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mercredi 3 février 2016

Gestalt, perception et relation au monde / Perrine Michon

Gala Eluard par Max Ernst
Gala Eluard, Max Ernst, 1924
Séminaire Mésologiques du 22 janvier 2016

Gestalt, perception et relation au monde

Perrine Michon

L’enjeu de cette intervention est d’interroger l’approche originale des relations organisme-environnement proposée par la gestalt-thérapie, courant né aux Etats-Unis dans les années 1950, fondé par Fritz Perls, s’inspirant de la psychanalyse, de la phénoménologie et de l’existentialisme, et qui cherche à éclairer le mouvement de rencontre, de contact entre l’organisme et son environnement. Résolument inscrite dans une optique sensible et dynamique, qui privilégie le ressenti et la perception corporelle, la gestalt s’intéresse aux processus par lesquels les formes se construisent et se déconstruisent (de « gestalten », mettre en forme, donner une signification) à l’occasion du contact entre l’organisme et l’environnement. Une « gestalt » serait ainsi une forme structurée, complète, qui émerge, dans un « champ », et  sur un fond et prend un sens pour le sujet qui perçoit. Cette approche sort de la description habituelle d’un sujet dans son environnement pour mettre en lumière le processus d’interrelation, ce qui se passe entre le sujet et son environnement. Elle abandonne le schéma classique et statique, de la séparation entre l’interne et l’externe, entre moi et autrui pour s’intéresser aux dysfonctionnements du contact, aux mécanismes de régulation mis en place et à l’ajustement permanent entre un individu et son environnement.

mercredi 2 décembre 2015

L’effet Uexküll / Victor Petit

Première de couverture de l'édition originale allemande publiée en 1934 de Milieu animal et milieu humain
Première de couverture de l'édition originale
allemande publiée en 1934 de
Milieu animal et milieu humain
(source) 
Séminaire Mésologiques du 13 novembre 2015

L'effet Uexküll 

(Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon)

Victor Petit

Résumé : Dans un article des Cahiers de Simondon, n°1 (2009), nous méditions l’héritage d’Uexküll, avec les yeux de Simondon, à partir d’une triple distinction qui définissait selon nous le vivant : individu/système (machine) ; rapport/relation ; environnement/milieu. Dresser la liste des personnes qui ont, à leur manière, distingué le rapport physique d’un système à son environnement de la relation biologique d’un individu à son milieu, s’avèrerait être une tâche délicate, puisque cette distinction s’ancre dans l’éthologie et la psychologie animale, aussi bien que dans la psychologie médicale, aussi bien que dans la phénoménologie du vivant et la philosophie de la biologie, etc. Cette distinction est, selon nous, une autre manière de dire l’effet Uexküll. Avant de méditer cet effet chez trois philosophes contemporains et amis (Merleau-Ponty, Canguilhem, Simondon : partie 3), nous resituerons le milieu d’Uexküll historiquement, pour mieux saisir la philosophie du milieu (partie 1), avant de préciser de quoi sa mésologie de la perception est fondatrice (partie 2). 
De l’héritage philosophique d’Uexküll, nous ne dirons cependant presque rien. Et son héritage n’est pas tant ici explicite qu’implicite. Certes Merleau-Ponty, Canguilhem et, à moindre égard, Simondon, disent explicitement l’importance d’Uexküll, mais ils ne l’étudient pas de près – sauf dans les cours sur la nature (1957-1958) de Merleau-Ponty. Si nous pouvons parler d’ « effet Uexküll » cependant, c’est que le couplage dynamique de l’être et du milieu qui est au fondement de leur philosophie n’est pas compréhensible sans l’héritage d’Uexküll. Cet héritage pose des questions philosophiques qui sont autant de chantiers mésologiques ; et l’un des chantiers les plus difficiles nous semble celui de préciser le rôle et le statut du « milieu technique » (partie 4).

vendredi 3 avril 2015

Appel à communications 2015-2016 : Milieu et monde : l’approche mésologique de la perception

Le jardin des délices - Jérôme Bosch
Le jardin des délices - volets fermés (1504)
Jérôme Bosch
(source)

Appel à communications 2015-2016

Pour l’année 2015-2016, le thème du séminaire collectif à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales, Paris) « Mésologiques : philosophie des milieux » sera : Milieu et monde : l’approche mésologique de la perception.

