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mercredi 20 janvier 2016

Vers une mésologie - au delà du topos ontologique moderne / Augustin Berque

Essence et existence, Anselm Kiefer, 1975
Paru dans Michel WIEWIORKA (dir.) Les Sciences sociales en mutation, Auxerre, Éditions Sciences humaines, 2007, p. 149-154

Vers une mésologie 

- au delà du topos ontologique moderne -

Augustin BERQUE

I. Dans le topos ontologique moderne (ci-après TOM) s’allient la conception aristotélicienne du lieu (τόπος) comme « limite immobile immédiate de l’enveloppe [de la chose] », la sacralisation chrétienne de la conscience individuelle comme demeure divine (manes in memoria mea, Domine), l’absolutisation, par le dualisme cartésien, de la conscience individuelle comme telle (je pense : je suis) face à l’objet corrélativement absolutisé lui aussi, et les suites de l’émergence, conséquente, de l’individu moderne au XVIIIe siècle.

mercredi 2 décembre 2015

L’effet Uexküll / Victor Petit

Première de couverture de l'édition originale allemande publiée en 1934 de Milieu animal et milieu humain
Première de couverture de l'édition originale
allemande publiée en 1934 de
Milieu animal et milieu humain
(source
Séminaire Mésologiques du 13 novembre 2015

L'effet Uexküll 

(Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon)

Victor Petit

Résumé : Dans un article des Cahiers de Simondon, n°1 (2009), nous méditions l’héritage d’Uexküll, avec les yeux de Simondon, à partir d’une triple distinction qui définissait selon nous le vivant : individu/système (machine) ; rapport/relation ; environnement/milieu. Dresser la liste des personnes qui ont, à leur manière, distingué le rapport physique d’un système à son environnement de la relation biologique d’un individu à son milieu, s’avèrerait être une tâche délicate, puisque cette distinction s’ancre dans l’éthologie et la psychologie animale, aussi bien que dans la psychologie médicale, aussi bien que dans la phénoménologie du vivant et la philosophie de la biologie, etc. Cette distinction est, selon nous, une autre manière de dire l’effet Uexküll. Avant de méditer cet effet chez trois philosophes contemporains et amis (Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon : partie 3), nous resituerons le milieu d’Uexküll historiquement, pour mieux saisir la philosophie du milieu (partie 1), avant de préciser de quoi sa mésologie de la perception est fondatrice (partie 2). 
De l’héritage philosophique d’Uexküll, nous ne dirons cependant presque rien. Et son héritage n’est pas tant ici explicite qu’implicite. Certes Merleau-Ponty, Canguilhem et, à moindre égard, Simondon, disent explicitement l’importance d’Uexküll, mais ils ne l’étudient pas de près – sauf dans les cours sur la nature (1957-1958) de Merleau-Ponty. Si nous pouvons parler d’ « effet Uexküll » cependant, c’est que le couplage dynamique de l’être et du milieu qui est au fondement de leur philosophie n’est pas compréhensible sans l’héritage d’Uexküll. Cet héritage pose des questions philosophiques qui sont autant de chantiers mésologiques ; et l’un des chantiers les plus difficiles nous semble celui de préciser le rôle et le statut du « milieu technique » (partie 4).

mercredi 13 février 2013

Vocabulaire : Mésologie / A. Berque

Flora and Fauna from the Miocene Cenozoic Period.  Evolution of Continental Life on Earth, José María Velasco
 Flora and Fauna from the Miocene Cenozoic Period.
Evolution of Continental Life on Earth
,
José María Velasco (1840 - 1912)
Pour le Vocabulaire de la mésologie

Mésologie

Par A. Berque

Du grec meson, milieu, et logos, discours, science. La mésologie, terme créé par le médecin Charles Robin (1821-1885), se définit comme l’étude des milieux*, humains en particulier. Georges Canguilhem, dans Études d’histoire et de philosophie des sciences concernant les vivants et la vie (Vrin, 1968, p. 71-72), éclaire son origine :
Dans le Système de Politique positive (1851) Comte nomme deux jeunes médecins qu’il donne pour ses disciples, les docteurs Segond et Robin. Ce sont là les deux fondateurs, en 1848, de la Société de Biologie (…). L’esprit qui animait les fondateurs de la Société était celui de la philosophie positive. Le 7 juin 1848, Robin lisait un mémoire Sur la direction que se sont proposée en se réunissant les membres fondateurs de la Société de biologie pour répondre au titre qu’ils ont choisi. Robin y exposait la classification comtienne des sciences, y traitait dans l’esprit du Cours des tâches de la biologie, au premier rang desquelles la constitution d’une étude des milieux, pour laquelle Robin inventait même le terme de mésologie.

jeudi 2 février 2012

Milieu, co-suscitation, désastres naturels et humains / Augustin Berque

"Table rase"Rikuzentakata, Iwate, Japon, le 3 avril 2011 (CC)
Pour Ebisu, numéro spécial "Le Grand Séisme de l'est du Japon : fractures et émergences" 

