mercredi 6 mars 2019

In search of a transmodern paradigm / Augustin Berque

Proposed to Journal of Japanese philosophy. Corrected on 24/4/18

In search of a transmodern paradigm

nature in Imanishi’s “natural science” and Fukuoka’s “natural farming” 

by Augustin Berque 
Abstract – A transmodern conception of nature is proposed, sublating (aufhebend) the Aristotelian logic of the identity of the subject and the Nishidian palaeologic of the identity of the predicate, and discussing, as concrete examples, Imanishi’s theory of evolution and Fukuoka’s natural farming.

§ 1. Would the human history of nature only be a matter of milieu ? In 1968, Serge Moscovici (1925-2014) published a memorable essay on what he qualified as “human history of nature”. In the 1977 edition, the back cover made the wish that “this book, written before its time, may meet its readers, those of a time when , by dint of talking about nature, people almost forget that it has a history: ours”. But why the deuce would that book have been “written before its time”? And, half a century after 1968, would that time have come at last?

lundi 25 février 2019

Descendre des étoiles, monter de la Terre / A. Berque

Parution
Descendre des étoiles, monter de la Terre

La Trajection de l’architecture 

Augustin Berque 
2019, Éoliennes, 80 p. 

L’humanité est-elle en train de se déterrestrer ? L’architecture moderne a revendiqué un « espace universel » qui, perdant tout lien avec la singularité des lieux concrets, aboutit aujourd’hui à l’acosmie d’un « espace foutoir » (junkspace) où une starchitecture – une « architecture E. T. », comme descendue des étoiles – se pose ici ou là comme elle se poserait ailleurs. Comment en est-on arrivé là, et pouvons-nous recosmiser l’architecture ? La question n’est pas moins profonde que celle de l’origine de toute réalité…

Lien vers le site de l'éditeur, 9 euros.

Vers le port de Toï-Yagisawa (péninsule d'Izu, Japon), photo F. Adam

mercredi 20 février 2019

Milieu et sens des choses / Augustin Berque

Faces - Zdislav Beksinski
Article initialement paru dans Le sens au cœur des dispositifs et des environnements, Eleni Nicopoulou et Nicole Pignier (dir.), Saint-Denis, Connaissances et savoirs, 2018, 276 p.

Milieu et sens des choses

Mésologie et sémiotique 

par Augustin Berque

Préambule 

Ce qui va suivre suppose une évolution ou une ontogenèse du sens en trois strates qui, tout en étant interactives, ne sont pas ré-versibles ; c’est-à-dire que la troisième suppose la seconde, qui sup- pose la première, tandis que l’inverse n’est pas vrai. Il y a donc eu, dans cette ontogenèse, émergence du sens dans un certain sens, à partir de la première strate et, par la seconde, jusqu’à la troisième. Toutefois, cet ordre n’est pas celui d’une simple causalité. Cela ne relève ni de la nécessité, ni du hasard. La troisième strate étant une fois émergée, elle agit sur l’évolution de la seconde comme sur celle de la première, qui continuent d’agir sur elle-même et entre elles, dans un processus historique et contingent nommé trajection.

mercredi 6 février 2019

Public, commun et privé dans la spatialité japonaise / Augustin Berque

Poster, the East-Asian Exhibition
(Fukuoka City, 1927)
Fukuoka City Museum
Colloque international « L’espace public » CNRS & Société française des architectes – Paris, 25-26 mai 2018 – 

Public, commun et privé dans la spatialité japonaise 

vus de l’ère Shôwa (1926-1989) 

par Augustin Berque 

Incipit – Les années Shôwa (昭和, « Paix lumineuse »), du nom de règne de l’empereur Hirohito, furent ce temps où, à deux reprises, le Japon a pu croire qu’il avait accompli le mot d’ordre meijien : « rattrapez, dépassez (l’Occident) » (oitsuki, oikose 追いつき、追い越せ), voire le rêve de l’école de Kyôto : « le dépassement de la modernité » (kindai no chôkoku 近代の超克). La première fois, cela se termina dans les cendres de Hiroshima, la seconde par l’éclatement de « la Bulle » (Baburu バブル). Ce fut aussi un temps où, corrélativement, fleurirent les « nippologies » (nihonjinron 日本人論), réflexions sur l’identité nippone contrastée à celle d’un univers externe réduit à l’Occident, lesquelles, du même coup, donnent à relativiser le paradigme occidental moderne sur tous les plans, y compris la question de l’espace public. À ce propos, j’en tente ci-après un petit florilège. 

