mercredi 3 juin 2020

Les Possédés / Anthropologie et sociétés

Un nouvel épisode de la série « Les Possédés et leurs mondes »

Augustin Berque / Livre 2 : L’étude de la géographie, du chinois et du japonais, et comment le Japon a colonisé la terre de Hokkaido en créant un nouveau milieu?

Réalisé le 13 décembre 2019 à Palaiseau, France/
Durée: 29min
Équipe de tournage:

  • Direction des entrevues : Frédéric Benjamin Laugrand 
  • Caméra et son: Emmanuel Luce 

mercredi 20 mai 2020

Extrait de "Recouvrance. Retour à la terre et cosmicité en Asie orientale"


 Bastia, éditions Éoliennes, à paraître. 

aîtres et être

Augustin Berque


§ 46. « Ce que les proverbes nous disent des croyances écologiques (shēngtài xìnyăng 生態信仰) attachées aux maisons de la Chine du Sud » 


Cet article de Lü Hongnian étonnera sans doute parce qu’on n’y lit pas une seule fois le mot «fengshui » (風水, écomancie), que laisserait attendre pourtant « croyances écologiques »  ; mais, on s’en convaincra bien vite, les proverbes à eux seuls parlent assez du milieu où ils sont nés. 

Premier étonnement quand même, c’est qu’à la troisième ligne, cet article cite Churchill, qu’on n’eût pas imaginé rencontrer à Hangzhou. Il est vrai qu’il s’agit de ce mot fameux, qui depuis près de quatre-vingts ans n’a pas cessé de faire le tour des écoles d’architecture : 
We shape our buildings ; thereafter, they shape us
Dans le même sens, pour insister d’emblée sur le lien entre être et aîtres, Lü Hongnian cite deux ou trois proverbes chinois ; dont celui-ci : 
Maître est le bien de famille, hôte est la personne
chăn shì zhŭ, rénshēn shì kè 
産是主、人身是客
ce que, plus près de Churchill, la traduction japonaise a rendu par 
Maître est la maison, hôte est la personne
ie wa shujin de, hito wa kyaku 
家は主人で、人は客





mercredi 6 mai 2020

Contribution à la revue Anthropologie et Sociétés / Augustin Berque

Les possédés 

Un nouvel épisode de la série « Les Possédés et leurs mondes »

Augustin Berque / Livre 1

Réalisé le 13 décembre 2019 à Palaiseau, France/
Durée: 29min
Équipe de tournage:

  • Direction des entrevues : Frédéric Benjamin Laugrand 
  • Caméra et son: Emmanuel Luce 

mercredi 22 avril 2020

Review


For the European Journal of Japanese Philosophy 

Review of David W. JOHNSON 

Watsuji on Nature 

Japanese philosophy in the wake of Heidegger 
Evanston, Illinois: Northwestern University Press, 2019, 242 p. 

The author is an assistant professor of philosophy at Boston College. The book consists in seven chapters, entitled 
  1. Fūdo: History, Language and Philosophy; 
  2. The Scientific Image of Nature: Dualism and Disenchantment; 
  3. Beyond Objectivism: Watsuji’s Path through Phenomenology; 
  4. The Relational Self: a New Conception; 
  5. The Hybrid Self: Oscillation and Dialectic; 
  6. The Space of the Self: Between Culture and Nature;
  7. Self, World and Fūdo: Continuity and Belonging; 
  8. Self in Nature, Nature in the Lifeworld. 

The last few lines of the conclusion aptly sum up the author’s judgment: “Watsuji’s theory of fūdo thus offers a novel, wide-ranging and complex view of how the self comes to be what it is – a view that moves beyond the problematic modern understanding of human beings as individual subjectivities ontologically decoupled from the natural and social environment that surrounds them. In this vision, we find instead that the self and its consciousness are rooted in a source far greater and more profound than the awareness of a single individual: not only are we immersed in, and emerge from, the depths of the historical and social world, but our lives both shape, and flow from, the vast life of nature” (p. 214).

mercredi 8 avril 2020

L’ Antre de la Femelle obscure / Augustin Berque



L’ Antre de la Femelle obscure (détail). 

Augustin Berque, encre sur papier, 1970.

