mercredi 28 novembre 2012

La Cognition gestuelle / R. Jannel

La Cognition gestuelle Gérard Olivier
initialement publié dans Lectures

La Cognition gestuelle

Ou de l'écho à l'égo 

De Gérard Olivier, Grenoble, PUG, coll. « Sciences cognitives », 2012.
Compte rendu par Romaric Jannel


Les sciences humaines connaissent depuis un peu plus d’une décennie ce que l’on pourrait appeler un retour au corps. Tant en philosophie qu’en linguistique, en psychologie qu’en géographie, le corps retrouve peu à peu ses lettres de noblesse. Il les retrouve, puisque des travaux allant dans ce sens jonchent l’histoire des idées sans toutefois avoir connu le succès auquel ils auraient pu prétendre. Amorcés en 1998, les travaux de Gérard Olivier, Docteur en psychologie expérimentale et cognitive, participent pleinement de ce retour au corps ; il faut d’ailleurs ajouter au corps en action. Le corps n’est pas à entendre comme une masse quelconque positionnée dans le temps et dans l’espace. Il est à comprendre comme un organisme qui se meut, agissant non seulement sur le monde externe, mais également sur son monde interne.

mercredi 21 novembre 2012

Boucles étranges de l'ontogenèse / A. Berque (english)

Zorns Lemma Hollis Frampton
Zorns Lemma, Hollis Frampton, 1970 (capture d'écran)
University of Tokyo Center for Philosophy Lectures. Komaba Campus, 6 November 2012

Mesology

in the light of Yamanouchi Tokuryû’s Logos and lemma

by Augustin BERQUE


要約 – 風土論の中心概念(手懸り、風土性、通態化…)は山内得立が『ロゴスとレンマ』において提案したレンマの論理と比較される。特に、彼が四句分別における第 三のレンマを二重肯定ではなく、二重否定にしたことは風土論におけるr = S/P(PとしてのS)という現実の定義との類似が指摘される。要するに、人間の風土や生物の環世界の論理はレンマ的論理であろうと推定される。

Abstract – An analogy is drawn between the main concepts of mesology – affordance, mediance, trajection… – and the logic of lemma put forward by Yamanouchi Tokuryu in Logos and lemma. In particular, a comparison is made between the order in which he puts, in the tetralemma, binegation before biassertion, and the definition of the reality of a milieu as r = S/P (S taken as P). The logic of milieux (those of the living in general as well as those of the human in particular) would then be a lemmic.

キワード – 四句分別、通態化、手懸り、風土、風土性、山内得立 、レンマ。
Key words – Affordance, lemma, mediance, milieu, tetralemma, trajection, Yamanouchi.

mercredi 14 novembre 2012

La seconde vie des "petits bois"

Un pavillon de thé "vert" à Tokyo

La seconde vie des "petits bois"

Un pavillon de thé "vert" à Tokyo

Par Ariel Genadt

Les images du 11 mars 2011 d'un territoire couvert de débris ont évoqué une fois de plus des questions concernant la manière dont les maisons japonaises sont construites aujourd’hui, et ce qu'il en advient lorsqu'elles sont détruites ou sérieusement endommagées. Jusqu'à la fin de la période Edo (1868) les maisons japonaises étaient faites pour la plupart de bois et de bambou, et assemblées suivant un système de joints « secs », n'utilisant ni clous de fer ni colle. Cette méthode permettait que lors des incendies et tremblements de terre assez fréquents, les matériaux de construction se consument entièrement ou alors puissent être récupérés ou remplacés facilement. 

mercredi 7 novembre 2012

Déterministe, Jared Diamond ? / A. Berque

Jared Diamond en Nouvelles Guinées
Jared Diamond en Nouvelles Guinées (2010)
(source : National Geographic)

Déterministe, Jared Diamond ?

par Augustin BERQUE

Le déterminisme dit géographique a la vie dure. On voit régulièrement ses thèses les plus crasses ressurgir chez les auteurs les plus divers, la plupart du temps au détour d’un raisonnement quelconque, mais parfois en véritables thèses. C’est ainsi que, depuis une trentaine d’années, le géographe japonais Hideo Suzuki a produit une série d’ouvrages tournant autour de la relation entre climat et culture, en particulier la religion1. Il y reprend entre autres, tel un Renan, la thèse éculée des origines désertiques du monothéisme... sans se demander pourquoi aucun désert au monde(et ils sont nombreux), hormis ceux qui jouxtent le Croissant fertile, n'a "produit" de monothéisme. Rien n’y fait : à jamais, qui dit désert dit Moïse ; et vu de l’Asie des moussons, l’Occident est pour toujours une civilisation désertique…

mercredi 31 octobre 2012

Chaire de Mésologie / Corte (Corse)

Augustin Berque(Publié par Corse-Matin, 30 Octobre 2011)