Résumé – Le sinogramme 公, qui aujourd’hui signifie « public » en Chine comme au Japon, se compose de deux éléments : ム et 八. Le premier élément est la forme initiale du sinogramme signifiant « privé » : 私. Il signifiait à l’origine : cacher en entourant de trois côtés. Le second élément signifiait au contraire : ouvrir à droite et à gauche. Dans la prononciation dérivée du chinois gong, 公 se prononce , mais ooyake dans sa prononciation proprement japonaise, ce qui étymologiquement signifiait : « lieu (ke) de la grande (oo) maison (ya) », c’est-à-dire celle du souverain. Ce terme a donc une origine inverse de celle de notre « public », mot qui vient du latin populus, peuple. Dans la tradition japonaise, le peuple relève au contraire du watakushi 私, le privé ; et dans le régime féodal, qui a régné sur l’archipel de la fin de l’État antique (XIIe siècle) jusqu’à la restauration meijienne (1868), ooyake désignait la chose du suzerain, watakushi celle du vassal. Rien à voir avec l’idée de res publica. C’est dire qu’introduire la notion occidentale de « public » n’a pas été une mince affaire.

mercredi 23 janvier 2019

earth and the Earth / Augustin Berque


THE RIGHT USE OF THE EARTH KNOWLEDGE, POWER AND DUTIES ON A FINITE PLANET 

International Conference, PSL Université Paris École normale supérieure, 45 rue d’Ulm
29 May-1st June 2018

earth and the Earth 

– a question of scale, a question of duty – 

by Augustin BERQUE 
Pieta Self-Death
(Yongbaek Lee, 2008)
Korean Art Museum Association

Abstract – Modernity’s main trend amounts to a deterrestration, cutting the link of the human with both the soil (la terre, earth) and the planet (la Terre, the Earth), which leads to the ruin of both the soil – in pedological as well as in anthropological terms, with “the end of the peasants” – and the planet (with the so-called Anthropocene, entailing the Sixth Extinction of life on Sol III), while letting modernity hold forth into the structural moment (dynamic coupling) of Transhumanism and Geoengineering. Instead, we should reclaim our terrestrial links and care for them, converting, on the one hand, intensive agriculture to permaculture and the like – e.g. Fukuoka’s shizen nôhô 自然農法 (natural farming), which is an exact topsy-turvy of modern agronomy, since it advocates the four principles of no till, no fertilizers, no pesticides, no weeding –, and, correlatively, caring for the environment, biodiversity and the biosphere in general, instead of laying them waste. This is not only a technical, but also a moral choice which implicates an overcoming of modernity’s very ontological and logical foundations : dualism and the law of excluded middle. Clinging to the modern cogito’s profession of faith (“I thence concluded that I was a substance whose whole essence or nature consists only in thinking, and which, that it may exist, has need of no place, nor is dependent on any material thing”), i.e. abstracting our Being from both earth and the Earth, may well, sooner or later, entail the extinction of our species on Sol III.

mercredi 9 janvier 2019

Privé, public, espace / Augustin Berque

Hunting for insects
Suzuki Harunobu, 1767-1768,
British Museum
IEP de Toulouse. Formation continue 2018-2019 Cycle Espace public, espaces publics – Session des 14 et 15 juin 2018

Privé, public, espace

de l’existence en milieu nippon

par Augustin Berque

I. Le sinogramme gong 公, qui aujourd’hui signifie « public » en Chine comme au Japon, se compose de deux éléments : ム et 八. Le premier élément est la forme initiale du sinogramme si私, qui signifie « privé ». Dans sa forme ancienne口, il signifiait à l’origine : cacher en enclosant. Le second élément八 signifiait au contraire : ouvrir à droite et à gauche. L’idée première de public serait donc d’ouvrir en grand ce qui, inversement, se cache en s’enfermant dans le privé. Ce dernier s’est précisé en ajoutant, à ム, le sinogramme des céréales 禾. Le composé qui en résulta, 私, signifiait donc anciennement : enclore son blé, d’où : propriété privée.

