ontologiques de la crise, et de l’être qui pourrait la dépasser"

Résumé : La crise planétaire de l'environnement a été provoquée par la civilisation moderne, laquelle repose en dernière instance sur le parti ontologique de la modernité, instauré au XVIIe siècle (mais dont les racines sont anciennes). Ce parti suppose un être limité au topos "corps animal : personne individuelle" et l'oppose à un monde objet, c'est-à-dire qu'il abstrait cet être de la chôra (i.e. du milieu) qui en réalité non seulement rend possible son existence, mais fait structurellement partie de cet être même.

jeudi 21 juillet 2011

L’arche coupée du Nord / Augustin Berque



Fig. & : l’ancien embarcadère de la digue nord à Wakkanai, 
dit « le Dôme » (Dômu), vu du Boreas Sôya
Photo A. Berque

Article proposé à l’Espace géographique, pour la rubrique « Carnets de terrain ».

Par Augustin Berque

Le Boreas Sôya, qui nous emmène à Rishiri, a démarré d’un autre quai. L’ancien embarcadère défile sous nos yeux (fig. 1). Avant 1945, de là partaient les imaginatifs qui, passant le détroit de Sôya (La Pérouse), s’en allaient défricher Karafuto (Sakhaline). Les mêmes lieux portent des noms divers, dans ces parages. Leur histoire est confuse. Par-dessus la tête des peuples autochtones, trois empires se la sont disputée 

Wang Yangming’s Philosophy and its Fate in China / Lu Qi

Wang Yangming
Ci-joint, complété par les sinogrammes des principaux concepts, le texte des quatre leçons données en juin à l'EHESS par M. LU Qi sur Wang Yangming.

Brief introduction to myself 

My name is Lu Qi, I come from China, from Institute of Geographical Science and Natural Resources Research, CAS. My educations: 1978 to 1982, Xian Foreign Language Institute for BA Degree (English ); 1982 to 1985, Hang Zhou University for MS Degree ( Historical Geography ); 1986 to 1989, Chinese Academy of Social Sciences for PhD ( History of Chinese Economic Thoughts ).

I am a geographical researcher, but I have a great interest in Chinese cultural and philosophical studies. And, particularly I have the interest in understanding the relationship between how people think in ideology and what they do in practice.

mardi 12 juillet 2011

Une ontologie préhistorique, seulement ? / Augustin Berque

Yves Klein Anthropométrie
Yves Klein, Anthropométrie,1960
Recension : Bénédicte de Villers, Husserl, Leroi-Gourhan et la préhistoire, Petra, Paris, 2010.

(...) si les données matérielles (ossements, etc.) qu’utilisa Leroi-Gourhan ont vieilli, la théorie qu’il en a tirée quant aux origines de notre espèce n’a pas pris une ride. Fondamentalement, elle consistait à montrer l’interrelation entre la transformation du « corps animal » de l’être devenant humain et le déploiement, hors de ce corps animal, d’un « corps social » constitué de systèmes techniques et symboliques, lesquels, en projetant à l’extérieur certaines des fonctions initiales du corps animal (les choppers déployant par exemple celles des dents et des griffes), ont en même temps, par effet en retour, peu à peu transformé le corps animal en celui d’Homo sapiens. On peut dire que s’est ainsi mis en branle un système où l’hominisation (l’évolution du corps), l’anthropisation (la transformation du milieu par la technique) et l’humanisation (la transfiguration du milieu par le symbole) sont non seulement allées de pair, mais se sont co-engendrées. (Lire la suite).

lundi 11 juillet 2011

Socialité nippone / P. Marmignon


Séminaire « Question de mésologie » (Paris, EHESS, le 26 mai 2011)

La socialité dans les déploiements urbains nippons. 

Nature/culture : vers plus de droit ?

par Patricia Marmignon

         Cette présentation fait suite à mes recherches antérieures synthétisées dans mon ouvrage paru fin 2010 : la création de l’urbain. Paysage urbain et socialité à Ôsaka depuis Meiji (1868). Vers une nouvelle socialité ? J’en suis arrivée au constat que la tendance en matière de socialité, dans le mode opératoire, est à une plus grande collaboration avec le privé et un urbanisme participatif, d’une part pour éponger les dettes gouvernementales, d’autre part, afin de renouer les liens sociaux. Et, cette orientation ne peut que s’affirmer face à la crise que connaît le Japon, depuis le séisme du 11 mars 2011.

mardi 28 juin 2011

Compte rendu de l’enseignement en 2010-2011 / Augustin Berque

Les quatre séminaires ont tourné autour de la même question de fond : comment la vie articule-t-elle, dans les milieux humains, la matière et l’esprit ? Dans le séminaire principal (« La poétique de la Terre »), cette question était posée plus particulièrement sous le rapport de l’histoire naturelle (l’évolution) et de l’histoire humaine. L’un des thèmes abordés, celui des degrés ontologiques de la subjectité (entre la conscience individuelle, où celle-ci est maximale, et la matière, où elle est nulle ou en tout cas négligeable à l’échelle humaine, il y a tout l’étagement du vivant), a conduit à s’intéresser à l’œuvre du naturaliste japonais IMANISHI Kinji, et plus particulièrement à son ouvrage Shutaisei no shinkaron (La subjectité dans l’évolution).

