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mardi 29 décembre 2020

Comment ne plus « tuer le paysage » ? / Berque & Fang

Environnement, engagement esthétique et espace public : l’enjeu du paysage 
Colloque international, Paris, ENGREF, 9-11 mai 2007 

Comment ne plus « tuer le paysage » ? 

Augustin BERQUE et FANG Xiaoling 


1. Une esthétique de la nature 

Le mot chinois shafengjing (殺風景, aujourd’hui écrit plutôt 煞風景), lu sappûkei en japonais, signifie littéralement « tuer (sha 殺) le paysage (fengjing 風景) ». Il a été créé par un poète de la dynastie Tang, Li Shangyin (dit aussi Li Yishan, 813-859), qui établit une liste de choses shafengjing. L’acception originelle de ce terme (prosaïque, vulgaire, sans goût, dépourvu de fengliu 風流 i.e. d’un sens élégant de la nature) reste encore plus ou moins son acception actuelle. Toutefois, beaucoup des scènes que Li Shangyin énumérait comme shafengjing sembleraient aujourd’hui sans rapport avec le paysage. Quelque chose de plus général paraît donc en jeu. C’est ce que nous allons d’abord essayer de saisir, avant d’en venir  plus spécialement à ce qui se rapporte au paysage.


À propos de l'image (détail): 
Titre: 清 石濤(朱若極) 重陽山水圖 軸| / Landscape Painted on the Double Ninth Festival 
Créateur: Shitao (Zhu Ruoji) 
Date de création: 1705 
Lien externe: http://www.metmuseum.org/art/collection/search/49183 
Support: Hanging scroll; ink and color on paper 
Lieu: Metropolitan Museum of Art, New York, NY

mardi 31 mars 2015

Mythologie de l'urbain diffus / Augustin Berque

Vue aérienne du domaine de Versailles
Vue aérienne du domaine de Versailles (source)
Proposé aux Annales de géographie, dossier « Habiter : mots et regards croisés »

Mythologie de l’urbain diffus

par Augustin Berque

Résumé. L’article établit la généalogie des mythes qui, en Orient comme en Occident, ont conduit à l’idéalisation de la maison individuelle au plus près de la nature, et ainsi engendré une forme d’habitat insoutenable – non durable écologiquement et injustifiable moralement – : l’urbain diffus.

Abstract.  This article establishes the genealogy of the myths which, in the West as well as in the East, have induced the idealization of the detached house close to nature, and thus produced in the end a form of settlement – a pervasive yet rural-like form of urbanization covering the whole territory – which is both ecologically unsustainable and morally unjustifiable. 

lundi 9 juin 2014

De cosmologie en paysage : la naissance du jardin de lettré en Chine / A. Berque

Landscape in the Style of Various Old Masters  In the Style of Yang Sheng Wang Jian
Landscape in the Style of Various Old Masters:
In the Style of Yang Sheng
Wang Jian, (1598 - 1677)
(Yale University Art Gallery)
Paru dans Sylvain ALLEMAND, Édith HEURGON, Sophie de PAILLETTE (dir.), Renouveau des jardins : clés pour un monde durable ? Actes du colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2014, p. 54-57.
Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, 3-13 août 2012
Colloque Renouveau des jardins : clefs pour un monde durable ?

De cosmologie en paysage :

la naissance du jardin de lettré en Chine

par Augustin Berque


1. Les parcs animaliers du temps des Han
Le mot chinois pour dire « jardin », yuán, est rendu par le caractère , qui combine  la clef , signifiant « enclos », et l’élément (yuàn), qui signifie « ample vêtement où l’on est à l’aise », mais est ici utilisé phonétiquement. Une étymologie moins courante interprète ce  comme synonyme de son presque homophone yuán , « haie ». D’autres sinogrammes sont également associés à l’idée de jardin ou de parc, mais celui-ci est le principal, et il a traversé l’histoire. On le retrouve par exemple dans le japonais den.en toshi 田園都市, qui a rendu l’anglais garden city.

mercredi 6 novembre 2013

Les arbres peuvent-ils mentir ? / A. Berque

Beech Grove Gustav Klimt
Beech Grove (Gustav Klimt, 1902)
Gemaldegalerie Neue Meister, Dresden, German
(source)
Paru dans Bûch’zine n° 4, numéro spécial sur les parquets de faux-bois, automne 2013, p. 5-8.