La première chaire de l’université, Développement des territoires et innovation, a été inaugurée sous la responsabilité scientifique du célèbre philosophe qui viendra chaque trimestre animer des séminaires

L'effervescence autour de l'amphi Ettori était bien visible pour l'inauguration de la toute première chaire de l'université de Corse, Développement des territoires et innovation. Une tribune scientifique d'exception, accordée à quelques professeurs en France. « Il est très rare de voir autant de monde à cette heure-ci », se félicitait le président de l'université, Paul-Marie Romani.
Un intérêt que l'on peut expliquer par la personnalité de celui qui sera, pour les deux années à venir, le responsable scientifique de la chaire : Augustin Berque.

mercredi 24 octobre 2012

Vivre en lisière / P. Bonnin



De ma fenêtre: les collines vers l'ouest  et la nappe urbaine qui vient buter contre
De ma fenêtre: les collines vers l'ouest
 et la nappe urbaine qui vient buter contre ((cc) Philippe Bonnin)

Vivre en lisière

Les effets de lisière

par Philippe BONNIN


Ce sont en fait les bruits de la ville au petit matin, par la fenêtre ouverte, dans le calme de l’aube, qui m’ont fait prendre conscience que rien de ce qui était sensible ici n’échappait aux effets de lisière du lieu. Une topologie urbaine vivante et vécue en quelque sorte.
L’institut où je me trouve depuis bientôt trois mois, et son campus dans lequel j’habite, se trouvent placés tout en lisière de la ville, au sud-ouest, derrière le nouveau site de l’université de Kyoto et son « innovation park » イノベションパーク (à la lisière de la connaissance ?), sur un replat pas encore trop pentu, au pied 山麓 (sanroku ou yama no fumoto) des collines, juste à cet emplacement traditionnel des villages japonais (pour ne pas empiéter sur les surfaces des rizières, profiter des sources et exploiter l’orée des bois, satoyama 里山).

mercredi 17 octobre 2012

Méso-logique / A. Berque


Henri Rousseau La gitane endormie
Henri Rousseau, La gitane endormie, 1897
(Source)
Colloque international De la nature à la technique : perspectives de la pensée et de la philosophie japonaises contemporaines. Université Laval, 10-12 octobre 2012

La méso-logique des milieux

環世界と風土の中論的論理

par Augustin BERQUE

§ 1. Décentrement de l’univers et recentrement du monde


Qu’entendait Husserl en posant que « l’arché-originaire Terre ne se meut pas » (die Ur-Arche Erde bewegt sich nicht)[1] ? Cette expression figure dans un manuscrit qu’il écrivit en mai 1934, sous le titre « Renversement de la doctrine copernicienne dans l’interprétation de la vision habituelle du monde. L’arché-originaire Terre ne se meut pas. Recherches fondamentales sur l’origine phénoménologique de la corporéité, de la spatialité de la nature au sens premier des sciences de la nature ».

mercredi 10 octobre 2012

La tectonique des images / Yoann Moreau

縹麻地草木鳥居模様肩衣
縹麻地草木鳥居模様肩衣 (source)
Initialement diffusé sur France Culture / Sur les Docks, 13 aout 2012 par Michel Pomarède.

La tectonique des images

Invité, Yoann Moreau
Montage : Michel Pomarède.

"La catastrophe du  11 mars 2011 a été vécue et vue en direct par le monde entier. Filmé en temps réel : le séisme. Capturées par téléphone portable : les vagues du tsunami. Enregistrées : les montagnes de débris. Disparus : le corps des victimes. De la destruction partout mais pas de morts… Dans ce tsunami d’images personnelles et médiatiques, quel récit se dégage ?" Un document radiophonique.

mercredi 3 octobre 2012

La case de l'oncle TOM / A. Berque

Van Gogh Maisons à Auvers,
Van Gogh, Maisons à Auvers, 1890
(Source)
Parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée.
Les mercredis du paysage. Narbonne, Palais des Archevêques, 26 septembre 2012

La maison délicieuse dans le paysage

Compte rendu par Augustin Berque

Le cycle est introduit par Mme Nicole Cathala, Adjointe au Maire Déléguée à la culture et au patrimoine ; puis Mme Marion Thiba, Chargée de mission « Culture et Patrimoine » au Parc naturel régional présente le conférencier. Augustin Berque, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, est entre autres l’auteur de La pensée paysagère (Archibooks, 2008) et de Histoire de l’habitat idéal, de l’Orient vers l’Occident (Le Félin, 2010).