Argument : Dans la mésologie (Umweltlehre) d’Uexküll, la question de la perception tient une place centrale, chaque espèce percevant le donné environnemental brut (Umgebung) d'une manière qui lui est propre, et constituant par là son milieu spécifique (Umwelt). Cette question centrale est directement liée à ce qu'Uexküll a baptisé Bedeutungslehre, l'étude de la signification, qui a fait de lui le précurseur de la biosémiotique, en même temps que son Umweltlehre faisait de lui l'un des fondateurs de l'éthologie. Fortement influencé par Uexküll, Heidegger distinguera le niveau ontologique du minéral, qui est "sans monde" (weltlos), de celui du vivant, qui est "pauvre en monde" (weltarm), et de celui de l'humain, qui grâce à la parole est "formateur de monde" (weltbildend). De son côté, la mésologie (fûdoron) de Watsuji montrait que les différentes cultures humaines perçoivent et aménagent l'environnement  naturel (shizen kankyô) d'une manière spécifique, élaborant ainsi historiquement chacune son milieu propre (fûdo), élaboration qui la structure elle-même dans ce "moment structurel de l'existence humaine" qu'est la médiance (fûdosei). Le problème de la perception apparaît ainsi intimement lié à la mésologie, donc aux notions de milieu et de monde. Le séminaire entend renouer aussi avec la pensée de Merleau-Ponty comme de Simondon d’un côté, et avec l’écologie de la perception de Gibson de l’autre, en soulignant le rôle du mouvement dans la perception multimodale ainsi que l’importance de l’interaction entre la saisie corporelle de l’environnement et l’influence des propriétés de celui-ci. Nous tenterons de montrer que c’est cette interaction qui, en déployant un espace-temps singulier à partir de notre fondement terrestre, assure le développement de l’être et de sa relation signifiante au monde. De la physique à la psychologie, de la biologie à l'anthropologie, de la philosophie aux sciences sociales, de l'évolution des espèces à l'histoire humaine, de la vision bouddhique des divers niveaux de conscience jusqu'aux sciences cognitives, le séminaire approchera le problème de la perception par de multiples points de vue, pour rendre justice à sa complexité, mais avec le constant souci d'en tirer une interprétation unifiée par la relation entre milieu(x) et monde(s).

mercredi 11 mars 2015

La ville insoutenable / Augustin Berque

Lotissement
 (source)
Colloque ANR PAGODE
Villes et quartiers durables : la place des habitants
Maison des Suds-Pessac, 27 et 28 novembre 2014

La ville insoutenable

par Augustin BERQUE

1. « Insoutenable », mais encore ?
Je remercie les organisateurs du colloque ANR PAGODE « Villes et quartiers durables : la place des habitants » de m’avoir confié cette première conférence plénière sous le titre « La ville insoutenable ». C’était là certainement rendre hommage au programme de recherche décennal (2001-2010) L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements, dont la première publication collective portait effectivement ce titre : « La ville insoutenable » [1] ; mais je dois immédiatement dissiper un malentendu. Dans l’esprit où ce programme de recherche fut lancé, en 2001, l’« insoutenabilité» en question n’était pas entendue comme étant celle de la ville, mais celle au contraire de ce que, par approximations successives, nous sommes finalement convenus d’appeler « l’urbain diffus » ; c’est-à-dire bien autre chose que la ville dans son acception traditionnelle, cet « assemblage d’un grand nombre de maisons disposées par rues », selon la définition qu’en donnait la première édition du Petit Larousse (1906) ; autre chose, a fortiori, que ce qu’entendait par là l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et qui correspond plutôt à ce que nous appellerions aujourd’hui une place forte, derrière ses remparts qui l’isolent et la distinguent catégoriquement des campagnes environnantes ; cela exactement pour les mêmes raisons qui ont fait qu’en chinois, c’est le sinogramme chéng 城 (« muraille », comme dans « la Grande Muraille », Cháng Chéng 長城) qui a historiquement signifié la ville. 