Les figures subhumaines qu’on voit sur la droite représentent les opérateurs existentiels – où chacun.e pourra reconnaître le ça (id, das Es, voire das S) de son propre il-y-a (es gibt) – des  divers mondes (P, P’, P’’…) qui, chacun à sa manière, actualiseront la Terre (S) en tant qu’une certaine terre (S/P, S/P’, S/P’’ etc.). C’est elle – autrement dit la nature – la figure féminine que l’on voit allongée au centre, représentant le Génie du val, i.e. la Femelle obscure Xuanpin 玄牝, en passe d’être prise dans les lacs du litige heideggérien (la trajection, i. e. la mise en œuvre – energeia ἐνέργεια – de S en tant que P). Cependant le Génie du val, Xuanpin ne meurt pas ; car la spirale des chaînes trajectives de son être-vers-la vie (à gauche)[1] la fait indéfiniment renaître de soi-même ainsi, ziran 自然, αὐτομάτη et natura semper (toujours à naître), ek-sistant indéfiniment en tant que quelque chose (S/P, S/P’, S/P’’ etc.) hors des entrailles de la Terre (ek gaiês ἐκ γαίης, i.e. hors de l’en-soi de S, ici à la fois l’obscurité du visage et de la vulve de Xuanpin, et celle des arrière-plans de l’image). Cette même spirale en ourobore, ce sont les volutes du qi  , le souffle à la fois cosmique et vital issant des profondeurs du Kunlun 崑崙山, dont on aperçoit les sommets enneigés au centre de l’image. La fleur en haut à gauche, blanche de pétale et noire de racine, c’est le pharmakon φάρμακον dont Hermès, le tirant hors de la terre (ek gaiês ἐκ γαίης, toujours) pour protéger Ulysse du philtre de Circé, lui enseignera la vertu (phusis φύσις, première occurrence de ce terme dans notre histoire), mais sans lui en dire le nom, que seuls les dieux connaissent : môlu μῶλυ (Odyssée, X, 302-306)[2] ; car, bien sûr, φύσις δὲ κρύπτεσθαι φιλεῖ (Héraclite, Fragment 123) : la nature aime à se cacher, et veut rester obscure (xuán , i.e  S, non pas S/P). En Ionie comme en Chine, du lever au coucher du soleil, ce n’est effectivement pas de la Terre (S) mais d’un certain ciel (P, P’, P’’ etc.) que vient le jour (un certain éclairage, Lichtung) ; d’où « la » réalité (S/P, S/P’, S/P’’ etc.).




[1] Watsuji, dans Fûdo, parle d’être vers la vie (sei e no sonzai 生への存在), en l’opposant à l’être vers la mort (Sein zum Tode) heideggérien qui, montre-t-il, traduit une vision individualiste de l’existence humaine. En réalité, le renouvellement des individus incarne la vie de l’entrelien humain, c’est-à-dire de l’être humain (ningen 人間). Dans la lemmique de l’écoumène, l’espèce Homo sapiens (S) existe (ek-siste) en tant qu’individus (S/P, S/P’ etc.), qui eux-mêmes instancient (actualisent) l’être-humain virtuel de l’espèce ; et il en va de même à l’échelle du rapport individu/société. Voilà qui, bien entendu, est forclos par le TOM (topos ontologique moderne), lequel s’en tient au fameux « There is no such thing as society » de Margaret Thatcher. 
[2] Citons ce passage : 
ὣς ἄρα φωνήσας πόρε φάρμακον ἀργεϊφόντης / ἐκ γαίης ἐρύσας, καί μοι φύσιν αὐτοῦ ἔδειξε. / ῥίζηι μὲν μέλαν ἔσκε, γάλακτι δὲ εἴκελον ἄνθος· / μῶλυ δέ μιν καλέουσι θεοί· χαλεπὸν δέ τ᾽ ὀρύσσειν / ἀνδράσι γε θνητοῖσι, θεοὶ δέ τε πάντα δύνανται. 
Ayant ainsi parlé, le dieu aux rayons clairs / tirait du sol une herbe, qu’avant de me donner, il m’apprit à connaître. / La racine en est noire, et la fleur, blanc de lait. / Les dieux l’appellent môlu. Il est difficile de la déraciner / Aux mortels humains ; mais les dieux peuvent tout. (Traduction Victor Bérard, Paris, Les Belles Lettres, un peu modifiée).                        

mercredi 25 mars 2020

Comment ne plus « tuer le paysage » ? Augustin BERQUE & FANG Xiaoling

En deuil de la jeunesse
(Youth morningGeorge Clausen, 1916)
Environnement, engagement esthétique et espace public : l’enjeu du paysage Colloque international, Paris, ENGREF, 9-11 mai 2007 

Comment ne plus « tuer le paysage » ? 

par Augustin BERQUE et FANG Xiaoling

1. Une esthétique de la nature 

Le mot chinois shafengjing (殺風景, aujourd’hui écrit plutôt 煞風景), lu sappûkei en japonais, signifie littéralement « tuer (sha 殺) le paysage (fengjing 風景) ». Il a été créé par un poète de la dynastie Tang, Li Shangyin (dit aussi Li Yishan, 813-859), qui établit une liste de choses shafengjing. L’acception originelle de ce terme (prosaïque, vulgaire, sans goût, dépourvu de fengliu 風流 i.e. d’un sens élégant de la nature) reste encore plus ou moins son acception actuelle. Toutefois, beaucoup des scènes que Li Shangyin énumérait comme shafengjing sembleraient aujourd’hui sans rapport avec le paysage. Quelque chose de plus général paraît donc en jeu. C’est ce que nous allons d’abord essayer de saisir, avant d’en venir plus spécialement à ce qui se rapporte au paysage.