A. Berque commence par expliquer l’expression « maison délicieuse ». Celle-ci a été employée par l’abbé Marc-Antoine Laugier, SJ, dans son Essai sur l’architecture (1753), à propos de la description faite par le père Attiret, jésuite également, de l’une des fabriques du parc impérial Yuanmingyuan (« Jardin de la clarté parfaite »), près de Pékin, dans une lettre qui a notablement influencé non seulement le style des jardins anglo-chinois dans l’Europe des Lumières, mais, au-delà, le goût qui allait se développer en Occident aux deux siècles suivants pour la maison individuelle hors la ville, au plus près de « la nature ».

mercredi 26 septembre 2012

Espace japonais: le territoire / P. Marmignon


Izanami et Izanagi Kobayashi Eitaku

Izanami et Izanagi
((cc) Kobayashi Eitaku, vers 1885/ MFA, Boston)

KOKUDO 国土 

TERRITOIRE


par Patricia Marmignon


Selon le Kojiki (712), le couple originel japonais, Izanagi-no-mikoto et Izanami-no-mikoto, chargés de compléter la Terre à la dérive, formèrent l’île d’Onogoro, première terre ferme, où ils élevèrent un pilier céleste et un palais, miya. De là naquit l’archipel du Japon et les dieux de la nature. Le territoire japonais fut ainsi constitué et le peuple engendré simultanément, d’où le sentiment d’une consubstantialité entre la terre-mère nourricière et la chair même du peuple, corrélatif d’un attachement puissant et exclusif.

Différents vocables signifient « territoire » en japonais. Ryōiki 領域, sphère d’influence, zone de contrôle, ryōdo 領土, possession, fief ou encore ryōchi 領地, domaine, territoire. Ryō a le sens de domaine, territoire, juridiction, fief. Jusqu’en 1871, le Japon était divisé en fiefs, remplacés alors par des départements to-dō-fu-ken 都道府県. Kokudo 国土 se compose des sinogrammes koku , lu kuni en Kun yomi 訓読 (lecture japonaise), qui signifie « pays, nation » et qui allie la frontière à l’étendue du territoire, et do , to, lu tsuchi en lecture Kun, qui représente le sol, la terre, le terrain. Kokudo, territoire, implique sa délimitation, ses contours et sa division, ainsi que sa nature.

mercredi 19 septembre 2012

Kôgen, chorologie, senjôchi et fûsui / A. Berque

Shinshū Asama-yama shinkei, Hiroshige II (1859)
Shinshū Asama-yama shinkei,
Hiroshige II (1859)
(source)

Kôgen, chorologie, senjôchi, fûsui

 

 par Augustin BERQUE

Kôgen 高原

Hautes terres, plateau

Ce mot est composé des deux éléments « haut » () et « plaine » (). Il a été introduit en japonais vers 1900 pour traduire les mots anglais highlands, plateau, table-land. Il n’y a pas stricte correspondance avec l’idée de plateau. Des toponymes tels que Shiga kôgen 志賀高原, Yachiho kôgen 八千穂高原, etc., indiquent plutôt que l’on est dans une région montagneuse mais pas trop escarpée, où l’hiver on peut faire du ski, et l’été fuir les chaleurs de la plaine (v. hishochi 避暑地, station d’été). Tel Karuizawa 軽井沢, sur le piémont du volcan Asama 浅間, qui sous Meiji devint le rendez-vous estival de la bonne société, Britanniques en tête, et a évolué depuis en zone de villégiature, bessôchi 別荘地. La notion de kôgen est ainsi liée au développement moderne du tourisme. Une mention spéciale est due aux hautes terres de Nasu, Nasu kôgen, où depuis 1926 la maison impériale a une villa d’été, Nasu kôgen goyôtei 那須高原御用邸.

mercredi 12 septembre 2012

Valeurs humaines et cosmicité / A. Berque


Chapelle du Mont Rokkō d'Andō Tadao Kōbe Japon
"Chapelle du Mont Rokkō d'Andō Tadao", à Kōbe, Japon
((cc) Patricia Marmignon, 1992)
Master européen en architecture et développement durable, VIIIUniversité catholique de Louvain-la-Neuve. Conférence inaugurale, 13 septembre 2012

VALEURS HUMAINES ET COSMICITÉ

Recosmiser l’aménagement, l’urbanisme et l’architecture


par Augustin BERQUE



1. L’architecture, mais avec ou sans architectes ?
Voilà près d’un demi-siècle maintenant, à l’automne 1967, je faisais mes premières armes d’enseignant, comme assistant en sciences humaines à l’École des Beaux-Arts, quai Malaquais à Paris, côté architecture. C’était aussi la première fois que des enseignements de sciences humaines, à l’instigation de Michel Écochard, étaient introduits dans la vénérable institution, qui allait éclater un an plus tard. Jusque-là, en France, les architectes avaient été formés à construire des édifices de diverses échelles, de la maison à la ville, sans apprendre ce qu’on mettait dedans, à savoir une société humaine. J’étais géographe, mais inclus dans une fournée où l’on trouvait aussi deux ou trois sociologues, une psychologue, un économiste et même un philosophe, ainsi que quelques autres géographes. Écochard,