Les arbres peuvent-ils mentir ?

par Augustin Berque

            Les faux parquets, à l’origine, furent découpés sans doute par de faux parqueteurs dans de fausses planches, issues elles-mêmes de fausses billes tronçonnées dans de faux arbres. De fil en aiguille, on imagine des forêts de faux, comme il y en a effectivement aux environs de Reims, ville de Champagne voisine de Verzy. Ces faux-là, cependant, sont de vrais hêtres, et même de vrais êtres botaniques, ce qui leur vaut le nom de Fagus sylvatica var. tortuosa. Ils ne sont faux du reste que la moitié du temps, à savoir au pluriel, car au singulier on écrit « fau », ce que nul ne confondrait avec une faux, instrument aratoire, et encore moins avec l’adjectif faux, fausse, lequel, en revanche, peut s’appliquer de nos jours aux parquets. Or on ne peut pas faire de parquets avec un fau, c’est un arbre trop tortueux (c’est pourquoi on l’appelle aussi tortillard) : une fois il vous dit « OK ! », et la fois d’après « Basta ! ».

mercredi 2 octobre 2013

L'invention du paysage en Chine / A. Berque

Landscape Chen Zizhuang
Landscape, Chen Zizhuang (1913-1976)
source
Paru dans Libération, 4 octobre 2013, dossier FIG Chine

L’invention du paysage en Chine

par Augustin Berque

Le paysage, ne suffit-il pas d’ouvrir les yeux pour en voir ? Et pourtant, chose étrange, ce mot n’a pas toujours existé. En Europe, il ne date que de la Renaissance. La question a beaucoup préoccupé les sciences humaines voici une trentaine d’années, à l’époque où l’on commençait à s’intéresser sérieusement à cette question parce que l’on se rendait enfin compte des ravages que la civilisation moderne inflige aux paysages. On a donc alors découvert que « le paysage » n’avait pas toujours existé.

mercredi 1 mai 2013

Sujet et paysage / A. Berque


Der Wanderer über den Nebelmeer Caspar David Friedrich
Der Wanderer über den Nebelmeer, 1816,
Caspar David Friedrich
(source)
Colloque international « Paysage et imagination » 

École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, 2-4 mai 2013 

De la constitution du sujet dans le paysage

Augustin Berque

1. Au-dessus de la mer de nuages ?


Le tableau célèbre de Caspar David Friedrich, Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages (Der Wanderer über den Nebelmeer, 1816, Hamburger Kunsthalle) nous laissera toujours à imaginer quel personnage se trouve là, et à quoi il pense. La mer de nuages, est-ce l’objet de son regard, ou son regard lui-même ? Et ce regard, ne serait-ce pas le nôtre ? Ni la langue française, ni d’ailleurs aucune langue européenne, ne nous aide ici à répondre. Le « sujet », ce peut être la scène que peint le tableau, ou le personnage qui regarde cette scène, ou encore nous-mêmes, à travers ce personnage. Faut-il vraiment, peut-on même ici distinguer un « sujet » d’un « objet » ? Le tableau, certes, forme une unité, mais cette unité se limite-t-elle à son contour ? Ou bien l’outrepasse-t-elle, nous emportant nous aussi au-dessus de la mer de nuages ? Mais alors, quel serait le lieu de ce sujet qui serait aussi l’objet – le spectateur et la mer de nuages ?

mercredi 10 avril 2013

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie / Univ. Di Corsica

Corsica William Turner
Corsica, William Turner (1830-1835)
(source)

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie

Augustin Berque

La chaire "Développement des territoires et innovation : questions de mésologie" créée en 2012 à Corte par la Fundazione di l'Università di Corsica en collaboration avec l'Université de Corse et le CNRS (UMR LISA) a tenu sa session de printemps sur le thème du paysage et du sacré dans la nature, avec notamment un film de Jean Froment sur la Corse (série prochainement programmée sur Arte), deux leçons d'Augustin Berque (fichiers ci-joints), et un exposé de Laetitia Carlotti, plasticienne ouvrier du paysage.
Le détail des activités de la chaire, la captation vidéo de la session et des sessions précédentes, ainsi que les textes des leçons d'A. Berque, sont accessibles sur le site de la Fondation : fundazione.univ-corse.fr