Milieu, co-suscitation, désastres naturels et humains

par Augustin BERQUE 

Résumé : Les désastres consécutifs au tsunami du 11 mars 2011 n’en sont pas l’effet direct ; ils ont pour cause première le mode de la relation que la modernité a instaurée entre la société japonaise et son environnement, dans l’oubli de l’histoire et l’abstraction du sujet humain hors de son milieu, réduit à une table rase définie par le seul profit. C’est cette abstraction qui a fait du tsunami une catastrophe, et qui – sauf reconcrétisation du milieu nippon – ne manquera pas d’en susciter d’autres à l’avenir.

mercredi 4 janvier 2012

Logique du champ, de l’interdépendance et du milieu / Augustin Berque


Le jardin de la Trajection
Le jardin de la Trajection
(photo d'A. Berque, sous licence CC)
Séminaire Japarchi, 17 décembre 2011, Nichibunken, Kyôto

Logique du champ, de l’interdépendance et du milieu

( 場と縁と風土の論理 )

exposé d’Augustin Berque

NB Cet exposé a été fait en contrepoint aux notices ba , en et fûdo 風土 du Vocabulaire de la spatialité japonaise dirigé par Philippe Bonnin.

I. AB annonce d’abord que la « logique » en question serait plutôt une « lemmique » ou une « méso-logique », faisant le pont entre les mots et les choses, comme il va s’efforcer de le montrer. « Lemmique » vient du grec lemma (du verbe lambanô, prendre). Dans la théorie des milieux humains ou mésologie, cela s’applique aux « prises » que nous avons sur la réalité, et que la réalité a sur nous[1]. Sur le lemme en général, AB renvoie au livre séminal de YAMANOUCHI Tokuryû, Logos et lemme 山内徳立著『ロゴスとレンマ』, 岩波書店, 1974 (condensé en français dans "Logos et Lemme" de Yamanouchi Tokuryû / Augustin Berque).

jeudi 17 novembre 2011

Notices. A propos des termes "en", "fûdo" et "ba" / Augustin Berque

Depuis-vers l'engawa, à Satoyama (Japon) (cc)
Rédigé par Augustin Berque pour le séminaire Japarchi du 17 décembre 2011, Kyôto, Nichibunken.

En 縁 

Comme terme technique de l'architecture, en est synonyme d'engawa 縁側, auquel renvoie directement le dictionnaire de l'architecture ancienne de Takei Toyoji 武井豊治, Kokenchiku jiten 古建築辞典, Tokyo, Rikôgakusha, 1994) pour définir ce dernier comme suit: "partie planchéiée construite du côté extérieur d'une pièce à tatamis". De son côté, le dictionnaire de la Nihon kenchiku gakkai (Kenchikugaku yôgo jiten 建築学用語辞典, Tokyo, Iwanami, 2e éd., 1999) donne d'abord d'en l'équivalent anglais veranda, puis définit le terme comme "partie planchéiée du côté extérieur d'un bâtiment.

vendredi 11 novembre 2011

Les concepts de nature. Chine-Europe, une perspective transculturelle / Augustin Berque


Birds and flowers, detail from a horizontal scroll (Chao Chi)
Birds and flowers, detail from a horizontal scroll (Chao Chi)
Pour East Asian Science, Technology and Medicine, Tübingen.

Review of  Concepts of nature.
A Chinese-European cross cultural perspective
edited by Hans Ulrich Vogel & Günter Dux
with an overview and introduction by Mark Elvin,
Leiden.Boston : Brill, 2010, 566 p.

mercredi 1 juin 2011

Causalité et origine des milieux humains / Augustin Berque


Utagawa Kuniyoshi
Estampe sans titre d'"Utagawa Kuniyoshi (歌川 国芳), 1798-1861 femme-paysage
Condensé de l’exposé présenté lors de la conférence-débat 
« Causalité et origine » 
organisée le 27 mai 2011 à l’EHESS
avec la participation de TRINH Xuan Thuan et de Luciano BOI

I. La première expression d'une problématique des milieux, en Occident, se trouve dans le Timée, où Platon l'exprime par la notion de chôra. À côté de l'être absolu (ontôs ôn, eidos, idea) et de l'être relatif (genesis) qui en est le reflet, la chôra est d'un "troisième et autre genre" (triton allo genos). Elle n'a pas de commencement, et par rapport à la genesis dont elle est la condition d'existence, elle est à la fois empreinte (ekmageion) et matrice (mêtêr, tithênê). Il n'y a donc là ni origine, ni causalité, mais plutôt un rapport qui évoque la co-suscitation entre l'existant et son milieu, et que l’on pourrait rapprocher de la notion de coproduction conditionnée dans le bouddhisme du Grand Véhicule (sk pratîtya samutpâda, cn yuanqi 縁起, jp engi).