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mercredi 4 février 2015

Pouvons-nous dépasser l'espace foutoir (junkspace) de la Basse Modernité ? / A. Berque

Kunsthal Rotterdam Rem Koolhaas
Kunsthal Rotterdam, Rem Koolhaas (source)
École supérieure d’art et de design d’Orléans
– Conférence, 7 janvier 2015 –

Pouvons-nous dépasser l’espace foutoir (junkspace)
de la Basse Modernité ?

par Augustin BERQUE

Résumé - Partant d'une citation de Rem Koolhaas, "The cosmetic is the new cosmic", on s'interroge d'abord sur la notion de cosmicité, qui s'exprimait dans toutes les cultures traditionnelles, notamment par l'architecture. En rapprochant cette cosmicité de ce qu'Uexküll a mis en évidence avec la notion d'Umwelt, on montre que cette expression, qui intègre les trois valeurs humaines fondamentales (le Bien, le Beau, le Vrai) en un tout cohérent, répond à une nécessité ontologique qui s'enracine dans le monde vivant. Puis on montre que le dualisme moderne a dissocié ces valeurs, aboutissant ainsi à l'acosmie, contraire de la cosmicité. L'espace foutoir (junkspace) prôné en tout cynisme par un Rem Koolhaas en est un exemple paradigmatique. Pour surmonter cette acosmie, les recettes architecturales ne suffiront pas ; c'est d'une révolution ontologique et logique que nous avons besoin, rétablissant le lien, par delà le dualisme moderne, entre la physique, la biologie et les valeurs humaines, comme y invite la mésologie nouvelle, dérivée de l'Umweltlehre d'Uexküll et du fûdoron de Watsuji[1].

mercredi 2 avril 2014

Préface à "Pour un vocabulaire de la spatialité japonaise" / A. Berque

Couple with a Standing Screen K. Utamaro
Couple with a Standing Screen (1797 ) K. Utamaro
Museum of Fine Arts, Boston
(source)
Préface à Pour un vocabulaire de la spatialité japonaise 
(dir. P. Bonnin)

par Augustin Berque

            Si la spatialité nippone fascine en Occident, c’est d’abord dans les milieux de l’architecture, comme il se doit puisque ce sont les architectes qui s’occupent de mettre l’espace en formes concrètes. On ne s’étonnera donc pas que ce soit un architecte, Philippe Bonnin, qui ait entrepris de réaliser un Vocabulaire de la spatialité japonaise. Mais pour cet architecte qui est aussi anthropologue, il ne pouvait s’agir seulement d’un dictionnaire de l’architecture japonaise. L’entreprise va bien au delà, car elle part d’une interrogation anthropologique sur ce que c’est concrètement que l’espace dans la culture nippone. Certes, on peut se poser une pareille question à propos de toutes les cultures humaines ; mais il y avait dans le cas du Japon des raisons plus pressantes de le faire. D’où l’intérêt tout particulier de ce Vocabulaire, qui réussit l’exploit d’y apporter une réponse coordonnant une approche pluridisciplinaire, ayant mobilisé pendant plusieurs années des dizaines de chercheurs venus de champs divers.

mercredi 30 octobre 2013

Qu’est-ce que le monde pour la mésologie ? / A. Berque

Échappée devant la critique Père Borrell del Caso
Échappée devant la critique
(Père Borrell del Caso, 1874)
(source)
Université de Neufchâtel, Maison d’analyse des processus sociaux.
Cycle de conférences Repenser le monde, et vite !

Qu’est-ce que le monde
pour la mésologie ?

Conférence
Augustin BERQUE
29 octobre 2013

Résumé Si le terme même de "mésologie" est dû à un médecin positiviste (Charles Robin, disciple d'Auguste Comte, qui le créa en 1848), la mésologie au sens actuel a hérité d'Uexküll et de Watsuji une vision phénoménologique, reposant sur la distinction entre l'environnement comme donné objectif (Umgebung) et le milieu comme monde ambiant (Umwelt) propre à un certain être (individu, société, espèce). La réalité concrète relève du milieu, non de l'environnement dont Uexküll a prouvé que les objets, comme tels, n'existent pas pour l'animal. Nous devons repenser, et vite, la réalité sur ces bases.

mercredi 10 avril 2013

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie / Univ. Di Corsica

Corsica William Turner
Corsica, William Turner (1830-1835)
(source)

Développement des territoires et innovation : questions de mésologie

Augustin Berque

La chaire "Développement des territoires et innovation : questions de mésologie" créée en 2012 à Corte par la Fundazione di l'Università di Corsica en collaboration avec l'Université de Corse et le CNRS (UMR LISA) a tenu sa session de printemps sur le thème du paysage et du sacré dans la nature, avec notamment un film de Jean Froment sur la Corse (série prochainement programmée sur Arte), deux leçons d'Augustin Berque (fichiers ci-joints), et un exposé de Laetitia Carlotti, plasticienne ouvrier du paysage.
Le détail des activités de la chaire, la captation vidéo de la session et des sessions précédentes, ainsi que les textes des leçons d'A. Berque, sont accessibles sur le site de la Fondation : fundazione.univ-corse.fr

Textes associés, à lire en ligne ci-après: "Mésologie du sacré" (version révisée) et "Des eaux de la montagne au paysage". 

jeudi 12 janvier 2012

Comment souffle l’esprit sur la terre nippone / Augustin Berque

Le Jōmon Sugi (縄文杉) sur l'île de Yakushima
Le Jōmon Sugi (縄文杉) sur l'île de Yakushima
Colloque Spiritualités japonaises. Bruxelles, Palais des Académies, 21-23 septembre 2011

Comment souffle l’esprit sur la terre nippone

par Augustin Berque

Résumé : Le mot qui en japonais désigne un milieu humain, fûdo, s'écrit avec deux sinogrammes associant le vent et la terre. Le vent désigne ici à la fois les phénomènes météorologiques et les moeurs d'un pays, la terre étant quant à elle ce qui fonde et localise tout cela dans la nature. On peut, métaphoriquement, rapprocher ce rapport  terre/vent du rapport entre sujet S (la base substantielle) et prédicat P (la manière insubstantielle de saisir cette base), ainsi que du "litige" (Streit) heideggérien entre terre et monde, voire du rapport nature/culture. Dans ce rapport, la terre S est assumée en tant que monde P. Ce rapport vaut pour tous les milieux humains, dont il produit la réalité (S/P, i.e. S saisi en tant que P). Il est toutefois insaisissable dans le cadre du dualisme occidental moderne classique, pour lequel la terre ne peut être qu'un objet (S) abstrait idéalement de tout prédicat humain (autrement dit un S sans P), que ce dernier soit matériel (tels les systèmes techniques), charnel ou spirituel (tels les systèmes symboliques). La faille logique de ce dualisme, qui absolutise l'objet (i.e. S), est que l'existence même de S suppose nécessairement qu'il soit saisi (prédiqué) en tant que quelque chose par une instance humaine. La "logique du prédicat" mise en avant par Nishida ne combla nullement cette faille ; elle ne fit que culbuter le parti scientifique (l'absolutisation de S) en un parti mystique (l'absolutisation de P). Au delà de cette symétrique impasse, il s'agira ici de sonder la possibilité d'interpréter la constitution de la réalité, et plus spécialement la symbolicité des choses, comme une concrétisation du tétralemme nagarjunien, qui fut introduit au Japon par le bouddhisme du Grand Véhicule et s'y exprima notamment dans le zen.