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mercredi 4 septembre 2013

La puissance des formes / A. Berque

Chair, Carlo Bugatti
Chair, Carlo Bugatti (1902)
Musée d’Orsay, Paris
(source)
Colloque Les sciences des formes. Villa Arson, Nice, 8-10 avril 2013

La puissance des formes

par Augustin BERQUE


Résumé – Dans un milieu vivant, et a fortiori dans un milieu humain, la forme d'une chose n'est jamais réductible au contour d'un objet, contrairement au dogme géométrique abstrait que nous devons à la révolution scientifique du XVIIe siècle et à la topo-logique aristotélicienne, qui préfigure l'objet moderne avec l'idée que la chose est exactement délimitée par son topos, tout en étant séparable de celui-ci. La réalité d'une chose, et donc sa forme, se définit dans un tissu relationnel mouvant, qui engage concrètement le sujet comme l'objet, et où cette chose ek-siste nécessairement au delà de son contour matériel. Son être ne s'arrête pas à cette limite, il est toujours en devenir (genesis) dans un certain milieu, comme Platon l'avait pressenti avec la notion de chôra, et comme Heidegger le souligna en posant qu'au contraire, sein Wesen beginnt (son être commence) à partir de cette limite, au lieu de s'y borner. On rapproche ces façons de voir de certaines notions propres à l'Asie orientale, telles que "le grand symbole n'a pas de forme" (da xiang wu xing大象無形) en Chine, ou que les "biens culturels sans forme matérielle" (mukei bunkazai 無形文化財) au Japon.

mercredi 2 mai 2012

Le temps et l'espace dans la culture japonaise / Romaric Jannel

"Les trois blancheurs" / Katsuhika Hokusai Cent vues du Mt Fuji
"Les trois blancheurs" / Katsuhika Hokusai
Cent vues du Mt Fuji (1830)
(source : ReedDesign)
Compte rendu par Romaric Jannel

Le temps et l’espace dans la culture japonaise

KATO Shûichi (trad. SABOURET Christophe) 2009 (Or. 2007),
Paris, CNRS Éditions, 271 pages.

Il est des langues dont la traversée, d’une rive à l’autre du monde, passionne, tant l’épreuve est difficile. Des œuvres littéraires sont traduites du japonais vers le français depuis bien longtemps, mais les essais pour leur part font figure de parent pauvre. S’agissant de traduire en français un essai rédigé en langue japonaise, la rigueur nécessaire à une telle entreprise a de quoi rebuter bien des prétendants. Plusieurs chercheurs s’y sont exercés ces dix dernières années faisant l’objet de publications notamment aux éditions du CNRS[1]. De qualité variable, ces traductions révèlent néanmoins l’intérêt des sciences humaines françaises pour la pensée japonaise et montrent, notamment aux philosophes, des perspectives originales[2]. L’œuvre de Katô Shûichi (1919-2008) compte plus de cinquante livres. Connu du grand public japonais, il est considéré comme « l’une des figures majeures de la pensée japonaise de la seconde moitié du XXe siècle »[3]. De formation médicale, il est aussi connu pour son militantisme pacifique. Le temps et l’espace dans la culture japonaise (2009, Or. 2007) traite, dans et au regard de la culture japonaise, de deux thèmes centraux des sciences humaines à savoir le temps et l’espace.