mercredi 1 juin 2011

Causalité et origine des milieux humains / Augustin Berque


Utagawa Kuniyoshi
Estampe sans titre d'"Utagawa Kuniyoshi (歌川 国芳), 1798-1861 femme-paysage
Condensé de l’exposé présenté lors de la conférence-débat 
« Causalité et origine » 
organisée le 27 mai 2011 à l’EHESS
avec la participation de TRINH Xuan Thuan et de Luciano BOI

I. La première expression d'une problématique des milieux, en Occident, se trouve dans le Timée, où Platon l'exprime par la notion de chôra. À côté de l'être absolu (ontôs ôn, eidos, idea) et de l'être relatif (genesis) qui en est le reflet, la chôra est d'un "troisième et autre genre" (triton allo genos). Elle n'a pas de commencement, et par rapport à la genesis dont elle est la condition d'existence, elle est à la fois empreinte (ekmageion) et matrice (mêtêr, tithênê). Il n'y a donc là ni origine, ni causalité, mais plutôt un rapport qui évoque la co-suscitation entre l'existant et son milieu, et que l’on pourrait rapprocher de la notion de coproduction conditionnée dans le bouddhisme du Grand Véhicule (sk pratîtya samutpâda, cn yuanqi 縁起, jp engi).   

Cosmophanie et paysage / Augustin Berque

Sam Juparulla Wickman Ngapa - Water Dreaming 2007
Sam Juparulla Wickman Ngapa - Water Dreaming 2007
(source)
Questions de mésologie. Compte rendu du cours du jeudi 26 mai 2011

Dans la première partie du cours, Patricia Marmignon fait une mise au point sur l'évolution du rapport de la ville japonaise à la nature sous l'angle des liens sociaux et de la réglementation urbanistique.

Dans la seconde partie du cours, le dernier de ceux qu'il aura donnés depuis 1978 à l'EHESS, A. Berque rend hommage à ce que ses étudiants lui ont apporté au cours de ces trente-trois ans par leur présence, leurs questions, leurs critiques et leurs recherches. Il en évoque divers exemples, notamment celui des échanges qui l'ont conduit à élaborer le concept de cosmophanie (mot dont il a du reste plus tard découvert qu'il avait déjà été utilisé en théologie, mais dans un autre sens).

samedi 14 mai 2011

Logos et lemme du point de vue mésologique (3/3)

"Trajectivité" d'après un dessin de Maurits Cornelis Escher
(montage Yoann Moreau / worth1000.com)
Séminaire "Poétique de la Terre". Compte rendu de la séance du vendredi 13 mai 2011

A. Berque continue à commenter l'ouvrage de YAMAUCHI Tokuryû, Logos et lemme, du point de vue de la mésologie. L'idée directrice de ces commentaires est que la "lemmique" envisagée par Yamauchi s'apparente à la "raison trajective" qui s'incarne dans les milieux humains, ainsi que dans les milieux du vivant en général. La principale différence est la suivante : tout comme la "vérité ultime" dans le bouddhisme du Grand Véhicule (en tant que religion), et comme la "logique du prédicat" nishidienne (par dérive ethnocentrique), la lemmique de Yamauchi s'absolutise dans ce qu'A. Berque appelle un "bond mystique".

vendredi 13 mai 2011

Logos et lemme du point de vue de la mésologie (2/3)

Diagramme de Hasse correspondant au lemme de Zassenhaus
Diagramme de Hasse correspondant au lemme de Zassenhaus
(également appelé "Lemme du papillon")
Séminaire "Poétique de la Terre". Compte rendu du cours du vendredi 6 mai 2011

A. Berque poursuit son commentaire, du point de vue de la mésologie (étude des milieux), du livre de YAMAUCHI Tokuryû, Logos et lemme (『ロゴスとレンマ』, Tokyo, Iwanami, 1974). La question aujourd'hui est plus particulièrement de souligner les ressemblances et les différences entre la problématique de la mésologie et la notion de co-suscitation (en sanscrit pratîtya samutpâda, ou engi 縁起 en japonais, ce qui est plus fidèlement rendu par "coproduction conditionnée").

jeudi 5 mai 2011

Pourquoi les jardins sont-ils clos?

"Petit Jardin-Paradis",
tableau d'un peintre inconnu du XVe siècle,
le Maître du Haut-Rhin
Séminaire "Questions de mésologie". Compte rendu de la séance du jeudi 28 avril 2011

Dans la première partie du cours, Augustin Berque fait un exposé sur le thème "Pourquoi les jardins sont-ils clos?". Au delà de l'évidence technique (on enclôt les jardins pour les protéger des intrus, animaux ou humains), il s'agit de saisir quelques-uns des symboles qui s'attachent à cette clôture. Dans les motifs ou les prises de l'écoumène, qui sont toujours des écosymboles, les systèmes techniques sont toujours aussi des systèmes symboliques. Par exemple, que le gazon des banlieues américaines ne doive pas être clôturé, c'est le symbole d'une certaine socialité (v. Georges TEYSSOT, dir., The American lawn, New York, Princeton Architectural Press, 1999).