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mercredi 22 janvier 2020

Milieu, contingence et sens dans la nature / Augustin BERQUE

source
Université Clermont-Auvergne, Laboratoire Philosophies et Rationalités (Phier) Journée d’étude sur « le milieu » MSH de Clermont-Ferrand, 16 janvier 2020 

Milieu, contingence et sens dans la nature 

par Augustin BERQUE 

Résumé – En référence à la mésologie (Umweltlehre) de Jakob von UEXKÜLL (1864-1944), à la logique du lemme de YAMAUCHI Tokuryû (1890-1982) et à la « science naturelle » (shizengaku 自然学) d’IMANISHI Kinji (1902-1992), on examine ici le rapport entre hasard, contingence et nécessité dans l’évolution des espèces. 

Plan – Introduction : De scolastique en mésologie ; § 1. Sémiose, mythe et réalité ; § 2. Tétralemme et actualisation de l’être ; § 3. Évolution et contingence ; § 4. Le bébé s’est mis debout, of course. 

Introduction : De scolastique en mésologie Un adage des Scolastiques nous enseigne que « signe de signe est signe de chose » (nota notae est nota rei) . Cette formule a sans doute pour ancêtre un passage des Catégories d’Aristote , disant en somme qu’un signe est réifié (ou hypostasié, substantialisé) par un second signe, prédicat qui en fait son sujet . Cette idée, comme on le verra, peut se ramasser dans la formule (S/P)/P’, amorçant ce que j’appellerai ici une chaîne trajective. Je rapprocherai cette notion de celle de chaîne sémiologique chez Barthes et de celle de sémiose chez Peirce pour proposer une interprétation mésologique de la question du sens dans l’évolution des espèces.

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mercredi 8 janvier 2020

Logique du lemme et sens dans la nature / Augustin BERQUE


Dom Quixote (Amadeo de Souza-Cardoso, 1914)
Séminaire à l’EHESS, 105 bd Raspail, 75006, salle 1 
séance du lundi 13 janvier 2020, 17-19h

Logique du lemme et sens dans la nature 


par Augustin BERQUE 

Résumé - Dans Rogosu to renma (Logos et lemme, 1974), YAMAUCHI Tokuryû (1890-1982) montre que le tétralemme indien (catuṣkoṭi), qui admet le tiers, doit être centré sur la binégation (ni A ni non-A), laquelle doit ainsi être placée en troisième position après l'affirmation (A) et la négation (non-A), ce qui place en quatrième position la biaffirmation (et A et non-A), et non l'inverse comme on le fait généralement, ce qui ne mène littéralement à rien. Placer le quart lemme en dernier ouvre au contraire à tous les possibles, et au lieu d'une simple énumération, le tétralemme devient ainsi un véritable raisonnement. On tente ici, d’une part, un rapprochement entre ce raisonnement et la théorie de la signification (Bedeutungslehre) chez Jakob von UEXKÜLL (1864-1944), en focalisant la question sur l'opérateur existentiel « en tant que » ; et d’autre part avec la théorie non-darwinienne de l’évolution d’IMANISHI Kinji (1902-1992).

mercredi 18 décembre 2019

Préface AESP / Augustin Berque

Crue du Nil, vue d'avion (5 mai 2010)
source
Université de Toulouse-Jean Jaurès, 22-24 mai 2019 
Les approches écosystémiques et sensibles du paysage : des sciences de la Nature aux Arts du paysage

Préface 

par Augustin Berque

Le paysage, c’est à la fois du matériel et de l’immatériel. Le matériel est irrécusable, il se prête même à la mesure, tandis que l’immatériel est au contraire incommensurable et se prête à toutes sortes de représentations, éventuellement les plus contradictoires. En effet, cette part d’immatériel comprend entre autres du symbolique, et le propre du symbole, c’est d’être à la fois une chose et autre chose, A et non-A. Voilà qui ne relève pas de la géométrie, cette affaire dont l’origine est, comme on le sait, l’arpentage de la terre égyptienne après les crues du Nil. Le paysage est donc à la fois mesurable et, selon l’expression de Bernard Lassus, démesurable.


mercredi 27 novembre 2019

Exister au dehors de soi / Augustin Berque

« Chaudron 3, 2019 : L’Extérieur », École Camondo, 12-13 septembre 2019
conférence inaugurale

