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mercredi 18 novembre 2020

Mail à un étudiant / Augustin Berque - Camille Ringuet

Andy Warhol, Marilyn Diptych (1962, détail)
Le 28/07/2020 à 17:11, Camille Ringuet a écrit :


Cher M. Berque,
Avant toute chose, je vous informe avoir eu connaissance de cette adresse email par le biais du site Écoumène. De ce fait, j'espère que l'adresse en question est destinée aux échanges publics et non privés, si tel n'est pas le cas alors je m'excuse pour cette prise de contact.
Deuxièmement et avant d'exprimer ma question, je tenais très sincèrement à vous remercier pour vos ouvrages, articles et conférences qui m'ont été d'une richesse indispensable tant sur le plan esthétique que sur le plan éthique et aussi j'ose le mot, sur le plan spirituel. L'approche trajective des phénomènes nous enseigne à être au monde, en cela je vous en suis tout à fait reconnaissant.
Je m'appelle Camille Ringuet, je suis étudiant en deuxième année de maitrise de recherches cinématographiques. Je rédige depuis maintenant deux années un mémoire sur une approche du cinéma par les notions de Mujo et de Ku, je me questionne sur l'apparente permanence des rapports que nous entretenons avec les images de cinéma, ainsi que la capacité de ces dernières à se fondre dans les phénomènes, à "retourner à la terre" afin d'éviter de perpétuer l'illusion paradigmatique de l'image en tant qu'image, le "monde du cinéma" ayant "dépassé la réalité en beauté", selon les mots de Warhol suite à la projection de son film "****(four stars)".

mercredi 15 mai 2019

Le même objet mais autre chose / Augustin Berque

L'illusion du canard-lapin
source
École des hautes études en science sociales Séminaire de Michèle Leclerc-Olive Figures de la dualité. Comment penser ‘entre’ les catégories ? Séance du 21 mars 2019 

Le même objet mais autre chose

note sur l’opérateur existentiel « en tant que » 

par Augustin Berque 

Résumé Que ce soit en physique, en biologie, dans les sciences humaines ou dans la vie tout court (humaine ou non-humaine), la réalité n’est jamais un objet pur, mais toujours une certaine chose, laquelle, selon une logique incluant le tiers, dépend de la relation éco-techno-symbolique qui fait que cet objet, pour un certain interprète qui peut être humain ou non-humain, n’existe qu’en tant que quelque chose.

I. Sauf à nier notre existence, ou au contraire à l’absolutiser, nous avons à penser entre Husserl (1859-1938) et Galilée (1564-1642) : entre die ur-arche Erde bewegt sich nicht (« l’arché-originaire Terre ne se meut pas », 1934) et eppur, si muove (« et pourtant, elle tourne », 1633) ; car malgré les apparences, ce n’est pas une alternative : les deux propositions sont vraies. Il s’agit donc de les embrayer l’une à l’autre, mais selon quelle logique ? Car ces deux vérités concurrentes sont contradictoires : logiquement, la Terre ne peut pas, à la fois, être mobile et immobile. Ce n’est pas pour rien que Zénon (v.-490/v.-430), dit-on, a inventé le principe de contradiction…

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mercredi 11 mars 2015

La ville insoutenable / Augustin Berque

Lotissement
 (source)
Colloque ANR PAGODE
Villes et quartiers durables : la place des habitants
Maison des Suds-Pessac, 27 et 28 novembre 2014

La ville insoutenable

par Augustin BERQUE

1. « Insoutenable », mais encore ?
Je remercie les organisateurs du colloque ANR PAGODE « Villes et quartiers durables : la place des habitants » de m’avoir confié cette première conférence plénière sous le titre « La ville insoutenable ». C’était là certainement rendre hommage au programme de recherche décennal (2001-2010) L’habitat insoutenable / Unsustainability in human settlements, dont la première publication collective portait effectivement ce titre : « La ville insoutenable » [1] ; mais je dois immédiatement dissiper un malentendu. Dans l’esprit où ce programme de recherche fut lancé, en 2001, l’« insoutenabilité» en question n’était pas entendue comme étant celle de la ville, mais celle au contraire de ce que, par approximations successives, nous sommes finalement convenus d’appeler « l’urbain diffus » ; c’est-à-dire bien autre chose que la ville dans son acception traditionnelle, cet « assemblage d’un grand nombre de maisons disposées par rues », selon la définition qu’en donnait la première édition du Petit Larousse (1906) ; autre chose, a fortiori, que ce qu’entendait par là l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et qui correspond plutôt à ce que nous appellerions aujourd’hui une place forte, derrière ses remparts qui l’isolent et la distinguent catégoriquement des campagnes environnantes ; cela exactement pour les mêmes raisons qui ont fait qu’en chinois, c’est le sinogramme chéng  (« muraille », comme dans « la Grande Muraille », Cháng Chéng 長城) qui a historiquement signifié la ville. 

mercredi 23 octobre 2013

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire / A. Berque

Test de Rorschach planche 3
Test de Rorschach, planche 3.
À paraître dans Entropia, numéro spécial « L’histoire désorientée », octobre 2013.

Renaturer la culture, reculturer la nature, par l’histoire

Augustin Berque

1. Au delà de Wittgenstein ?


« Renaturer la culture, reculturer la nature » : cette formule d’inspiration marxienne – elle descend d’un thème des Manuscrits de 1844 : « Naturalisierung des Menschen, Humanisierung der Natur » (naturalisation de l’humain, humanisation de la nature) –, je l’ai déjà invoquée voici une quinzaine d’années au début d’un livre où je tentais de poser les principes d’une mésologie, partant de l’idée que la relation des sociétés humaines à l’étendue terrestre s’établit et fonctionne d’une manière que la dichotomie classique entre le subjectif et l’objectif ne permet pas de saisir[1].

mercredi 16 octobre 2013

De l'acte artistique à un milieu humain / A. Berque

Mother and Child Fritz Stuckenberg
Mother and Child, Fritz Stuckenberg (1920)
source
Symposium international
Développement humain et milieu de vie
Quels partenariats Université/Monde associatif à travers l’acte artistique ?
Armentières / Le Favril, 11-13 octobre 2013

De l’acte artistique à un milieu humain

par Augustin BERQUE

 

1. Le litige entre terre et monde

 

Beaucoup d’entre nous avons en mémoire au moins le titre d’un texte fameux de Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art (Der Ursprung des Kunstwerkes, 1935-1936). Il y est question d’un « litige » (Streit) obscur entre la terre et le monde, à propos duquel Heidegger écrit ceci :

Ce vers où l'œuvre se retire, et ce qu'elle fait ressortir par ce retrait, nous l'avons nommé la terre. Elle est ce qui, ressortant, reprend en son sein (das Hervorkommende-Bergende). La terre est l'afflux infatigué et inlassable de ce qui est là pour rien. Sur la terre et en elle, l'homme historial fonde son séjour dans le monde. Installant un monde, l'œuvre fait venir la terre (Indem das Werk eine Welt aufstellt, stellt es die Erde her). Ce faire-venir doit être pensé en un sens rigoureux. L'œuvre porte et maintient la terre elle-même dans l'ouvert d'un monde. L'œuvre libère la terre pour qu'elle soit une terre[1].