mercredi 18 février 2015

Cosmophanie, paysage et haïku / A. Berque

Shirakawagô 白川郷
Shirakawagô (source)
Proposé à Projets de paysage, n° 12, « Paysage et culture »

Cosmophanie, paysage et haïku

par Augustin BERQUE

Résumé – Comme en témoigne entre autres le kigo (mot de saison) « premier paysage » (hatsugeshiki), le paysage tient une place notoire dans la thématique du haïku. On en analyse quelques exemples, non d’un point de vue littéraire mais dans le but de définir en quoi le haïku et le paysage participent d’une cosmophanie (l’apparaître-monde d’un certain environnement). Comme toute cosmophanie, celle-ci exprime un agencement ordonné (un kosmos) des valeurs fondamentales d’une certaine culture, embrayant celle-ci à un certain environnement naturel pour en faire le milieu spécifique de cette culture, donc celui qui entre tous lui convient le mieux.
Mots clefs : ENVIRONNEMENT, HAÏKU, MILIEU, MONDE, PAYSAGE.

mercredi 11 février 2015

Recension / A. Berque

The Great Day of His Wrath John Martin
(source)

Vous avez dit « naturel » ?


Virginie DUVAT et Alexandre MAGNAN
Paris, Le Pommier, 2014, 312 p., 23€ 

S’il est des géographes qui nous assurent que Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête[1], ou au contraire des prospectivistes qui nous décrivent déjà L’effondrement de la civilisation occidentale[2] (rétrospectivement, vu de 2393), on creuse ici les interrelations qui « fabriquent des catastrophes » à partir de simples événements naturels. Le thème est géographique entre tous, et l’idée n’est pas neuve. On sait qu’il y a catastrophe quand l’humain est concerné, mais pas quand il ne l’est pas. C’est cette logique que le livre de V. Duvat et A. Magnan développe et affine, en passant en revue au fil des chapitres près d’une dizaine de cas qui nous mènent du Bangla-Desh aux îles coralliennes du Pacifique, en passant par la tempête Xynthia, l’ouragan Katrina, le cyclone Luis à Saint-Martin, le tsunami du « 3.1.1 » (i.e. le 11 mars) au Japon, et la résilience des Maldives après le tsunami de 2004. 

mercredi 4 février 2015

Pouvons-nous dépasser l'espace foutoir (junkspace) de la Basse Modernité ? / A. Berque

Kunsthal Rotterdam Rem Koolhaas
Kunsthal Rotterdam, Rem Koolhaas (source)
École supérieure d’art et de design d’Orléans
– Conférence, 7 janvier 2015 –

Pouvons-nous dépasser l’espace foutoir (junkspace)
de la Basse Modernité ?

par Augustin BERQUE

Résumé - Partant d'une citation de Rem Koolhaas, "The cosmetic is the new cosmic", on s'interroge d'abord sur la notion de cosmicité, qui s'exprimait dans toutes les cultures traditionnelles, notamment par l'architecture. En rapprochant cette cosmicité de ce qu'Uexküll a mis en évidence avec la notion d'Umwelt, on montre que cette expression, qui intègre les trois valeurs humaines fondamentales (le Bien, le Beau, le Vrai) en un tout cohérent, répond à une nécessité ontologique qui s'enracine dans le monde vivant. Puis on montre que le dualisme moderne a dissocié ces valeurs, aboutissant ainsi à l'acosmie, contraire de la cosmicité. L'espace foutoir (junkspace) prôné en tout cynisme par un Rem Koolhaas en est un exemple paradigmatique. Pour surmonter cette acosmie, les recettes architecturales ne suffiront pas ; c'est d'une révolution ontologique et logique que nous avons besoin, rétablissant le lien, par delà le dualisme moderne, entre la physique, la biologie et les valeurs humaines, comme y invite la mésologie nouvelle, dérivée de l'Umweltlehre d'Uexküll et du fûdoron de Watsuji[1].

