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mercredi 4 février 2015

Pouvons-nous dépasser l'espace foutoir (junkspace) de la Basse Modernité ? / A. Berque

Kunsthal Rotterdam Rem Koolhaas
Kunsthal Rotterdam, Rem Koolhaas (source)
École supérieure d’art et de design d’Orléans
– Conférence, 7 janvier 2015 –

Pouvons-nous dépasser l’espace foutoir (junkspace)
de la Basse Modernité ?

par Augustin BERQUE

Résumé - Partant d'une citation de Rem Koolhaas, "The cosmetic is the new cosmic", on s'interroge d'abord sur la notion de cosmicité, qui s'exprimait dans toutes les cultures traditionnelles, notamment par l'architecture. En rapprochant cette cosmicité de ce qu'Uexküll a mis en évidence avec la notion d'Umwelt, on montre que cette expression, qui intègre les trois valeurs humaines fondamentales (le Bien, le Beau, le Vrai) en un tout cohérent, répond à une nécessité ontologique qui s'enracine dans le monde vivant. Puis on montre que le dualisme moderne a dissocié ces valeurs, aboutissant ainsi à l'acosmie, contraire de la cosmicité. L'espace foutoir (junkspace) prôné en tout cynisme par un Rem Koolhaas en est un exemple paradigmatique. Pour surmonter cette acosmie, les recettes architecturales ne suffiront pas ; c'est d'une révolution ontologique et logique que nous avons besoin, rétablissant le lien, par delà le dualisme moderne, entre la physique, la biologie et les valeurs humaines, comme y invite la mésologie nouvelle, dérivée de l'Umweltlehre d'Uexküll et du fûdoron de Watsuji[1].

mercredi 21 janvier 2015

Existe-t-il une rationalité non cartésienne au Japon ? / A. Berque

Interior Passage in the Colosseum François Diday
Interior Passage in the Colosseum
François Diday (1802-1877)
(The metropolitan museum of art)
Colloque international Fortune de la philosophie cartésienne au Japon
– Université libre de Bruxelles, 16-17 octobre 2014 –

Existe-t-il une rationalité non cartésienne au Japon ?

– vers une issue à l’acosmie bas-moderne –

Augustin BERQUE


Résumé – Si le cogito, et à sa suite le sujet moderne, a prétendu affranchir son être de tout lieu et de tout milieu, NISHIDA Kitarô (1870-1945), et à sa suite l'école de Kyôto, a prétendu à l'inverse subsumer l'être dans le lieu ou le milieu (basho). Ce culbutage du paradigme occidental moderne classique fascine toujours de nombreux philosophes, tant japonais qu'étrangers. Effectivement, il peut sembler remédier au défaut essentiel de ce paradigme, qui à force d'abstraire le sujet humain de son milieu en est arrivé à menacer la possibilité de son existence même sur la planète Terre. Il mène toutefois à l'excès inverse : un ethnocentrisme mystique incapable de prendre en compte rationnellement les problèmes concrets de l'existence humaine dans son milieu terrestre (l'écoumène). On cherchera ici une voie moyenne entre ces deux extrêmes, dans le fil de la mésologie de Jakob von UEXKÜLL (1864-1944) et de WATSUJI Tetsurô (1889-1960) .

mercredi 3 décembre 2014

Can we recosmize architecture ? / A. BERQUE

Filip Dujardin
(c) Filip Dujardin
(source)
JIA 建築家大会 – 岡山2014/9/25-27
基調講演<建築の再コスモス化は可能か>
オギュスタン.ベルク
(英訳/English version)
The Japanese Institute of Architects 2014 Congress, Okayama
Keynote lecture

Can we recosmize architecture ?

Augustin BERQUE

1. Cosmicity and the origin of architecture
A dozen years ago, Rem Koolhaas ended a writing about what he has dubbed junkspace with the following sentence: “The cosmetic is the new cosmic”.[1] Though not dealing with literature, but with architecture and urban space, this text was in itself a perfect sample of junkspace, with not a single indented line in fifteen pages and no perceivable structuring of the prose, constituted with a rambling of assertions such as the following: “It [i.e. junkspace] replaces hierarchy with accumulation, composition with addition.

mercredi 31 juillet 2013

Peut-on dépasser l’acosmie de la modernité ? / A. Berque

Self portrait at an early age Rembrandt
Self portrait at an early age
(Rembrandt, 1628-1629)
source
Université de Corse, Corte, 11 juin 2013 / Séminaire Questions de mésologie, VII

Peut-on dépasser l’acosmie de la modernité ?

par Augustin Berque


§ 1.  Terre, monde, cosmos, univers
            Un ouvrage récent d’Henri Raynal est intitulé Ils ont décidé que l’univers ne les concernait pas[1]. L’auteur y emploie le terme d’acosmisme pour dénoncer l’« autisme » de notre espèce, qui s’estime aujourd’hui dégagée de toute obligation de penser sa place dans l’univers, et de s’y tenir. Pour dire des choses assez voisines, je préfère employer le terme d’acosmie, qui a pour moi l’avantage d’évoquer l’anomie durkheimienne, c’est-à-dire l’effacement des valeurs, et les désordres qui s’ensuivent. Alors toutefois que l’anomie est sociale, l’acosmie concerne à la fois le social et le naturel.  Plus exactement, il s’agit de l’embrayage des valeurs humaines aux faits de la nature, auxquels la mésologie, contrairement au naturalisme (tels la sociobiologie ou Calliclès dans le Gorgias)[2], refuse de les réduire, mais aussi, contrairement au métabasisme contemporain (tel celui de la French theory, laquelle nous verrait volontiers planer dans l’azur sans plus de base terrestre), tient tout autant à les y fonder.