Textes associés, à lire en ligne ci-après: "Mésologie du sacré" (version révisée) et "Des eaux de la montagne au paysage". 

mercredi 20 mars 2013

Natura natura semper / A. Berque

Mt. Ktaadn Frederic Edwin Churck
Mt. Ktaadn, Frederic Edwin Churck (1853)
(Yale University Art Gallery)
Colloque La naturalité en mouvement : environnement et usages récréatifs de la nature. Domaine Olivier de Serres, Le Pradel, 20-22 mars 2013

Natura natura semper

(la nature sera toujours à naître)

– un point de vue mésologique –

par Augustin Berque

§ 1. Depuis quand « la nature » existe-t-elle ?

La nature, en principe, existe depuis que le monde existe. La tradition chrétienne nous a laissé penser que celui-ci fut créé par un être absolu, Dieu, à un certain moment. Quand cela ? Selon les calculs effectués en 1654 sur la base des Écritures par John Lightfoot, vice-chancelier de l’Université de Cambridge, ce fut le septième jour, le 26 octobre 4004 avant Jésus-Christ à neuf heures du matin, que Dieu couronna la Création en créant l’Homme ; après quoi, il se reposa[1]. La nature existerait donc depuis une semaine avant cette date. La science moderne, après de durs combats contre l’Église, a reculé celle-ci de 13,7 milliards d’années, plus ou moins 700 millions ; mais cela ne change pas le principe : la nature existe depuis qu’existe l’univers. C’est l’idée commune à la science et à l’opinion ordinaire.

dimanche 4 décembre 2011

Origines des mondes / Augustin Berque


Le Cyclope Odilon Redon
Odilon Redon "Le Cyclope" (v. 1914)
Fils du Ciel (Ouranos) et de la Terre (Gaïa)
Colloque "Territoire(s) et genre"
Département d'études japonaises de l'Université de Strasbourg et Centre européen d'études japonaises d'Alsace, Colmar 2-4 décembre 2011

Cette femelle obscure qui règne à l'occident
- la nostalgie de l'origine en Asie orientale -

par Augustin BERQUE

1. Toute la terre étendue sous le ciel
Les éditions Des Femmes, en publiant Le langage de la Déesse, en 2005, ont commencé à faire connaître en France le nom de Marija Gimbutas (1921-1994), l'archéologue et préhistorienne américaine d'origine lituanienne, dont une bonne partie de l'oeuvre a tendu à montrer que l'Europe aurait appartenu à une civilisation "gynocratique" ou "matristique" avant les invasions indo-européennes de l'âge du bronze, qui y auraient substitué le patriarcat, ou "androcratie". Un siècle auparavant, le juriste et philologue suisse Johann Jakob Bachofen (1815-1887), en publiant Le droit maternel (1861 ; L'Âge d'homme, 1996), avait déjà répandu l'hypothèse d'un âge matriarcal, auquel aurait succédé le patriarcat.

vendredi 11 novembre 2011

Les concepts de nature. Chine-Europe, une perspective transculturelle / Augustin Berque


Birds and flowers, detail from a horizontal scroll (Chao Chi)
Birds and flowers, detail from a horizontal scroll (Chao Chi)
Pour East Asian Science, Technology and Medicine, Tübingen.

Review of  Concepts of nature.
A Chinese-European cross cultural perspective
edited by Hans Ulrich Vogel & Günter Dux
with an overview and introduction by Mark Elvin,
Leiden.Boston : Brill, 2010, 566 p.

jeudi 21 juillet 2011

L’arche coupée du Nord / Augustin Berque



Fig. & : l’ancien embarcadère de la digue nord à Wakkanai, 
dit « le Dôme » (Dômu), vu du Boreas Sôya
Photo A. Berque

Article proposé à l’Espace géographique, pour la rubrique « Carnets de terrain ».

Par Augustin Berque

Le Boreas Sôya, qui nous emmène à Rishiri, a démarré d’un autre quai. L’ancien embarcadère défile sous nos yeux (fig. 1). Avant 1945, de là partaient les imaginatifs qui, passant le détroit de Sôya (La Pérouse), s’en allaient défricher Karafuto (Sakhaline). Les mêmes lieux portent des noms divers, dans ces parages. Leur histoire est confuse. Par-dessus la tête des peuples autochtones, trois empires se la sont disputée