mardi 13 janvier 2015

Y a-t-il un pur apparaître du paysage ? / Augustin BERQUE

Séminaire « Paysages culturels »
MNHN, UMR « Hommes, natures, sociétés » / IRD/PALOC
Amphithéâtre Rouelle, 47 rue Cuvier, 30/10/14, 17-19 h

Y a-t-il un pur apparaître du paysage ?

par Augustin BERQUE

Peinture calligraphie
(source)

mercredi 7 janvier 2015

Peut-on rationnellement parler de « science naturante » (shizengaku 自然学) ? / A. Berque

Deux hommes contemplant la lune Caspar David Friedrich
Deux hommes contemplant la lune
Caspar David Friedrich (1774-1840)
(The metropolitan museum of art)
Cercle de philosophie de la nature
4e symposium : Devenir et structure
École des hautes études en sciences sociales, 5-7 novembre 2014

Peut-on rationnellement parler de « science naturante » (shizengaku 自然学) ?

Augustin BERQUE

Résumé – Vers la fin de sa carrière, IMANISHI Kinji (1902-1992) a résumé sa méthode scientifique dans le concept de « science naturante » (shizengaku 自然学), en l'opposant à la notion ordinaire de sciences naturelles (shizen kagaku自然科学). Il s'agit fondamentalement d'un rejet du dualisme moderne, lequel a fait de la nature un objet. Cette science naturante postule que l'observateur peut dans une certaine mesure s'identifier au mouvement même de la nature, s'agissant notamment de l'évolution des espèces, à propos de laquelle Imanishi rejette catégoriquement le paradigme néo-darwiniste en postulant que, dans l'évolution, joue la subjectité de l'espèce en tant que telle, et non pas seulement la statistique d'une population d'organismes. Cette position a fait ostraciser l'idée de science naturante par la communauté scientifique nippone, mais les critiques adressées par Imanishi au paradigme actuel des sciences naturelles sont loin d'être toutes aberrantes. On reviendra ici sur ces questions en tentant d'évaluer leur validité.

mercredi 3 décembre 2014

Can we recosmize architecture ? / A. BERQUE

Filip Dujardin
(c) Filip Dujardin
(source)
JIA 建築家大会 – 岡山2014/9/25-27
基調講演<建築の再コスモス化は可能か>
オギュスタン.ベルク
(英訳/English version)
The Japanese Institute of Architects 2014 Congress, Okayama
Keynote lecture

Can we recosmize architecture ?

Augustin BERQUE

1. Cosmicity and the origin of architecture
A dozen years ago, Rem Koolhaas ended a writing about what he has dubbed junkspace with the following sentence: “The cosmetic is the new cosmic”.[1] Though not dealing with literature, but with architecture and urban space, this text was in itself a perfect sample of junkspace, with not a single indented line in fifteen pages and no perceivable structuring of the prose, constituted with a rambling of assertions such as the following: “It [i.e. junkspace] replaces hierarchy with accumulation, composition with addition.

mardi 2 décembre 2014

Le concept de "spéciété" est-il opératoire ? / A. Berque

Proposed to the International Journal of Contemporary Sociology, special issue on “Sociality, culture and nature”.

Is the concept of speciety
rationally operative ?

by Augustin BERQUE

Monkeys Chao Shao-an
Monkeys (1960-70) Chao Shao-an (Hong Kong Heritage Museum)
(source)

Abstract – The paper discusses the validity of the concept of shushakai put forward by the Japanese naturalist Kinji Imanishi. It proposes to translate this concept with speciety, defining it as the fact of being a species as a society, not as a mere population ; a society endowed with subjecthood, thus possessing its own specific world and evolving in relation to that world, rather than to the environment in general. The point of view is that of mesology, i.e. the study of milieu as distinct from the environment, which is the object of ecology. Mesology in that sense corresponds to Umweltlehre in Uexküll’s sense, and to fûdogaku in Watsuji’s sense.

mercredi 26 novembre 2014

Is the concept of speciety rationally operative ? / A. Berque

Proposed to the International Journal of Contemporary Sociology, special issue on “Sociality, culture and nature”.