Exister au dehors de soi : la demeure humaine 

par Augustin Berque 

Rithika Pandey, Anxiety room (source)
RésuméL’habitation humaine ne se borne pas au logement des corps dans des « machines à habiter » ; c’est le foyer de l’écoumène (ἡ οἰκουμένη, « l’habitée »), tissu des systèmes écologiques, techniques et symboliques qui, au dehors des limites du corps physiologique,  font exister – ek-sistere, « se tenir au dehors » – l’être humain sur la Terre. L’écoumène, ensemble des milieux humains, c’est la demeure de notre être. Elle s’est constituée historiquement (évolutionnairement) dans un couplage dynamique avec l’émergence du genre Homo. Si chaque être humain a toujours le for intérieur de sa propre conscience, il ne pourrait pas vivre – il n’existerait même pas – sans cette sortie au dehors de soi dans un certain milieu. 

I. L’idée d’habitation est pour nous indissociable de celle de séparation entre intérieur et extérieur par une paroi quelconque. Suivant les civilisations, celle-ci pourra se composer de matières variées, des plus légères – comme les herbes sèches à armature de branchage des habitations aborigènes traditionnelles en Australie – aux plus consistantes, comme les briques, les pierres ou les parpaings qui font nos murs familiers ; mais l’essence d’une paroi étant non moins symbolique que physique, ce n’est pas la matière des parois qui détermine l’habitation ; c’est la distinction entre un dedans et un dehors, qui s’accompagne nécessairement d’un seuil faisant le lien entre les deux. Aux dedans, aux dehors et aux seuils correspondent des comportements idoines, qui structurent l’espace-temps de l’existence humaine à diverses échelles, allant de l’intime au monde entier. 

II. Cette relation multiscalaire entre l’existence humaine et l’espace-temps où elle se définit, c’est ce que j’appellerai ici l’écoumène.

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mercredi 13 novembre 2019

La mésologie active de Hatakeyama / Augustin Berque

Postface de La forêt amante de la mer, de HATAKEYAMA Shigeatsu
(1994, traduit par Augustin Berque), Marseille, Wildproject, 2019. 

La mésologie active de Hatakeyama 

par Augustin Berque 

Si j’ai entrepris de traduire ce livre, c’est à la suite de ma rencontre avec l’auteur, M. Hatakeyama Shigeatsu, en octobre 2015, à Mône même puis sur les pentes du mont Murone, dans la forêt qu’il avait plantée. […]

Ce livre illustre le combat que l’auteur a mené et gagné contre un projet de construction de digue maritime à la suite du tsunami du 11 mars 2011. Au-delà de cet épisode, il illustre la mésologie active qu’incarne cette histoire. Hatakeyama san a pris conscience, de par son expérience concrète, que défaire le lien existentiel, la médiance entre l’humain et son milieu est mortifère, et il a justement su redynamiser ce lien par des actions concrètes, vécues à la racine. C’est pourquoi, notamment, l’enfance y tient une si grande place : la sienne, où sa propre vie s’est construite en relation directe avec celle de ses compagnons humains et non-humains, mais celle aussi des enfants d’aujourd’hui, par des actions pédagogiques déterminées.
Le sel de la mer, ce sel sacré que les habitants de Mône ont la charge de puiser pour les cérémonies du Murone jinja, et qui ainsi établit un lien symbolique entre la mer et la forêt, Hatakeyama san n’en fait pas seulement un usage littéraire. Son action et son œuvre incarnent l’essence de ce qui crée l’habitabilité de la Terre pour nous autres humains : l’écoumène, ἡ οἰκουμένη, « l’habitée », autrement dit la relation éco-techno-symbolique de l’humanité avec la Terre – l’ensemble des milieux humains. L’écologique est là manifestement à chaque page, la technique relatée en détail, et le symbole toujours présent, accentué au fur et à mesure de la lecture par la scansion d’un poème.

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mercredi 30 octobre 2019

Recouvrer la Terre / Augustin Berque

Colloque Le Regard écologique – Centre de l’Université de Chicago à Paris, 23-24 mai 2019 – 

RECOUVRER LA TERRE DANS LE PAYSAGE RURAL ? 

par Augustin Berque 

Bonifazio Veronese, non daté
L'adoration des bergers, détail (Bonifazio Veronese, non daté)
(source)
Abstract – Modern agriculture has become the worst example of our present civilization’s deterrestration. It kills the soil with its chemical fertilizers and heavy machinery, destroys the biosphere and poisons consumers with its pesticides, tortures animals, decimates peasantry and depopulates the countryside with its industrial logic, while playing havoc with the landscape owing to its technical needs. In a word, it has become both an antinatural and an antihuman industry. Instead, a transmodern, onto/logical (both logical and ontological) conception of the relationship of earth/the Earth and Humankind is proposed, discussing in particular Heidegger’s interpretation of the existential operator als (as).

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