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mercredi 26 décembre 2018

Trajectivité, littérature et traduction / Julie Brock

Paysage bucolique
'Milton Avery, 1945)

Trajectivité, littérature et traduction

Julie Brock (Kyoto Institute of Technology)

Résumé : Dans cet article, nous présentons succinctement la mésologie d'Augustin Berque, et nous expliquons sur quels fondements nous envisageons son application dans le domaine des études littéraires et traductologiques. Dans la première partie, nous expliquons ce que signifie le concept de trajectivité. Augustin Berque se réfère notamment à la chôra platonicienne pour montrer qu'il existe, à l'origine de la pensée occidentale, la notion d'un espace qui n'appartient ni proprement au sujet, ni proprement à l'objet, mais qui les contient tous les deux. La trajectivité définit le mouvement qui permet de relier le sujet et l'objet, le monde abstrait et le monde concret, l'environnement et le paysage, un individu et la société, et plus généralement A et non A. Selon Augustin Berque, ce mouvement se constitue dans la formule « en tant que » (en allemand als, en anglais as, en japonais sunawachi). Il appelle « interprétation » cet acte de conscience du sujet aux yeux de qui, par exemple, l'environnement naturel apparaît en tant que paysage. Dans la deuxième partie, nous posons l'hypothèse que, dans le domaine de la littérature, cette fonction de l'interprète est remplie par le lecteur aux yeux de qui un document textuel apparaît en tant que poème ou en tant que roman. Dans la troisième partie, nous concentrons notre questionnement sur la fonction du traducteur qui se tient à la fois du côté de l'objet et du sujet, du lecteur et de l'auteur, de l'original et du texte nouveau qui deviendra proprement « une traduction ».

mercredi 12 décembre 2018

Retrieving earthliness / Augustin Berque

Research Institute for Humanity and Nature, Kyoto International Symposium, 13-14 December 2018
Humanities on the ground: Confronting the Anthropocene in Asia

Retrieving earthliness

Philosophy and practice of natural farming in Japan 

by Augustin Berque
Champ de blé dans le Morvan
(Jean-Baptiste Camille Corot, 1842, Musée des Beaux Arts de Lyon)

Abstract – Modern agriculture has become the worst example of our present civilization’s unsustainability. It kills the soil with its chemical fertilizers and heavy machinery, destroys the biosphere and poisons consumers with its pesticides, tortures animals, decimates peasantry and depopulates the countryside with its industrial logic, while playing havoc with the landscape owing to its technical needs. In a word, it has become both an antinatural and an antihuman activity. Instead, a transmodern conception of the relationship of nature and humanity is proposed, discussing in particular some concrete examples of natural farming in Japan. 

Keywords – Agriculture, Fukuoka, Imanishi, Kawaguchi, Mesology, Modernity, Nature, Okada, Paradigm, Science, Transmodernity. 

Summary : § 1. Why modernity should be overcome ; § 2. Renaturing science ; § 3. Renaturing agriculture ; Conclusion : natura natura semper.

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mercredi 5 septembre 2018

Au delà de la modernité ? / Augustin Berque

Pioneer x McIntosh (Faith Fylesca, 1920)
 Musée de l'agriculture de l’alimentation du Canada
Colloque « Représentations de la nature à l’âge de l’anthropocène » Université Jean Moulin et IETT, Lyon, 22-23 mars 2018 

Au delà de la modernité ? 

La nature dans la « science naturelle » d’Imanishi et dans l’« agriculture naturelle » de Fukuoka 

par Augustin Berque 

Plan : § 1. L’histoire humaine de la nature serait-elle une histoire de milieu ? ; § 2. La modernité, cela se dépasse-t-il ? ; § 3. Imanishi : renaturer la science ; § 4. Fukuoka : renaturer l’agriculture ; § 5. Conclusion : natura natura semper.

§ 1. L’histoire humaine de la nature serait-elle une histoire de milieu ? 