Is the concept of speciety
rationally operative ?

by Augustin BERQUE


Abstract – The paper discusses the validity of the concept of shushakai put forward by the Japanese naturalist Kinji Imanishi. It proposes to translate this concept with speciety, defining it as the fact of being a species as a society, not as a mere population ; a society endowed with subjecthood, thus possessing its own specific world and evolving in relation to that world, rather than to the environment in general. The point of view is that of mesology, i.e. the study of milieu as distinct from the environment, which is the object of ecology. Mesology in that sense corresponds to Umweltlehre in Uexküll’s sense, and to fûdogaku in Watsuji’s sense.

mercredi 2 juillet 2014

La frontière épanouie / Letizia Nardi


M2 Ethnologie et Anthropologie sociale, EHESS 

La frontière épanouie

Réflexion mésologique sur le rôle du saumon dans l’Alaska contemporain

Letizia Nardi,

We have spent countless summer evenings grilling salmon under the midnight sun and savoring it in the dark of winter thanks to a fully stocked freezer. Salmon aren’t just another fish in Alaska – they are our lifeblood. (extrait du site www.salmonlove.com)
            Dans ce texte, nous tenterons d’analyser, avec les outils conceptuels de la mésologie[1], la valeur que l’Alaska et ses habitants attribuent aujourd’hui au saumon.

mercredi 25 juin 2014

Mésologie, de milieu en art

Taxus baccata Didier Rousseau Navarre
Taxus baccata. 1996 Bois polychrome.
(CC) Didier Rousseau Navarre
Conférence inaugurale, Musée de Sartène,
12 juin – 14 septembre 2014
Mésologie, de milieu en art

Augustin Berque

1. Qu’est-ce que la mésologie ?

Le mot mésologie vient du grec mesos, « au milieu, médian », et logia, « théorie », de logos, « discours ». Cela veut donc dire « théorie des milieux ». Comme le rapporte le philosophe des sciences Georges Canguilhem (1904-1995), ce mot a été publiquement proposé le 7 juin 1848, à la séance inaugurale de la Société de biologie, par un jeune médecin disciple d’Auguste Comte, Charles Robin (1821-1885) :

vendredi 6 juin 2014

Sur la symbiose biologique, ou des relations entre vivants et milieux / Luciano Boi

Guêpe sur Epipactis helleborine Pierre la Treiche
Guêpe sur Epipactis helleborine
Pierre la Treiche, 11 juillet 2005
(source)

Sur la symbiose biologique

ou des relations entre vivants et milieux 

Luciano Boi
Résumé : 

Au cours d'un demi siècle (depuis le début des années 1950) la biologie, et tout particulièrement la biologie moléculaire, a considéré l'environnement, plus précisément les milieux naturels et culturels, comme une « extériorité » au vivant, à son développement tout comme à son évolution. Ainsi, la construction d'abord ontogénétique puis phylogénétique des organismes vivants a été coupée de leur histoire naturelle et culturelle.

mercredi 16 avril 2014

Poisson
Ebisu n° 49 (printemps-été 2013)
 

Tétralemme et milieu humain

– la mésologie à la lumière de Yamauchi 


par Augustin BERQUE

Résumé – On rapproche les principaux concepts de la mésologie – prise, médiance, trajection… – de la logique du lemme mise en avant par Yamauchi Tokuryû dans Logos et lemme. L’ordre où celui-ci, dans le tétralemme, place la binégation avant la biassertion, en particulier, est rapproché de la définition de la réalité des milieux comme r = S/P (S en tant que P). La logique des milieux (vivants en général ou humains en particulier) serait donc une lemmique.
Mots clefs – Lemme, médiance, milieu, prise, tétralemme, trajection, Yamauchi.

mardi 11 mars 2014

Prométhée généticien / C. Calame

Prométhée G. Moreau
Prométhée, G. Moreau (1868)

 Prométhée généticien ?

Pour dépasser l'opposition 'nature/culture', une perspective anthropopoiétique

Claude Calame (EHESS, Paris)

La distinction en contraste entre nature et culture a en quelque sorte été canonisée par la pensée structurale des années 70 du siècle dernier. Elle tire apparemment son origine de la réflexion universalisante des Lumières européennes sur les sociétés des hommes ; et cela de deux points de vue.
            D’une part, objectivée, une « nature » est posée face à la raison de l’être humain ; une raison qui se définit en son autonomie, affranchie qu’elle est désormais du pouvoir divin et des instances surnaturelles. La nature devient une nature-objet sur laquelle l’homme raisonnable peut agir et dont il pourra exploiter les ressources ; selon l’une des définitions proposées par d’Alembert dans l’Encyclopédie (Paris 1751-1765/1772), la nature c’est « l'ordre et le cours naturel des choses, la suite des causes secondes, ou les lois du mouvement que Dieu a établies » (c’est-à-dire la  nature physique, soumise aux lois formulées par Newton). 

vendredi 7 mars 2014

La mésologie, pourquoi et pourquoi faire ? / A. Berque (vidéo)

Augustin Berque

Université Laval, février 2014

La mésologie, pourquoi et pourquoi faire ?

A. Berque


Définie en 1848 comme science des milieux, la mésologie est née dans les travaux d’un disciple d’Auguste Comte, le médecin Charles Robin. Après de brillants débuts, son champ trop vaste devait plus tard s’écarteler entre l’écologie d’une part, les sciences sociales de l’autre. Sous l’influence de la phénoménologie, elle a été refondée sur de tout autres bases au XXe siècle, en Allemagne par le naturaliste Jakob von Uexküll, précurseur de l’éthologie et de la biosémiotique, et au Japon par le philosophe Tetsurô Watsuji.

mercredi 26 février 2014

Prochain séminaire, vendredi 28 mars 2014 / Takashi Kurata sensei

Gouache doro-e de la collection Yanagi
Gouache doro-e de la collection Yanagi,
présentée dans la revue Kōgei, 1937. Mingeikan, Tōkyō.
Mesological life in 1928
Takashi Kurata
Associate professor (philosophy)
Research Institute for Humanity & Nature (RIHN), Kyoto, Japan

In 1928, there were 3 epoch making events related to Mesology in Japan.
First of all, Japanese philosopher, Tetsuro Watsuji, started the lecture on Mesology from a philosophical viewpoint at the first time in this year, focusing on the Japanese word Fudo (milieu) and investigating the various phenomena of interactions between human cultures and natural environments. This lecture was published under the title, Fudo, afterwards.
Secondly, Koji Fujii, who was the first environmental engineer on architecture in Japan, published his main work, Residence in Japan, and built his own house of modern-ecological style, assimilating its construction to the climate and nature in Japan. This house was named Chochikkyo, which literally means the residence listening to the sound of bamboo.

lundi 20 janvier 2014

Annonce du prochain séminaire

Claude Calame
Le vendredi 24 janvier (amphithéâtre du 105 bd Raspail, 18h) aura lieu un exposé de Claude CALAME, directeur d'études à l'EHESS 

Prométhée généticien? Pour dépasser l'opposition "nature/culture", une perspective anthropopoiétique 


La tradition veut que l'on fasse remonter, par filiation, le concept moderne de "nature", forgé au cours du XVIIIe siècle européen, au concept grec de phusis. Or une approche anthropologique des manifestations de la culture grecque antique implique non seulement un retour aux catégories propres, dans leurs définitions indigène; mais elle implique aussi un retour critique, par le regard oblique qu'elle induit, sur nos propres concepts. Ce cheminement sera proposé pour une analyse généalogique de l'opposition structurale "nature" vs "culture". A partir du concept grec de phusis comme procédure de développement d'un organisme et sur la base des arts interprétatifs que le Prométhée d'Eschyle propose aux hommes mortels pour animer leurs relations signifiantes avec leur environnement, il apparaîtra que le recours au concept postmoderne de plasticité envisagé en génie génétique et en sciences neuronales annule l'opposition structurale entre nature et culture. On pourra dès lors proposer une conception "anthropopoiétique" des relations de l'homme avec son environnement, dans une écologie modelée par ses pratiques sémiotiques. La nature ne peut être que culture.