En 1968, Serge Moscovici (1925-2014) publia un essai mémorable sur ce qu’il qualifiait d’histoire humaine de la nature. Dans la réédition de 1977 en collection Champs, il formulait en quatrième de couverture le souhait « que ce livre, écrit avant son temps, aille à la rencontre de ses lecteurs, ceux d’un temps où, à force de parler de la nature, on en vient presque à oublier qu’elle a une histoire, la nôtre ». Mais pourquoi donc ce livre aurait-il été « écrit avant son temps » ? Et un demi-siècle après 1968, ce temps-là serait il enfin advenu ? L’idée centrale de Moscovici, telle qu’Amazon la met en avant, c’était que « la nature et l’homme travaillent ensemble à forger leur histoire, parce que l’homme est à la fois sujet et créateur de la nature : ‘Nous ne vivons pas dans une nature [sic ; le texte écrit en fait, p. 542, ‘une nature’] qui était présente avant que notre espèce émergeât’ . (…) Serge Moscovici tente, en pionnier, de montrer comment l’homme, être de labeur, n’a de cesse de bouleverser la nature pour l’inventer ».

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mercredi 18 juillet 2018

Le vivant et son milieu ou d’écologie en mésologie

Escherichia coli, une épi-bactérie
source
Association Opera Mundi, Marseille Cycle « Le vivant dans tous ses états » Conférence du 15 mai 2017 

Le vivant et son milieu 

ou d’écologie en mésologie 

Augustin Berque

Résumé – La mésologie (Umweltlehre) d’Uexküll a montré que le vivant n’est pas une machine, mais un sujet qui interprète le donné environnemental (Umgebung) pour en faire son milieu spécifique (Umwelt). Il en résulte un appareillage (Gegengefüge) réciproque entre le vivant et son milieu : les deux termes sont fonction l’un de l’autre. Watsuji, à propos des milieux humains (fûdo), en a tiré le concept de médiance (fûdosei), qui périme le dualisme moderne. C’est cette perspective transmoderne que la biologie – donc à sa suite l’écologie – est en train de confirmer avec l’épigénétique.

Abstract – Uexküll’s mesology (Umweltlehre) has shown that the living is not a machine, but a subject who interprets the environmental given (Umgebung) so as to make out of it its specific milieu (Umwelt). Thence results a counterfitting (Gegengefüge) between the living and its milieu: the two terms are a function of each other. Concerning human milieux (fûdo), Watsuji defined in this respect the concept of mediance (fûdosei), which outdates modern dualism. It is this transmodern perspective which biology – and subsequently ecology – is now confirming with epigenetics.

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mercredi 4 juillet 2018

Le statut du végétal dans Fūdo de Watsuji

shii ou Shiinoki (Pasania cuspidata)
source

Le statut du végétal dans Fūdo de Watsuji

Quentin Hiernaux (Université Libre de Bruxelles)

Résumé - Après avoir introduit les concepts de base de Fūdo, je propose une interprétation du texte problématisée autour du statut de la végétation. Il s’agira de montrer pourquoi et comment la place que tient la végétation joue un rôle médiateur fondamental en tant que principe de première importance, y compris et surtout ici pour la vie humaine décrite par Watsuji. Ce faisant, l’objectif est double. D’une part, montrer, à la suite d’Augustin Berque, la cohérence de la visée mésologique initiale de l’auteur en donnant un fondement théorique à ses exemples végétaux. D’autre part, se recentrer sur le rôle mésologique de la végétation permet de relativiser la place du climat et donc du déterminisme environnemental souvent surévalués dans beaucoup de traductions et commentaires de Fūdo.

mercredi 27 juin 2018

Pour une architecture paysagère / Augustin Berque

Pour une architecture paysagère

Descendre des étoiles, ou monter de la Terre?

Augustin Berque

En mars dernier, l’architecte Kengo Kuma rencontrait au sein de son agence parisienne le grand géographe, philosophe et orientaliste Augustin Berque. Faisant suite à cet entretien, Augustin Berque, lors d’un passage unique en Belgique, donnera une conférence où il évoquera la question de l’architecture, et de son lien avec le lieu. L'architecture moderne a revendiqué un "espace universel" qui, perdant tout lien avec la singularité des lieux concrets, aboutit aujourd'hui à l'acosmie d'un "espace foutoir" (junkspace) où une starchitecture - une "architecture E.T." comme descendue des étoiles - se pose ici ou là comme elle se poserait ailleurs. Comment en est-on arrivé là, et pouvons-nous recosmiser l'architecture?


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